Pourquoi la condition humaine est-elle pervertie ?

mardi 4 février 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : La nature humaine a été pervertie par suite d’un traumatisme et, générations après générations, ce traumatisme se transmet avec son lot de blessures et de perversions.

S’il est vrai de dire que, dans son ensemble, l’humanité offre le spectacle d’une condition animal déchue de son innocence, la question est de savoir d’où vient la perversion de sa nature.

Une nature humaine dénaturée
Brefs extraits du documentaire « Home »
sur une musique de C.verdier
Cyril VERDIER

  • On ne saurait accuser la nature d’avoir si fortement pressé la nature humaine qu’elle l’ait corrompue : c’est une même logique d’évolution génétique, de volonté de survivre et de besoin d’adaptation que l’on voit à l’œuvre chez les animaux comme chez les humains. Et si la nature n’a pas corrompu la condition animale, pourquoi s’en serait-elle pris en particulier à la condition humaine ?
  • On ne saurait non plus accuser chaque homme en particulier : certes, chacun porte la responsabilité de ses propres fautes, mais comment expliquer que déjà chez le nourrisson se retrouve un certain déséquilibre psychologique ? Comment expliquer le fait que, sans correction et sans éducation, l’enfant finira par succomber aux vices qu’il porte déjà à l’état de germe en lui ? N’est-ce pas parce qu’il a déjà mal commencé ? Mais sûrement, il ne saurait être tenu responsable du fait de naître psychologiquement abîmé.

D’où vient cette corruption ? Si ce n’est ni le simple jeu des forces naturelles, ni la seule histoire personnelle de chacun qui peut l’expliquer, la seule réponse qu’il nous reste sera de dire que le statut perverti de la condition humaine est, pour une large part, un héritage historique. La perversion que l’on voit à l’œuvre dans la nature humaine devient ici la conséquence d’un traumatisme ancestral, et l’on dira alors que ce n’est pas tant que la nature humaine soit pervertie, mais plutôt qu’elle est « traumatisée », qu’elle a subi un traumatisme et que ce traumatisme avec les blessures qu’il comporte se transmet de générations en générations.

De fait, dans un ordre purement biologique, certains traumatismes semblent déjà se transmettre :

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Trauma inherited via epigenetics
Traumatic stress experienced by mice early in life has epigenetic repercussions that reverberate across multiple generations. Ariel Elghanayan

Memories can be passed down to later generations through genetic switches that allow offspring to inherit the experience of their ancestors, according to new research that may explain how phobias can develop. Scientists have long assumed that memories and learned experiences built up during a lifetime must be passed on by teaching later generations or through personnal experience. However, new research has shown that is is possible for somme information to be inherited biologically through chemical changes that occur in DNA. Reaschers at the Emory University School of Medicine, in Atlanta, found that mice can pass on leardned information about traumatic or stressufl experiences - in this case a fear of the smell of cherry blossom - to subsequent generations

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La transmission inconscience d’un traumatisme
... par une simple poignée de main !
([Voir ici-http://www.brainphysics.com/lifestyle/mental-health/research-suggests-trauma-related-fears-may-become-inherited-behaviors])

Notons aussi que cette transmission des traumatismes par des canaux biologiques se double chez l’homme d’une transmission sociologique. Certaines études américaines montrent par exemple comment après l’attentat du 11 septembre, le rapport à l’enfant a changé de manière inconsciente dans la population américaine, et comment à travers la façon de leur tenir la main dans la rue, les adultes transmettaient à leurs enfants leurs propres appréhensions. Nous naissons dans une société marquée par la corruption, nous sommes éduqués par des hommes plus ou moins abîmés et blessés : de même que nous sommes marqués par la culture de nos ancêtres, nous sommes aussi marqués par l’héritage moral des générations qui nous ont précédés, par leurs complexes et par leurs blessures.

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Un traumatisme moral
peut blesser plusieurs générations

Notons enfin que cette interprétation en terme de traumatisme hérité entraîne une réinterprétation morale de notre condition humaine déchue. Dire que la nature humaine a été pervertie par suite d’un traumatisme suscite plus la compassion envers cette nature humaine que le mépris. Il s’agit moins d’une dépréciation morale ou d’un jugement culpabilisant que d’un constat à la fois réaliste et empathique. Reste maintenant à savoir à la suite de quel traumatisme la nature humaine a été blessée.

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