Pourquoi l’arbre de la connaissance du bien et du mal est-il défendu ?

dimanche 27 octobre 2013, par theopedie

 Des bons sentiments au bon sens

Beaucoup de lecteurs modernes, en découvrant l’histoire d’Adam et d’Eve, sont choqués par ce qu’ils considèrent être une punition injuste et mesquine : si Dieu est bon et s’il veut que l’homme accède à la sagesse, si l’homme veut devenir responsable et maître de ses actes, pourquoi lui refuser la connaissance du bien et du mal ? et pourquoi une telle malédiction pour avoir mangé une simple pomme ?

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Tree of knowledge
Paul Hallas

Mais, disons-le, quelque soient les bons sentiments la motivant, cette réaction ne saurait être acceptée. Elle dénote un sens moral déjà émoussé, comme si nous étions trop accoutumés au mal pour voir ce qu’il peut y avoir en lui de dangereux. Le mal est souvent perçu comme un ingrédient nécessaire de notre vie, voire de notre bonheur. Tel n’est pas le cas : le mal est mauvais. Donner à manger un fruit succulent mais non comestible, c’est comme donner du sucre à un diabétique. Ce n’est ni juste, ni intelligent : c’est criminel et irresponsable. Et le serpent en tentant Adam et Ève avec un fruit mortifère n’est pas en train de « pimenter » agréablement la vie humaine, il est en train de la tuer.

À la question « Pourquoi Dieu a-t-il interdit de manger le fruit défenu ? », il existe une réponse simple : parce que ce fruit n’était pas comestible. L’arbre de la connaissance du bien et du mal est une plante magnifique à regarder, mais non comestible :

YHWH donna cet ordre à l’humanité : « De tous les arbres du jardin tu peux manger. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car le jour où tu en mangeras, tu mourras certainement » (Genèse 2,16).

C’est par bonté et prudence que Dieu a interdit ce fruit, et non pas mesquinerie. Reste maintenant à savoir si un tel fruit mortifère existe.

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Et si la pomme ressemblait à ceci ?
L’auriez-vous mangée ?

 Le mystère du bien et du mal

À cela, nous pouvons y répondre rapidement. De même que l’arbre de la science du bien et du mal représente la conscience morale, de même, le fruit défendu représente le mystère du bien et du mal. C’est ce mystère qui fonde notre conscience. Il la fonde, avons-nous dit, à la manière d’un jardin secret dans lequel personne ne peut pénétrer. Il est le refuge inviolable de notre individualité : nous savons que certaines choses sont bonnes et d’autres mauvaises, et personne ne peut mettre la main sur cette connaissance, pas même nous. C’est ce secret du bien et du mal découvert au fond de notre conscience qui fonde le mystère de notre liberté et rend sacré notre conscience.

Ce mystère-là est réservé à Dieu, non pas au sens d’un trésor jalousement gardé, mais au sens où lui seul est suffisamment intelligent et pur pour pénétrer suffisamment dans le mystère du mal sans être atteint par lui et savoir comment on peut en tirer un bien. De même, Dieu connaît le mystère du bien et du mal, non pas au sens où seul il aurait créé le bien et le mal (ce n’est pas Dieu qui a créé le mal), mais au sens où seul lui parvient tout en restant bon à comprendre comment le bien peut être perverti en mal et comment le mal peut être transformé en bien.

L’histoire de Joseph (1)
Film
kingsid2007

Cette science mystérieuse, Dieu ne l’interdit d’ailleurs pas de manière absolue. Au contraire, dans certaines occasions, quand par exemple quelqu’un a subi l’épreuve du mal, il la donne à manger et ce fruit devient un remède. Ainsi, le livre de la Genèse commence avec l’histoire d’Adam et Eve qui mangent de ce fruit par orgueil et qui ainsi le pervertissent, et il s’achève par l’histoire de Joseph, vendu comme esclave par ses frères et à qui Dieu donne de manger du fruit de cet arbre pour qu’il découvre comment le bien est si mystérieux qu’il parvient même à jaillir du mal (Gn 50:19). Plus loin encore dans la Bible, Jésus enseignera cette science du bien et du mal à ses disciples et comment un sacrifice fait par amour peut transformer le mal en bien. Au final, le fruit défendu ressemble à un remède pour ceux qui ont subi le mal. Comme tous les médicaments, il peut être dangereux s’il est consommé sans discernement.

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Le fruit défendu
Enluminure biblique

 Conclusion

Adam, en mangeant le fruit défendu, décida de percer le mystère du bien et du mal, pour devenir semblable à des Dieux. Ou plutôt, puisque cela dépassait ses forces, il décida qu’il avait percé le mystère du bien et du mal. Autrement dit, il décida qu’il avait compris ce qu’était le bien et le mal et qu’il pouvait décider de ce qui était bien et de ce qui était mal, en ne suivant plus la voix de sa conscience. Bref, il décida qu’il pouvait appeler par orgueil le bien mal et le mal bien et faire le mal.

Ce jour-là, Adam mangea le fruit interdit en décidant de « tuer la voix de conscience ». Sa conscience perdit l’énergie spirituelle qui avait été la sienne jusque-là et qui donnait force à son esprit et à son corps. Il s’agissait bien d’un fuit non comestible. Voilà pourquoi Dieu l’avait interdit.

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