Pourquoi faut-il des sacrements ?

mercredi 2 juillet 2014, par theopedie

En bref : Les sacrements répondent à un souci pédagogique de la part de Dieu. L’homme dépourvu de la grâce est davantage tourné vers la réalité matérielle et corporelle que vers la réalité spirituelle. Il était donc nécessaire, non d’une nécessité absolue mais pédagogique de présenter la grâce de manière sensible et matérielle afin d’attirer l’attention de l’homme vers les réalités célestes. C’est à cela que servent les sacrements, icônes matérielles de la grâce.

L’article ci-dessous est un extrait de la Somme de Théologie de saint Thomas d’Aquin, III,61,1, (sauf les premières objections). Il développe la réponse classique d’Hugues de Saint Victor : les sacrements servent à humilier, exercer et instruire l’homme. Rajoutons aussi par souci d’exhaustivité :

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Adam et Ève se cachant
L’âme s’enfonce dans la matière, suite à la tentation et à la culpabilité
  • Les sacrements sont le signe de la miséricorde divine et de l’indulgence. Ainsi, tandis que l’attrition est demandée pour l’absolution des péchés hors sacrement, seule la contrition est demandée dans le sacrement de confession.
  • La formule qui accompagne les sacrements est le signe de la foi de l’Église dans indéfectibilité de Dieu en même temps qu’elle affermit et rassure l’âme inquiète. En dehors des sacrements, seule une révélation privée pourrait procurer à l’homme la certitude de la grâce justifiante, qu’il obtient ex opere operato dans les sacrements.
  • L’homme étant à la fois matériel et spirituel, Dieu qui respecte la condition de ses créatures leur propose un remède adapté à leur constitution. Les sacrements sont ainsi à la fois matériels et spirituels.
  • Les sacrements expriment en même temps qu’ils la prolongent l’incarnation du Verbe.
  • Les sacrements participent à anoblir la création matériel défiguré par le péché. La matière n’est plus seulement le lieu de la tentation, mais aussi celui de la rédemption.

Thèse de saint Thomas

Les sacrements sont nécessaires au salut de l’homme pour trois raisons.

  1. La première se tire de la condition de la nature humaine : il lui est propre de s’acheminer du matériel au spirituel et à l’intelligible. Or, il appartient à la providence divine de pourvoir à chaque être selon le mode de sa condition. La sagesse divine agit donc harmonieusement en conférant à l’homme les secours du salut sous des icônes matérielles qu’on appelle les sacrements.
  2. La deuxième raison se tire de l’état de fait où se trouve l’homme : en péchant, il s’est soumis par sa sensibilité aux choses corporelles. Or, on doit appliquer le remède à l’endroit du mal. Il convenait donc que Dieu se servit de signes matériels pour administrer à l’homme un remède spirituel qui, présenté à découvert, serait inaccessible à un esprit livré aux intérêts matériels.
  3. La troisième raison se tire du goût prépondérant de l’homme pour les occupations matérielles. L’en retirer totalement serait trop dur, aussi lui propose-t-on dans les sacrements des activités matérielles qui l’habituent salutairement à éviter des activités superstitieuses - c’est-à-dire le culte des démons - ou, en général, les activités pécheresses qui lui nuisent de toute façon.

Ainsi, par l’institution des sacrements,

  1. l’homme est instruit au moyen du sensible d’une façon adaptée à sa nature ;
  2. il s’humilie par le recours au matériel dont il reconnaît ainsi la domination ;
  3. enfin, les salubres activités sacramentelles le gardent des actions nuisibles.

Objections et contre-objections

  1. La foi et la grâce suffisent au salut, donc les sacrements ne sont pas nécessaires.
    • La nécessité des sacrements n’est pas absolue mais pédagogique. De fait, la foi et la grâce suffisent : c’est aussi que le catéchumène qui n’est pas encore baptisé bénéficie déjà du salut proposé par l’Église en Christ. Néanmoins, le catéchumène doit avoir l’intention d’être baptisé dans la mesure où le baptême est l’icône de la foi voulue et institué par le Christ (Mt 28,19).
  2. Les sacrements sont des rites, or le Christ n’est pas venu instituer des rites extérieurs, mais il est venu donner une loi spirituelle, la grâce.
    • Les sacrements ne sont pas d’abord des rites, mais des icônes vivantes de la grâce. Celui qui participe aux sacrements sans y adhérer de tout son cœur n’en reçoit pas de bienfait spirituel. Mais les sacrements restent nécessaires afin de guider l’homme jusqu’à la grâce.
  3. S. Paul affirme (1 Tm 4, 8) : « L’activité matérielle a peu d’utilité. » Mais les sacrements engagent une activité matérielle puisqu’ils sont constitués par la signification de choses sensibles accompagnées de paroles. Ils ne sont donc pas nécessaires au salut.
    • Certes, l’activité matérielle, en tant que matérielle, n’est guère utile ; mais la pratique des sacrements n’est pas purement matérielle ; elle est spirituelle dans sa signification et dans son efficacité.
  4. Il a été dit à S. Paul (2 Col 2, 9) : « Ma grâce te suffit. » Elle ne suffirait pas si les sacrements étaient nécessaires au salut.
    • La grâce divine est cause pleinement efficace du salut. Mais Dieu donne la grâce aux hommes selon le mode adapté à leur nature. C’est pourquoi les sacrements sont nécessaires à l’obtention de la grâce.
  5. Une fois posée la cause efficace, rien d’autre n’est nécessaire à la réalisation de l’effet. Mais les souffrances du Christ sont causes efficaces de notre salut, car S. Paul affirme (Rm 5, 10) : « Si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à plus forte raison, maintenant que nous sommes réconciliés, serons-nous sauvés en sa vie. » Les sacrements ne sont donc pas requis au salut des hommes.
    • Les souffrances du Christ sont causes pleinement efficaces du salut de l’homme. Mais il ne s’ensuit pas que les sacrements ne sont pas nécessaires au salut ; au contraire, ils opèrent en vertu des souffrances du Christ, et c’est par eux que celle-ci est comme mise à la portée des hommes, selon l’épître aux Romains (6, 3) : « Nous tous qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés. »

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