Pourquoi Pilate a-t-il condamné Jésus ?

dimanche 21 juillet 2013, par theopedie

Au cours de son interrogatoire par Pilate, Jésus revendiqua le titre de roi. Cette revendication était une parole grave aux yeux d’un gouverneur romain qui devait garantir l’ordre établi. Formellement, elle constituait déjà une effraction du droit romain qui reconnaissait certes l’existence de rois locaux, mais uniquement ceux qui avaient été au préalable acceptés par Rome - et cela n’était pas le cas de Jésus.

Ponce Pilate
Extraits de la Passion de Mel Gibson
HonneurETJustice

Toutefois l’interrogatoire révéla que Jésus avait abandonné toute prétention temporelle (monnaie, police, militaire, administratif, etc) puisque la royauté dont il parlait ne relevait pas à ses yeux d’une logique politique mais d’une logique spirituelle : Jésus affirmait ainsi que son royaume était celui de la vérité et non celui du monde (Jn 18,35-38).

D’après ces paroles, Jésus ne constituait pas une menace pour Rome et la royauté qu’il revendiquait n’était pas celle que la loi condamnait. Ceci corroborait d’ailleurs la réputation de Jésus et que Pilate connaissait : celle d’un religieux exalté mais inoffensif. Peut-être même Pilate éprouvait-il une certaine forme d’admiration pour ce singulier personnage : comme tout romain polythéiste, il admettait qu’il puisse parfois exister des personnages sacrés, des demi-dieux, ce que Jésus à sa façon affirmait être (Jn 19,8).

Pilate était donc favorable à un acquittement. Il affirma n’avoir rien à reprocher à Jésus, fit cravacher Jésus en espérant ainsi contenter ses adversaires, et tenta finalement d’utiliser une coutume liée à la Pâque juive pour libérer Jésus. De leur côté, les autorités juives pour emporter la condamnation de Jésus jouèrent sur deux fronts :

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le Saint devant Pilate
Duccio di Buoninsegna

  • Elles dirent à Pilate qu’il ne pouvait pas soutenir un Saint qui prétendait être le roi des juifs et être dans le même temps un « ami de César ». Cette expression désignait un titre honorifique dans l’empire romain. Cette remarque du Sanhédrin était donc une menace voilée : si Pilate ne condamnait pas Jésus, le conseil juif menaçait de faire pression à Rome afin de nuire à la carrière politique de Pilate.
  • En excitant la foule, les autorités juives parvinrent à faire relaxer un terroriste anti-romain nommé Barabbas à la place de Jésus. Elles montraient ainsi leur résolution et leur emprise sur la foule. Pour condamner Jésus, elles étaient prêtes à rejoindre la branche armée des révolutionnaires ! Ce « bluff » étendait faire comprendre à Pilate que, dans l’atmosphère électrique de la fête de la Pâque, s’il voulait éviter une émeute et garder le calme à Jérusalem, il fallait contenter le Sanhédrin et condamner Jésus à mort.

Pour protéger sa carrière et la paix de Jérusalem, Pilate choisit de condamner Jésus. Il se lava les mains devant la foule, déclarant être innocent du sang de cet homme et livra Jésus à la crucifixion.

Ponce Pilate
Documentaire diffusé sur France 5.
Secrets6903

La paix fut en ce cas plus importante pour lui que la justice. Non seulement la grande et inaccessible vérité dont parlait Jésus devait passer au second plan, mais aussi celle ce cas judiciaire : ainsi crût-il accomplir le vrai sens du droit - sa fonction pacificatrice. Ainsi peut-être apaisa-t-il sa conscience. Sur le moment tout sembla aller bien. Jérusalem resta calme. Toutefois le fait que la paix, en dernière analyse, ne peut être établie contre la paix devait se manifester plus tard.

(Benoît XVI, Jésus de Nazareth, tome III)

En effet, Pilate finit sa carrière de gouverneur disgracié et une révolution éclata dans les années 70, révolution que Rome dut réprimer dans le sang.

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