Pourquoi Jésus a-t-il été condamné par les juifs ?

vendredi 19 juillet 2013, par theopedie

Les motivations du Sanhédrin pour condamner Jésus mort furent à la fois politiques (sa popularité l’entourait d’une aura révolutionnaire) et religieuses (son enseignement relativisait la règle de la tradition juive dont le Sanhédrin était le garant). Mais parmi les chefs d’accusation retenus contre lui, deux jouèrent un rôle plus important :

JPEG - 187.5 ko
Le Saint devant Caïphe
Hans Holbein

  • Ses déclarations contre le temple, symbole de l’unité politique et religieuse d’Israël, faisaient de Jésus un dangereux agitateur aux yeux des autorités (Jn 2,19). Cependant, celles-ci n’arrivèrent pas à s’entendre exactement sur le sens de ses paroles et abandonnèrent cette accusation. Notamment Jésus n’avait jamais dit qu’il détruirait le Temple, mais il déclarait ceci - qui est en fait une accusation contre les grands-prêtres responsables de la destruction du Temple : « Détruisez ce temple et moi je le rebâtirai en trois jours ».
  • Sa prétention au titre de roi d’Israël et de Saint libérateur (Messie) pouvait être interprétée comme un acte de rébellion contre Hérode et contre Ponce Pilate, rébellion qui amènerait tout ou tard une répression violente qu’il valait mieux prévenir pour le bien de la nation. Certes, Jésus s’était dépeint lui-même comme « doux et humble de cœur », décrivant sa royauté en terme d’abnégation et de service pour le bien commun. Mais ceci ne l’aida pas, au contraire. Certains membres du sanhédrin étaient favorables à une insurrection militaire, comme devaient le prouver les guerres juives à venir, mais Jésus était à leurs yeux trop timorés, de même qu’il était, aux yeux des pacifistes, trop connoté.

Toujours est-il que les juifs ne pouvaient condamner un homme pour sa prétention à la Sainteté. L’attente d’un Saint à venir était trop fortement ancrée dans l’espérance d’Israël pour pouvoir s’opposer ouvertement à un prophète issu de la famille royale et revendiquant pour lui le titre de Saint. Finalement, pour clore un procès qui n’aboutissait pas, le grand-prêtre accula Jésus par une dernière question :

Le proces juif
Extrait de Jésus de Nazareth
#retourevez-nous sur theopedie.com #
theopedie

Le Magistrat Sacré se leva et lui dit : « Ne réponds-tu rien à ce dont ils t’accusent ? » Mais Jésus gardait le silence. Le Magistrat Sacré lui dit alors : « Au nom du Créateur Éternel, je te demande sous serment : es-tu le Saint, le Fils de l’Esprit Créateur ? » Jésus lui répondit : « Tu l’as dit. Mais je vous le déclare : désormais c’est siégeant à la droite de la Puissance et venant sur les nuées du paradis que vous verrez l’Homme. » Alors le Magistrat Sacré déchira ses vêtements et dit : « Il a fait insulte à l’Esprit Créateur ! Qu’avons-nous encore besoin de témoins ! Vous venez d’entendre son insulte. Quel est votre avis ? » Ils répondirent : « Il mérite la mort. »

Mt 26,52-55

Tous les Évangiles rapportent d’une manière ou d’une autre cet épisode et comment Jésus ne renia pas - ce qui vaut dans ce contexte pour un acquiescement - le titre de Saint. Sa réponse fut jugée comme blasphématoire car elle semblait remettre en cause l’unicité de Dieu et car elle affirmait la réalisation des prophéties d’une manière trop inattendue : « [Alors même qu’il refuse toute forme de pouvoir politique], il revendique pour lui de droit de siéger à la droite de la Puissance, c’est-à-dire à la manière du Fils de l’homme dont parle le livre de Daniel, de venir de Dieu, pour ériger à partir de lui le Royaume définitif » (Benoît XVI, Jésus de Nazareth, tome III).

JPEG - 37.1 ko
Jésus devant le Sanhédrin
Gravure

D’une certaine manière, cette question était conçue comme un piège de la part du grand-prêtre, lequel cherchait à manipuler Jésus pour l’acculer à un blasphème. Inversement, on a l’impression que Jésus ait réussi par son silence à éviter les faux-prétextes pour arriver au seul chef d’accusation qu’il puisse accepter, parvenant alors à revendiquer le titre de Fils de Dieu avec une gravité et une humilité étonnante.

Répondre à cet article