Pour un athée, la vie peut-elle objectivement avoir un sens ?

lundi 14 octobre 2013, par theopedie

D’après le point de vue chrétien, la vie humaine en général, et chaque vie humaine en particulier, possède un sens objectif, d’après la triple acception de l’expression « sens de la vie ».

  1. La vie humaine a un but, défini et révélé par celui qui l’a créée, Dieu. L’une des meilleures synthèse provient du Catéchisme Protestant de Westminster Shorter : « le but principal de l’homme [ie, notre but suprême] est de glorifier Dieu et de jouir de lui pour toujours. »
  2. La vie humaine possède une importance dans le cadre général de la création, voulue et gouvernée selon la providence sage et souveraine de Dieu - la sagesse de Dieu se reflétant dans chacun de ses détails, même ceux qui nous paraissent à première vue absurdes.
  3. En tant que créatures faites à l’image de Dieu, destinées à ressembler à sa perfection, et conçues afin communier avec Dieu et les hommes, nos vies ont une valeur inestimable.

Rien de cela ne saurait avoir de sens dans une vision athée de l’univers. Selon les athées, il n’y a ni Créateur personnel transcendant, ni réalité éternelle immanente à la manière d’un Nirvana cosmique, ni âmes à sauver, ni aucune réalité spirituelle. Qu’est-ce qui pourrait alors donner un sens objectif à notre vie ?

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L’humanité, fruit du hasard

Nous n’avons pas la place ici pour recenser toutes les possibilités, mais il semble que tout sens exogène ne puisse ultimement provenir que de ce qui a causé l’apparition de l’univers et de la vie sur terre. La cosmologie athée moderne stipule que les humains sont le produit de processus évolutifs purement physiques : d’abord une évolution cosmique (la formation des systèmes solaires sur des milliards d’années), suivie par l’évolution biologique (le développement progressif de formes de vie complexes à partir de formes de vie élémentaires via les mutations génétiques et la sélection). Or, il est difficile de voir comment ces processus évolutifs physiques pourraient donner un sens à notre vie, quel que soit le sens dans lequel on prenne cette expression.

Le problème de fond vient de ce que l’évolution (du moins telle que les athées la conçoivent) est un dynamisme entièrement aveugle et non orienté. Elle est, pour eux, synonyme de hasard (on veillera ici à faire une distinction entre hasard et aléas). Or,

  1. le hasard n’a pas de but, pas de fin. Il ne vise à la réalisation d’aucun objectif.
  2. Le hasard n’a pas de stratégie globale, de vision d’ensemble. Jamais donc notre vie ne pourrait contribuer de manière significative à l’harmonie du cosmos, lequel est - au mieux - une illusion subjective fantasmée par l’homme.
  3. Le hasard ne fait pas de jugement de valeur, il ne sélectionne pas un chemin plutôt qu’un autre parce qu’il serait plus valable ou plus digne. L’évolution qui en résulte se moque de la morale, de l’art ou de tout ce qui peut faire la spécificité de l’homme.

Bref, d’un point de vue athée, l’existence des Homo sapiens n’est ni plus ni moins significative que l’existence des cloportes, du chiendent, ou des cailloux sur un cratère de Mars. Certes, on peut se réclamer d’une sagesse athée et vanter les mérites de la science et du progrès, mais il n’en reste pas moins impossible de fonder ces notions de mérite, de science ou de progrès dans une cosmologie strictement athée.

Remarquons-le : il ne s’agit pas là d’une caricature que les croyants offriraient de la vision athée. Les athées eux-même en arrivent à cette conclusion. Voici ce que Bertrand Russell, penseur et génie athée, écrivait :

Que l’Homme soit le produit de causes qui ne prévoyaient nullement la fin qu’elles accomplissaient ; que son origine, son développement, ses espoirs et ses peurs, ses amours et ses croyances, ne soient rien d’autre que le résultat de collisions accidentelles d’atomes ; qu’aucun feu, aucun héroïsme, aucune intensité de pensée et de sentiment ne peuvent préserver une vie individuelle de la tombe ; que tous les travaux des âges, toute la dévotion, toute l’inspiration, tout l’éclat de midi du génie humain, soient destinés à disparaître dans la vaste mort du système solaire, et que le temple entier de la réalisation de l’Homme doive inévitablement disparaître sous les décombres d’un univers en ruines, toutes ces choses, si elles n’échappent pas à la discussion, sont néanmoins si proches de la certitude qu’aucune philosophie qui les rejette ne peut espérer tenir debout. Ce n’est que sur l’échafaudage de ces vérités, sur le fondement ferme du désespoir inébranlable, que l’habitation de l’âme peut désormais être bâtie en toute sécurité. (Profession de foi d’un homme libre, 1903 (traduction D. Vernant, 2007))

On pourrait multiplier les citations : Dawkins, Dennett, Camus... Si Dieu et l’éternité n’existent pas, s’il n’existe aucune réalité sacrée, qu’elle s’appelle paradis ou Nirvana, alors la vie humaine n’a objectivement pas de sens. D’où une certaine tendance au désespoir inhérent à l’athéisme (car l’homme est ainsi fait qu’il a besoin de trouver un sens à ce qu’il fait).

Un athée peut se battre pour la beauté de la nature et défendre une vision écologique de l’univers, il peut chercher à donner un sens à sa vie à travers une mystique naturelle, la recherche de la science : il s’agira pour lui au plus d’un sentimentalisme subjectif. Il cherche à donner un sens à sa vie parce que, précisément, sa vie n’a pour lui objectivement pas de sens. Là où le croyant découvre le sens de sa vie, l’athée va chercher à l’inventer : ce n’est plus un sens objectif, mais subjectif.

L’athée dira ainsi : « si ma vie n’a pas de sens tout fait, c’est que c’est à moi de lui donner un sens ». D’où la question qui surgit : peut-on donner un sens à sa vie de manière subjective ?

P.-S.

Réponse d’une élève à un devoir fait à la maison : la vie a-t-elle un sens ? Réponse de l’élève : si notre vie n’avait aucun sens, je crois que nous n’existerions tout simplement pas. La réponse est évidemment trop courte, mais elle dénote un solide bon sens a priori !

4 Messages

  • Pour un athée, la vie peut-elle objectivement avoir un sens ? Le 10 janvier 2015 à 13:19, par Guillaume

    Bonjour,

    Je ne trouve pas que la vie d’un athée soit teintée d’une tendance au désespoir. C’est ma vie, j’ai 48 ans et j’ai eu le temps d’y réfléchir.
    Je trouve beau votre idée que l’athée doit trouver seul le sens de sa vie. Et je ne comprends pas que vous cherchiez une autre voie.

    Après tout, quel sens donne la religion ? Elle justifie notre existence par un au-delà, un paradis. Et après..? Quelle est la justification, le sens de ce paradis ? La religion ne fait que reculer la question qu’on devra se poser.

    Guillaume.

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    • Pour un athée, la vie peut-elle objectivement avoir un sens ? Le 10 janvier 2015 à 16:39, par theopedie

      Merci pour vos remarques. Qqs remarques en guise de réponse.

      • D’abord pour m’excuser de l’article. Sans contester le fond de l’article, il aurait besoin d’être reformulé de manière plus courte et plus percutante.
      • Vous dites « Je ne trouve pas que la vie d’un athée soit teintée d’une tendance au désespoir. C’est ma vie, j’ai 48 ans et j’ai eu le temps d’y réfléchir. » Malgré toute l’estime a priori que je donne à votre vie, j’espère que vous ne m’en voudrez pas si je vous dis que, en matière d’athéisme, je préfère me tourner ver les grands maîtres à penser (Russell, Camus, ...), lesquels se sont en très grande majorité confrontés à cette question du désespoir. Après tout, quand j’étais athée, c’était déjà vers eux que je me tournais... Si tel n’est pas votre cas, tant mieux pour vous, même si c’est à moi maintenant de ne plus vous comprendre !
      • Vous dites « Je trouve beau votre idée que l’athée doit trouver seul le sens de sa vie. Et je ne comprends pas que vous cherchiez une autre voie. » Trouver seul un sens à sa vie est beau quand on va bien mais allez dire à quelqu’un qui vit dans la misère que c’est à lui tout seul de donner un sens à tout cela ! Il existe évidemment une autre voie : découvrir ensemble le sens de la vie humaine au sein du cosmos. Mais cela suppose une vérité sur laquelle tout le monde puisse s’appuyer, hommes, animaux, nature. Donc à la fois une quête existentielle et une vérité objective qui garantisse qu’elle ne soit pas vaine.
      • Vous demandez : « Quelle est la justification, le sens de ce paradis ? » Quelle vision avez-vous du paradis ? Voici en tout cas celle du christianisme : Le paradis, c’est contempler le mystère de la création et, en le contemplant, l’aimer. Un chrétien ajoute ceci : ce mystère existe (« Dieu ») et se manifeste dans la personne de Jésus. Honnêtement, je ne vois pas où est le tour de passe passe que vous dénoncez. Cette contemplation est le point final de l’existence humaine, tout simplement parce que nous sommes faites pour cela. Que je puisse un jour contempler visage découvert le mystère de la création, pour le scientifique que je suis, voilà quelque chose que j’attends avec impatience !

      Vous dites que vous devez chercher un sens à votre vie. Si j’étais mauvais, je vous dirais qu’à 48 ans, il serait temps de revoir la méthode d’investigation... Mais je préfère vous quitter en vous souhaitant bonne chance et en vous remerciant fraternellement de votre commentaire. Bonne route dans votre quête !

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  • Pour un athée, la vie peut-elle objectivement avoir un sens ? Le 9 octobre à 01:35, par jean-Charles

    Bonjour

    je me reconnais dans les propos de Guillaume.
    Je reconnais aussi que j’ai l’impression que tout va bien dans ma vie (peut-être que je suis facile à contenter).
    Cette dernière impression a souvent déclenché une certaine hostilité qui s’est amplifiée très nettement si je parlais de sérénité face à l’absence de besoin de croyance et pire encore si je disais que je trouvais le monde plus intéressant ainsi.
    J’ai fini, comme beaucoup de personnes de mon entourage, par éviter ces échanges qui amenaient parfois des réactions de violence et au mieux un souhait de grands malheurs devant s’abattre sur des gens comme moi pour découvrir la foi.
    Je suis heureux de découvrir vos échanges.
    Jean-Charles

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    • A la réflexion, une question centrale paraît être celle d’un idéal : pour que la vie ait un sens, l’homme, animal rationnel, a besoin d’un idéal. L’athéisme, qui ne croit pas en un fondement objectif, ne peut, à lui seul, justifier aucun idéal. Si la vie a un sens pour un athée, c’est une vie sans idéal. Après, on peut être heureux avec une vie sans idéal, de la même manière qu’on peut être heureux avec une vie qui n’a pas de sens, mais le sacrifice à payer est le renoncement à une quête existentielle. Est-ce encore une vie vraiment humaine ?

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