Peut-on recevoir les sacrements par révélation privée ou par un ange ?

dimanche 20 juillet 2014, par theopedie

Cette question peut sembler a priori de pure spéculation, mais pastoralement, certaines personnes disent avoir reçu l’ordination de Jésus lui-même ou avoir reçu la communion par un ange.

On traitera ici du cas seul d’un ministre angélique, la cas d’une révélation privée étant similaire. Seuls les hommes peuvent être ministres des sacrements.

  • Il y a ici le témoignage de la Bible (Jésus a institué des apôtres comme sanctificateurs et comme dispensateurs des sacrements) ;
  • une raison pastorale : de même que le grand prêtre est pris parmi les hommes (Hb 5,1), de même le Christ a dû devenir homme pour compatir et apprendre par là la perfection, de même encore les ministres doivent-ils être proches dans leur condition des fidèles qu’ils veulent réconforter par l’administration des sacrements.
  • et une raison de convenance : seul l’homme peut être tout ensemble en harmonie avec Dieu, la matière du sacrement et le Verbe incarnée méritant par les souffrances de la chair.

Précisons tout de même qu’il s’agit là de convenance et de pédagogie :

Il faut noter cependant que Dieu, s’il n’a pas lié sa vertu aux sacrements au point de ne pouvoir sans eux conférer l’effet sacramentel, n’a pas davantage lié sa vertu aux ministres de l’Église, au point de ne pouvoir donner aux anges celle d’administrer les sacrements. Et, parce que les bons anges sont des messagers de vérité, si un ministère sacramentel était accompli par de bons anges, on devrait le tenir pour authentique, car il serait indubitable que cela s’est fait de par la volonté divine ; c’est ainsi que certains temples ont été consacrés par le ministère des anges, dit-on. Mais si des démons, qui sont esprits de mensonge, se donnaient comme ministres d’un sacrement, on ne devrait pas tenir leur ministère pour valable (Thomas d’Aquin, III, 64, 7).

On note la réserve de Thomas d’Aquin : il peut y avoir des révélations spéciales et des ministres angéliques, mais il peut aussi y avoir des erreurs et des tromperies. Aussi doit-on faire preuve de discernement. On pourra, par exemple, utiliser le critère suivant :

Une condition nécessaire (quoique non suffisante) de la validité de toute révélation privée et de l’administration du sacrement consiste dans sa fructuosité.

Concrètement, s’il est vrai qu’il y a un bénéfice de doute en faveur du fidèle, on sera enclin à tenir pour authentique de tels miracles pour autant qu’ils contribuent au développement chez le fidèle des vertus de foi, d’espérance et de charité. En particulier, ces sacrements ne sauraient justifier une quelconque autorité spirituelle ni un quelconque manque de confiance envers l’Église : ce sont les apôtres et non les anges que le Christ a institués comme intendants ordinaire de la grâce du Christ.

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