Peut-on recevoir la grâce en dehors des sacrements ?

lundi 11 août 2014, par theopedie

En bref : De manière ordinaire, la grâce est une grâce sacramentelle. Mais il faut distinguer entre grâce sacramentelle explicite ou implicite.

De même que Dieu n’est pas tenu par les sacrements, la grâce de la justification peut être acquise sans recours explicite aux sacrements. Ainsi, le martyr qui, dans sa prison, ne peut confesser ses péchés. Ainsi encore, l’adulte qui n’a pas été atteint par la prédication de l’Évangile mais qui est justifié à l’éveil de sa raison par son adhésion au bien. C’est alors ce qu’on appelle en langage théologique la « grâce commune » ou « ordinaire ».

On lui préférera toutefois le terme de grâce sacramentelle implicite, car à la vérité, au fur et à mesure que la prédication de l’Évangile progresse, cette grâce est d’autant moins commune ou ordinaire. En effet, quoique la grâce de Dieu ne soit pas de soi liée aux sacrements, l’infusion même extra-sacramentelle de la grâce se réfère toujours à un sacrement (reviviscence) ou au moins à un désir implicite du sacrement. Ainsi, l’adulte de bonne volonté justifié par son adhésion au bien aurait-il pu reconnaître à la prédication de l’Évangile dans le Christ un modèle moral et vouloir devenir chrétien. De même encore, les enfants non baptisés nés de parents chrétiens reçoivent la grâce du baptême par la volonté qu’auraient eu leurs parents de les baptiser.

La raison est la suivante : même s’il n’y était pas tenu, Dieu a choisi de faire de Jésus l’instrument du salut des hommes. Or ce même Jésus a institué des sacrements pour prolonger son action rédemptrice après son élévation au ciel. C’est la prière de Jésus que Dieu a choisi d’accomplir et c’est la pédagogie de la rédemption instituée par le Christ à travers l’Église que Dieu a choisie de la même manière. Aussi, peut-on dire que d’une certaine façon, depuis l’institution du régime de l’incarnation et des sacrements, il n’y a pas de grâce qui ne soit sacramentelle. Ou mieux encore, il n’y a pas de grâce révélée qui ne soit une grâce sacramentelle. Il peut certes exister une grâce extra-sacramentelle, car Dieu est tout puissant, mais cette grâce sera tout sauf ordinaire ou commune. La pédagogie ordinaire de la rédemption étant celle du Christ, la grâce ordinaire sera la grâce révélée par le Christ, la grâce sacramentelle, le reste étant une grâce extra-ordinaire dont le secret appartient à Dieu seul.

Pris en ce sens, la grâce sacramentelle diffère de la grâce commune (au sens théologique traditionnelle) en ceci que les deux sont participation à la vie trinitaire, et que cette participation est obtenue par les mérites du Christ. Mais cette participation est soit explicitée (grâce sacramentelle) soit implicite (grâce commune). Il s’agit donc d’une différence de raison, non d’une différence réelle.

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