Peut-on ordonner des femmes prêtres ?

vendredi 29 mai 2015, par theopedie

En bref : De même qu’on ne saurait confier à un bébé fille le rôle du bébé Jésus dans une crèche vivante, de même on ne saurait confier à une femme le rôle de Jésus grand-prêtre dans la liturgie.

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Icône de Jésus-femme
Mais cette icône a-t-elle été faite pour représenter Jésus ou pour servir un combat politique ? En tout cas, elle ne respecte pas le chemin de l’incarnation.

Étant entendu que la prêtrise est avant tout un office liturgique et sacerdotal, il convient d’aborder la question de l’ordination des femmes sous l’angle liturgique et sacerdotal, et non pas d’abord sous l’angle social ou politique (question du pouvoir ou du rapport entre hommes et femmes). Or, de ce point de vue, il n’est pas possible d’ordonner des femmes prêtres en vue d’exercer un sacerdoce chrétien.

  • Seul Jésus est véritablement prêtre et les prêtres institués ne sont que des icônes du Christ grand-prêtre.
  • Un prêtre ne peut exercer de sacerdoce chrétien que s’il représente adéquatement le Christ en tant que grand-prêtre.
  • C’est dans sa chair que le Christ a exercé son sacerdoce. Non pas d’abord en tant que fils de Dieu, mais en tant qu’homme divinisé et conduit à la perfection par les souffrances qu’il a endurées.
  • C’est donc dans leur chair que les prêtres représentent adéquatement le Christ grand-prêtre, et en tant qu’hommes qu’ils sont les icônes efficaces du Christ.

En conclusion, refuser d’ordonner des femmes prêtres relève non pas de considérations sociales, politiques ou anthropologiques, mais d’une juste compréhension de ce que sont le sacerdoce du Christ et le sacerdoce sacramentel. Il en va probablement autrement de l’ordination de femmes diacres (diaconesses).

Afin d’enlever tout doute sur une question de si grande importance, qui touche à la constitution divine même de l’Église, en vertu de mon ministère de confirmer mes frères (cf. Luc 22, 32), je déclare que l’Église ne possède en aucune façon la faculté de conférer aux femmes l’ordination sacerdotale et que cette décision doit être tenue de façon définitive par tous les fidèles de l’Église (Jean-Paul II, Lettre Ordinatio sacerdotalis, 22 mai 1994, n° 4).

La Congrégation pour la doctrine de la foi a précisé que cette doctrine fait bien partie du « dépôt de la foi » (réponse du 28 octobre 1995).

P.-S.

Ci-dessous une précédente version de cet article. Nous n’avons pas repris son argument, car celui-ci ne semblait pas suffisamment tenir compte de la nature sacerdotal du Christ : “C’est dans sa chair que le Christ a exercé son sacerdoce. Non pas d’abord en tant que fils de Dieu, mais en tant qu’homme divinisé”. L’argument était dès lors trop “scénique” et pas assez “sacerdotal”. Nous le laissons néanmoins ci-dessous en espérant qu’il puisse éclairer certains points.

Ce qu’est un prêtre

Dans l’Église catholique, le prêtre est celui qui assume un rôle liturgique : celui de représenter Jésus de manière corporelle. Pour montrer que Jésus dirige la prière de l’Église, on va demande à un homme de représenter Jésus. Et on dira qu’il représente corporellement Jésus, qu’il parle en son nom. De même, pour montrer que c’est Jésus qui pardonne les péchés, on demande à un homme de représenter Jésus. Et on dira qu’il représente corporellement Jésus et qu’il pardonne les péchés en son nom. De même à la messe, et cætera.

Le premier (et probablement l’unique) rôle d’un prêtre catholique est donc de représenter corporellement Jésus. Il y a plusieurs manières de représenter Jésus : par l’art, par la liturgie, par les charismes, par la sainteté. La liturgie est une manière de représenter Jésus parmi d’autres : ce n’est probablement pas la manière ultime de le représenter (cela revient à la sainteté), ni même la plus belle (cela revient à l’art), mais probablement la manière la plus efficace et pédagogique.

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Le prêtre,
icône vivante de Jésus grand prêtre.
(ici des prêtres orthodoxes)

Ainsi donc, un prêtre est un acteur liturgique à qui on demande de jouer un certain rôle au cours des célébrations : celui de Jésus. Il peut sembler bizarre de comparer un prêtre à une sorte d’acteur de cinéma, mais de façon évidente un prêtre est « aussi » cela. Notons toutefois, que, à la différence d’un rôle de cinéma, le rôle liturgique qu’un prêtre est appelé à « jouer » est un acte sacré dans lequel Jésus est authentiquement présent, lui qui est ressuscité et qui a répandu son Esprit dans l’âme des chrétiens. On dit que le prêtre agit « in persona Christi ».

On parle en langage théologique de « caractère » plutôt que de « rôle » :

Le caractère indélébile [de l’ordination]. Ce sacrement configure au Christ par une grâce spéciale de l’Esprit Saint, en vue de servir d’instrument du Christ pour son Église. Par l’ordination l’on est habilité à agir comme représentant du Christ, Tête de l’Église, dans sa triple fonction de prêtre, prophète et roi.
Catéchisme de l’Église Catholique 1581

Au total, les sacrements sont des icônes vivantes de Jésus et, à l’intérieur de ces icônes vivantes que sont les sacrements, c’est au prêtre que l’Église confie le soin d’assumer de façon matérielle le rôle du Christ. Ou encore : il lui revient d’assumer la matérialisation de Jésus aux cours de ces icônes vivantes que sont les sacrements. Ainsi, ce que l’on demande à un prêtre, c’est de représenter corporellement Jésus. Et c’est tout ce qu’on lui demande : si l’on comprend ceci, on comprend beaucoup de positions catholiques concernant le prêtre (l’impossibilité pour une femme de devenir prêtre, la possibilité pour un pécheur d’être tout de même prêtre, etc).

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Crèche vivante

Une femme prêtre ?

Si le rôle d’un prêtre est de représenter matériellement Jésus à la manière d’un acteur, on ne saurait demander à une femme de devenir prêtre. De même qu’on ne saurait confier à un bébé fille le soin de jouer le rôle de Jésus bébé dans une crèche vivante, on ne saurait demander à une femme d’assumer la matérialisation de Jésus dans ces icônes vivantes que sont les sacrements. Il en va de la vérité des signes et des images.

Cet argument peut sembler relativement faible, mais qui a compris ce qu’était un sacrement lui donnera tout son poids. Celui qui va à la messe pour revivre avec Jésus son dernier repas accordera de l’importance aux détails de la scène liturgique. De son point de vue, il convient que les signes et les symboles sont le plus transparents possibles : le pain utilisé doit être semblable au pain utilisé par Jésus, de même que le vin et que le corps de celui qui les consacre.

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Femme maquillée en Jésus
icône ou déguisement ?

Inversement, celui qui ne va pas à la messe pour contempler Jésus accordera de l’importance à d’autres détails : la question du pouvoir du prêtre, de la parité homme/femme, etc. Ceux-là confondent liturgie et questions personnelles : de même que l’on ne va pas au cinéma pour le transformer en arène politique, de même la scène liturgique n’est pas un lieu de revendications mais un lieu de commémoration. Les revendications peuvent être justifiées, mais il y a un temps et un lieu pour chaque chose. Refuser aux femmes le droit d’être prêtre est une question de bon sens iconographique et scénique, non une question de politique.

Pourquoi le débat ?

Penser l’Église comme misogyne, c’est oublier que la plus grande dévotion catholique est dirigée vers une femme (Marie) et c’est oublier que l’Église catholique n’est pas un lieu de pouvoir mais de service. Parfois, il est vrai, l’Église est misogyne et est un lieu de pouvoir mais elle n’y parvient qu’en s’éloignant de son idéal fondateur qu’est l’Évangile. Il convient dans de telles circonstances, non pas de donner changer le rôle du prêtre, mais de rappeler une saine conception de la prêtrise et à ceux qui ont des attitudes misogynes et à ceux qui pensent leur ministère en termes de pouvoir non seulement qu’ils se trompent gravement mais aussi qu’ils offensent Dieu.

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Femme prêtre anglicane
Pour les anglicans, un prêtre n’est pas une icône de Jésus.

Il est entendu que, dans l’Église, hommes et femmes ont la même dignité et la même vocation, que hommes et femmes peuvent imiter Jésus à travers l’état de vie religieux, que hommes et femmes peuvent accéder à la sainteté (et la sainteté est le but de la liturgie et non l’inverse), que hommes et femmes ont le droit de participer au gouvernement de l’Église.

Si la question de la femme prêtre prend autant d’importance, c’est probablement à cause de ce dernier point : alors même que l’on affirme que le gouvernement de l’Église est ouvert aux femmes, on peine aujourd’hui à leur trouver une place concrète dans les instances dirigeantes. Toutefois ce qui est en cause n’est pas la prêtrise réservée aux hommes, mais l’effondrement de la vie religieuse féminine. Traditionnellement, il y avait deux à trois fois plus de religieuses que de religieux et il existait à travers elles une sorte de clergé féminin. Ce clergé féminin était en poste de direction d’hôpitaux, d’écoles, de monastères et se voyait confier de nombreuses responsabilités pastorales. Le nombre de religieuses (et de religieux) s’est dramatiquement effondré au cours du XXe siècle, d’où l’impression d’une éviction des femmes des instances dirigeantes. Avec la constitution récente d’un laïcat dirigeant, cette impression n’est pas tout à fait justifiée, mais il n’en demeure pas moins un inquiétant rétrécissement - faute de troupes - des instances dirigeantes autour des prêtres et des évêques.

Portfolio

Une icône Le prêtre, icône vivante de Jésus grand prêtre. Actrice en homme Femme prêtre anglicane Crèche vivante Femme maquillée en Jésus

3 Messages

  • Peut-on ordonner des femmes prêtres ? Le 1er juin 2014 à 23:21, par une lectrice bayeusaine

    Bravo frère Paul Adrien pour votre ordination et merci de nous en faire part .
    L’église a besoin de pretres comme vous, merci pour ce cadeau !
    On pensera et priera pour vous le 29 jun, soyez en sur !

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    • Peut-on ordonner des femmes prêtres ? Le 17 mai à 12:08, par WAGNER

      Bonjour,

      Lorsque que l Eglise Catholique Romaine, comprendra qu’il faut permettre d’ordonner les femmes
      Prètres, ou Diacre, alors l Eglise ne sera plus en perdition.
      Il y a trop de vocations qui sont bloquées par rapport a l ’erreur humaine.

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      • Peut-on ordonner des femmes prêtres ? Le 17 mai à 16:23, par theopedie

        Merci pour votre remarque qui montre à quel point vous avez à coeur de rendre l’Eglise à la mode. A titre personnel, je ne suis pas sûr que l’ordination des femmes résoudrait quoique ce soit. Je note aussi que le clergé n’essaye pas d’être à la mode, mais s’efforce de respecter le chemin de l’incarnation et de représenter le Verbe éternel, devenu homme et ayant donné sa chair d’homme dans une offrande parfaite. C’est en tant qu’homme que le Christ est devenu prêtre : voilà ce que l’Eglise ne veut pas oublier. Je trouve pour ma part cette explication non seulement convaincante, mais même touchante.

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