Peut-on contraindre la liberté de quelqu’un ?

jeudi 3 septembre 2015, par theopedie

En bref : St. Augustin affirme que lorsque l’on agit librement, on n’agit pas par nécessité. Or la contrainte est une forme de nécessité. Donc ce qui est fait librement ne peut être fait sous la contrainte. Donc la liberté ne peut être contrainte.

Notre liberté peut avoir deux types d’activité :

• L’une procède immédiatement d’elle, comme par émanation : c’est le souhait.

• L’autre activité est la volonté que la liberté exprime par l’intermédiaire et l’exercice d’une autre faculté. Par exemple, marcher : c’est une volonté que la liberté exprime et qui est exécutée par l’intermédiaire de la faculté psychomotrice.

S’il s’agit des volontés, la liberté peut être contrainte ; les membres extérieurs peuvent en effet être empêchés d’exécuter la volonté de la liberté. Mais dans son activité propre, le souhait, la liberté ne peut souffrir d’aucune contrainte.

La raison en est que l’activité de la liberté n’est rien d’autre qu’une aspiration qui procède d’un principe cognitif intrinsèque, de même que la force physique est une aspiration qui procède aussi d’un principe intrinsèque, mais non cognitif. Or ce qui est contraint et violent provient d’un principe extrinsèque. Il est donc contraire à l’activité intrinsèque de la liberté d’être contrainte ou violentée, comme d’ailleurs de toute aspiration physique. Rien n’empêche en effet que la trajectoire d’une pierre subisse un changement violent à cause d’une contrainte ; mais que ce changement violent de trajectoire ait pour origine une aspiration physique intrinsèque à la pierre elle-même, voilà qui est impossible. Pareillement, on peut contraindre un homme par force, mais que cette contrainte provienne de sa propre liberté, voilà qui est contraire à la notion même de contrainte et de liberté.

Objections et solutions :

1. On peut toujours être contraint par plus puissant que soi. Mais il y a un être plus puissant que la liberté humaine : c’est Dieu. Donc celle-ci peut être contrainte au moins par lui.

• Dieu, qui est plus puissant que la liberté humaine, peut la mouvoir, selon cette parole des Proverbes (21,1) : « Le cœur du roi est dans les mains de Dieu, qui l’incline à son gré. » Mais si cela était fait par contrainte, ce ne serait pas alors avec une activité de liberté, et ce qui serait mû ne serait pas la liberté, mais quelque chose qui lui est contraire.

2. Toute faculté qui procède par réaction est contrainte par le principe actif qui lui correspond lorsqu’elle est modifiée par lui. Or, la liberté est une faculté qui procède par réaction, puisqu’elle est « un moteur mû » d’après Aristote. Donc, puisqu’elle est parfois mue par son principe actif, il apparaît qu’elle est parfois contrainte.

• La modification d’une faculté de réaction par le principe actif correspondant n’est pas toujours une contrainte. Il faut pour cela que cette modification aille contre l’aspiration intrinsèque de la faculté de réaction ; sans quoi, toutes les modifications de la matière seraient non naturelles et contraintes, « violentes ». Or, elles sont bien naturelles en raison d’une aspiration intrinsèque que la matière possède naturellement. Il en va pareillement de la liberté lorsqu’elle est mue par son facteur stimulant, conformément à son aspiration propre ; et alors son mouvement n’est pas violent et contraint, mais libre.

3. Le mouvement contraint et violent est celui qui va contre la nature. Mais le mouvement de la liberté lui est parfois contraire comme c’est clair, dit st. Jean Damascène, dans le cas du péché, qui est contre nature. Le mouvement de la liberté peut donc être contraint.

• Ce que la liberté poursuit dans le péché, bien qu’en réalité ce soit mauvais et contraire à la nature consciente, est cependant appréhendé comme étant une perfection qui sied à cette nature, selon telle jouissance sensuelle ou telle prédisposition viciée.

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