Les actes personnels se classent-ils en fonction de leur idéal ?

vendredi 24 juillet 2015, par theopedie

En bref : Oui, car on lit dans saint Augustin (in libro de moribus Ecclesiae et Manichaeorum) « Selon que leur idéal est coupable ou louable, nos comportements sont coupables ou louables. »

Chaque chose est classée selon ce qu’elle est en acte et non selon ce qu’elle est potentiellement et c’est pourquoi les réalités faites d’éléments structurés sont classées selon leur structure caractéristique.

Or, le même principe s’applique aux événements. Et comme dans chaque événement, selon le point de vue auquel on se place, on peut distinguer une excitation et une réponse, l’une et l’autre sont classées en fonction de ce qu’elles sont en acte : l’excitation comme ce qui est à l’origine de l’événement, et la réponse comme ce qui est son terme. Ainsi un transfert calorifique appréhendé comme excitation est un certain événement provoqué par une source de chaleur, et le même événement, appréhendé cette fois-ci comme réponse, est un événement qui a pour terme un nouvel équilibre énergétique. Et leur description explicite leur genre.

Et c’est selon ces deux façons, à savoir en tant qu’excitation et en tant que réponse, que les actes d’une personne peuvent être classés en fonction de leur idéal. En effet, les actes humains peuvent être envisagés sous ce double point de vue, puisque que l’homme est à la fois celui qui initie son action et celui qui agit. Ainsi :

1. On a dit plus haut que nos actes sont dits personnels lorsqu’ils procèdent d’une liberté concertée, laquelle a pour stimulus un idéal, c’est-à-dire un optimum et une perfection ; et ainsi, l’origine de nos actes authentiquement personnels, c’est bien un idéal.

2. De plus, l’idéal est également le terme de nos comportements ; car l’aboutissement d’une action personnelle s’achève dans l’optimum qu’une liberté s’était donnée comme objectif à atteindre, à la manière dont la structure d’une progéniture (ici, l’idéal qui résulte de notre action) est isomorphe à celle de son géniteur (ici, l’idéal qui a inspiré notre action).

Et puisque, selon la remarque de st. Ambroise, « ce sont les comportements moraux qui sont à proprement parler personnels », on doit dire que l’on classe les comportements moraux selon leur idéal, car comportements personnels et actes personnels, c’est une seule et même chose.

Objections et réponses :

1. L’idéal est un principe extrinsèque. Or toute chose se classe selon un principe intrinsèque.

• L’idéal n’est pas entièrement extrinsèque au comportement, puisqu’il est d’une part son origine en tant qu’idéal à atteindre et de l’autre son terme en tant qu’idéal atteint. Et cela même appartient à la définition d’un comportement particulier d’avoir, pour ce qui est de l’excitation, telle origine, et pour ce qui est de la réponse, tel terme.

2. Ce qui explique le genre d’une chose doit exister avant cette chose. Or l’optimum est atteint en dernier.

• L’idéal est premier dans l’ordre d’intention, on l’a déjà dit, et c’est ainsi qu’il est le stimulus de notre liberté. Et c’est de cette façon que le comportement personnel, c’est-à-dire moral, se classe en fonction de l’idéal recherché.

3. Une même chose ne peut appartenir qu’à une seule espèce. Mais il arrive qu’un même comportement, considéré en lui-même, permette d’optimiser plusieurs choses différentes. L’optimum ne permet donc pas de classer les comportements personnels.

• Un seul et même comportement, émanant d’un même acteur à un même moment, ne peut viser qu’un seul optimum local, en fonction duquel il sera classé ; mais il peut admettre plusieurs optima globaux, subordonnés entre eux.

• Dans un autre genre d’idée, il est certes possible qu’un même comportement, appréhendé uniquement en tant qu’événement physique, puisse répondre à plusieurs buts. Par exemple, un homicide, considéré uniquement comme un événement physique, peut permettre d’optimiser à la fois le maintien de la justice et la satisfaction d’une vengeance. Mais on dira que cet unique acte physique est en réalité composé de deux actes moraux spécifiquement distincts, dont l’un est bon et l’autre criminel. Car un un événement n’est pas classé en fonction de ce qui est son terme par accident, mais de ce qui est son terme essentiel. Or les idéaux moraux sont accidentels par rapport aux réalités naturelles, et réciproquement. Rien ne s’oppose donc à ce que des actes physiquement identiques relèvent d’espèces morales diverses, et réciproquement.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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