Peut-on ajouter ou enlever quelque chose à ces formules ?

lundi 14 juillet 2014, par theopedie

En bref : Il faut distinguer dans la formule sacramentelle un corps invariant dont ’institution remonte immédiatement ou médiatement au Christ et ne peut être changé et des paroles explicatives qui peuvent changer.

Tous ne mettent pas les mêmes paroles dans les formules sacramentelles. Ainsi les catholiques baptisent sous cette structure : « je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » et les orthodoxes avec celle-ci : « Que le serviteur du Christ N. soit baptisé, au nom du Père, etc. » Et pourtant les uns et les autres confèrent vraiment le sacrement. Il est donc permis d’ajouter ou de retrancher dans les formules sacramentelles.

 Thèse

Au sujet de tous ces changements qui peuvent se produire dans les formules sacramentelles, il faut faire intervenir deux considérations.

  1. L’intention de celui qui prononce ces paroles est requise au sacrement, comme nous le verrons plus loin. C’est pourquoi, s’il a l’intention, par cette addition ou ce retranchement, d’introduire un nouveau rite, non agréé par l’Église, le sacrement ne semble pas réalisé, car le ministre ne semble pas avoir l’intention de faire ce que fait l’Église.
  2. Il faut considérer la signification des paroles. En effet, les paroles opèrent dans les sacrements selon le sens qu’elles offrent, nous l’avons dit Il faut donc se demander si le changement en question supprime ce sens exigé, car, en ce cas, il est évident que la vérité du sacrement est supprimée. Or, si l’on retranche un élément essentiel dans la structure sacramentelle, il est évident que le sens des paroles disparaît. Ainsi, selon Didyme : « Si quelqu’un a bien l’intention de baptiser, mais omet un de ces noms (ceux du Père, ou du Fils, ou du Saint-Esprit) le baptême ne s’accomplira pas. »

Tandis que si l’on retranche un élément qui n’appartient pas à la substance de la structure, cette soustraction ne supprime pas le sens requis, ni, par suite, l’accomplissement du sacrement. Ainsi dans la structure de l’eucharistie : « Hoc est enim corpus meum », l’omission de « enim » ne supprime pas le sens requis des mots, et par conséquent n’empêche pas le sacrement de s’accomplir, bien que, peut-être, l’auteur de l’omission commette un péché par négligence ou par irrévérence.

De même pour ce qui est des additions. On peut ajouter quelque chose qui détruise le sens requis ; si l’on dit, par exemple, selon la formule arienne du baptême : « je te baptise au nom du Père qui est supérieur, et du Fils qui est moindre », une addition de ce genre détruit la vérité du sacrement. Mais si l’addition n’enlève pas le sens requis, elle ne fait pas disparaître la vérité du sacrement. Et peu importe que cette addition ait lieu au commencement, au milieu ou à la fin. Si l’on dit, par exemple : « je te baptise au nom de Dieu Tout-Puissant, et du Fils son unique engendré, et du Saint-Esprit Paraclet » il y aura vraiment baptême. Semblablement si l’on disait : « je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et que la Sainte Vierge te soit en aide » il y aura vraiment baptême. Mais si l’on disait : « je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et de la Sainte Vierge Marie » peut-être n’y aurait-il pas baptême. Car S. Paul a dit (1 Co 1, 13) : « Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » Cependant, pour que cette adjonction du nom de la Vierge rende le baptême invalide, il faudrait qu’on ait entendu par là baptiser au nom de la Sainte Vierge de la même façon qu’au nom de la Trinité par lequel le baptême est consacré ; un tel sens serait, en effet, contraire à la vraie foi et par suite supprimerait la vérité du sacrement. Mais si, au lieu d’ajouter « et au nom de la Sainte Vierge » pour signifier que le nom de la Sainte Vierge opérerait quelque chose dans le baptême, on l’ajoute simplement pour assurer au baptisé le bénéfice de son intercession afin qu’il conserve la grâce baptismale, on ne fait pas disparaître l’effet du sacrement.

 Objections et contre-objections

1. Il semble qu’il ne soit pas permis d’ajouter aux paroles qui constituent la structure des sacrements. En effet, ces paroles sacramentelles ne sont pas moins essentielles que les paroles de la Sainte Écriture. Or, on lit dans le Deutéronome (4,2) : « Vous n’ajouterez rien à la parole que je vous dis et vous n’en retrancherez rien. » Et dans l’Apocalypse (22, 18) : « J’atteste à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : si quelqu’un y ajoute, Dieu ajoutera sur lui les plaies qui ont été décrites dans ce livre ; et si quelqu’un en retranche, Dieu retranchera sa part du livre de vie. » Il ne doit donc pas être permis non plus d’ajouter ou de retrancher dans la structure des sacrements.

  • On n’a pas le droit d’ajouter quelque chose aux paroles de la Sainte Écriture pour leur apporter un sens nouveau ; mais s’il s’agit d’expliquer la Sainte Écriture, on voit que les professeurs y ajoutent bien des paroles. Seulement, on n’a pas le droit d’y ajouter ces paroles en prétendant qu’elles appartiennent à l’intégrité du texte : ce serait une falsification. Il en serait de même pour les sacrements si l’on affirmait faussement que quelque chose appartient à l’intégrité essentielle de la structure sacramentelle.

2. Les paroles se comportent dans les sacrements à la façon d’une structure, nous l’avons dit. Mais toute addition ou soustraction dans une structure varie son espèce de même que dans les nombres, selon Aristote. Donc il apparaît que si l’on ajoute ou si l’on retranche quelque chose dans la structure du sacrement, celui-ci ne sera plus le même.

  • Les paroles appartiennent à la structure du sacrement en raison du sens qu’elles signifient. Toute addition ou soustraction de paroles qui n’ajoute ou ne retranche rien au sens requis ne détruit pas l’espèce du sacrement.

3. La structure des sacrements requiert, outre un nombre déterminé de syllabes, que les mots soient émis dans un ordre déterminé et par un discours continu. Si ajouter ou retrancher des paroles ne détruit pas la vérité du sacrement, il devrait en être de même lorsqu’on les prononce dans un ordre différent, ou de façon discontinue.

  • Si l’arrêt des paroles est assez important pour suspendre l’intention de celui qui les prononce, le sens du sacrement disparaît et par conséquent sa vérité. Mais elle ne disparaît pas quand l’interruption est trop brève pour annuler l’intention de celui qui parle et le sens de ses paroles. De même pour un changement dans l’ordre des mots. S’il détruit le sens de la phrase, le sacrement ne s’accomplit pas ; un cas évident est celui d’une négation précédant ou suivant la parole significative. Mais si cette transposition n’est pas de nature à changer le sens de la phrase, elle ne détruit pas la vérité du sacrement, car, selon la remarque d’Aristote, « les noms et les verbes, même transposés, gardent leur signification ».

P.-S.


La rubrique suivante est extraite de la somme théologie (IIIa q.60), laquelle parle de l’aspect locutoire des sacrements. La réponse de saint Thomas a été ici reformulée en terme de structure et d’icône. :
  • Le rite, dans son aspect matériel, fait partie intégrante du signe sacramentel .
  • Le rite, dans son aspect matériel, est encore relativement indéterminé (l’eau du baptême peut signifier tout aussi bien l’ablution, le nettoyage, le rafraîchissement, etc).
  • La signification de l’icône sacramentelle a donc encore besoin d’être structurée par une parole supplémentaire.
  • La structure proprement dite de l’icône sacramentelle est une formule verbale qui l’accompagne.
  • Il faut distinguer dans cette formule le corps invariant (l’institution en remonte immédiatement ou médiatement au Christ et ne peut être changé) et ce qui peut changer.

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