Par la pénitence, les péchés peuvent-ils être remis l’un indépendamment de l’autre ?

mercredi 1er juillet 2015, par theopedie

En bref : S. Augustin écrit « Il en est plusieurs qui se repentent d’avoir péché, mais pas complètement, se réservant certains péchés dans lesquels ils se complaisent. Ils n’ont pas remarqué que le Seigneur a guéri à la fois de la surdité et du mutisme le possédé qu’il a délivré du démon et nous a enseigné par là que nous ne serions jamais guéris sans l’être de tous nos péchés. »

 Explication :

Il est impossible que, par la pénitence, un péché soit remis sans qu’un autre le soit. La première raison en est que le péché est remis en tant que l’offense de Dieu est enlevée par la grâce. C’est pourquoi on a vu dans la deuxième partie qu’aucun péché ne peut être remis sans la grâce. Mais tout péché mortel est contraire à la grâce et l’exclut. Il est donc impossible qu’un péché soit remis sans qu’un autre le soit.
Une deuxième raison, c’est que le péché mortel, comme nous l’avons vu tout à l’heure, ne peut être remis sans la pénitence, à laquelle il appartient essentiellement de renoncer au péché en tant qu’il est une offense à Dieu, ce qui est un caractère commun à tous les péchés mortels. Mais là où il y a le même principe d’action, l’effet est le même. On ne peut donc pas être vraiment pénitent si l’on se repent d’un seul péché sans se repentir d’un autre. Car si ce péché déplaisait en tant qu’il offense Dieu aimé pardessus toutes choses, ce qui est essentiel à la vraie pénitence, il s’ensuivrait qu’on se repentirait de tous ses péchés. Il est donc impossible que, par la pénitence, un seul péché soit remis indépendamment des autres.

Troisièmement enfin, cette rémission partielle serait en contradiction avec la miséricorde de Dieu dont « les œuvres sont parfaites », dit le Deutéronome (32, 4). A qui Dieu fait miséricorde, il la fait donc totalement. Et c’est ce que nous dit S. Augustin : « Espérer un demi-pardon de celui qui est le juste et la justice, c’est une impiété qui tient de l’infidélité. »

 Objections et réponses :

1. On lit dans Amos (4, 7) : « J’ai fait pleuvoir sur une cité et pas sur l’autre. Une seule partie a été arrosée, et la partie sur laquelle il n’a pas plu s’est desséchée. » Commentant ces paroles, S. Grégoire nous dit : « Quand celui qui hait son prochain se corrige des autres vices, une seule et même cité est en partie arrosée et en partie desséchée, car il y a des pécheurs qui, retranchant certains vices, continuent à commettre d’autres fautes graves. » Un péché peut donc être remis par la pénitence sans qu’un autre le soit.

  • Cette parole de S. Grégoire ne doit pas s’entendre de la rémission de la faute, mais de la cessation de l’acte du péché. Parfois celui qui a l’habitude de commettre plusieurs sortes de péchés, renonce à telle habitude mauvaise sans renoncer à telle autre. Cela se fait à la vérité par le secours divin, mais par un secours qui ne va pas jusqu’à la rémission de la faute.

2. S. Ambroise nous dit : « La première consolation, c’est que Dieu n’oublie pas de faire miséricorde ; la seconde vient de la punition, quand cette punition, même en l’absence de la foi, est satisfaction et relèvement. » Il est donc possible que quelqu’un soit relevé d’un péché, alors que demeure le péché d’infidélité.

  • Dans ce texte de S. Ambroise on ne peut entendre le mot « foi » de la croyance au Christ. En effet, sur ce texte, en S. Jean (15, 22) : « Si je n’étais pas venu et si je ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas eu de péché », S. Augustin nous dit : « Le péché d’infidélité, car c’est le péché qui englobe tous les péchés. »Mais il faut entendre le mot « foi » au sens de conscience, car parfois les peines que l’on souffre patiemment obtiennent la rémission d’un péché dont on n’a pas conscience.

3. Quand des choses ne vont pas nécessairement ensemble, l’une peut être enlevée sans l’autre. mais comme nous l’avons vu dans la deuxième Partie, il n’y a pas de connexion entre les péchés, et l’un peut exister sans l’autre. Ils peuvent donc être remis séparément par la pénitence.

  • Bien qu’il n’y ait pas connexion des péchés quant à la conversion au bien qui passe, cette connexion existe quant à l’aversion à l’égard du bien immuable. Cette aversion se retrouve dans tous les péchés mortels et leur donne précisément ce caractère d’offense à Dieu qui ne peut être enlevé que par la pénitence.

4. Les péchés sont des dettes dont nous demandons la remise, puisque nous disons dans l’oraison dominicale : « Remets-nous nos dettes. » Mais l’homme remet quelquefois une dette sans remettre les autres. Dieu peut donc, lui aussi, remettre un péché sans remettre les autres.

  • Une dette ayant pour objet un bien extérieur comme de l’argent, n’est pas en contradiction avec l’amitié qui fait remettre une dette. Une dette de ce genre peut donc être remise indépendamment des autres. Mais la dette morale, conséquence d’une faute, est incompatible avec l’amitié ; en conséquence, une faute qui est une offense ne peut pas être remise à part. Il semble ridicule en effet de demander à quelqu’un, même à un homme, le pardon d’une offense, sans demander pardon pour les autres.

5. C’est par son amour que Dieu remet aux hommes leurs péchés, selon Jérémie (31, 3) : « je t’ai aimé d’amour éternel, et c’est pourquoi je t’ai attiré par miséricorde. » Mais rien n’empêche que Dieu aime certaines choses chez l’homme, tout en demeurant offensé par d’autres choses. C’est ainsi qu’il aime le pécheur pour sa nature, tout en le haïssant pour son péché. Il semble donc possible que Dieu remette un péché sans remettre les autres.

  • L’amour que Dieu a pour la nature de l’homme, n’est pas ordonné au bien de la vie glorieuse dont l’homme est exclu par tout péché mortel. Mais l’amour de grâce surnaturelle, par lequel se fait la rémission du péché mortel, ordonne l’homme à la vie éternelle, selon l’épître aux Romains (6, 23) : « La grâce de Dieu, c’est la vie éternelle. » Aussi la comparaison ne porte-t-elle pas.

P.-S.

(Article tiré de Saint Thomas III,86,3)

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