Noé a-t-il existé ?

samedi 19 octobre 2013, par Paul Adrien d’Hardemare

Cet article est issu de Noé a-t-il existé ?

La Bible, comme le Coran, parle d’un déluge auquel aurait survécu un homme Noé. Beaucoup doutent de l’existence de Noé. Mais trop de détails « étonnants » laissent le lecteur perplexe : l’âge avancé de Noé (500 ans), un arche transformée en zoo pour la survie de la faune, etc. Certaines doutent même de l’authenticité de ce récit dans la Bible : l’histoire de Noé ne serait qu’un copié/collé de l’épopée de Gilgamesh !

 L’historicité de cet événement est-t-elle importante ?

Le mythe du déluge
Documentaire archéologique
Red Diamond

Pourtant, à lire cet épisode de la Bible, on a l’impression d’avoir quitté la préhistoire des premiers chapitres d’Adam et d’Ève : les détails commencent à se faire plus nombreux et plus précis, l’histoire se fait plus fouillée et plus tortueuse. Sans être tout a fait dans l’histoire - celle d’Abraham, de Moïse et des rois juifs -, nous ne serions plus non plus dans la poésie des origines - celle de la Genèse, d’Adam et d’Ève. Une sorte d’entre deux : à lire l’histoire de Noé, on l’impression qu’il y avait, pour les auteurs bibliques, un fond historique tenu pour vrai. Il ne suffirait donc pas de dire que l’histoire de Noé est un mythe biblique : ce ne serait se méprendre sur l’intention des auteurs de la Bible. Ceux-ci entendaient donner une signification théologique à un événement réel. Cet événement aurait été certes enjolivé pour les besoins du récit, mais il y aurait tout de même une base historique.

Qu’en est-il exactement ? Est-ce que l’archéologie confirme ou infirme le récit de Noé ? Cette question se révèle passionnante par l’étendue des réponses qu’elle a suscitées : suffisamment riches, variées voire « loufoques », ces réponses nous permettent de faire un tour d’ensemble du débat moderne entre Bible et science.

 Diverses tentatives de réconciliation

  • La Bible mentionne le mont Ararat comme lieu de naufrage de l’arche. Cependant, aucune mission archéologique n’a pu exhiber de manière convaincante des vestiges. Les photos prises par satellite de cette montagne montrent certes une anomalie, mais sans que nous ne puissions conclure à l’existence d’une arche. Peut-être dira-t-on encore le mont Ararat serait-il une mauvaise indication : mais aucun autre candidat sérieux n’a été trouvé.
  • Les techniques de construction n’étaient probablement pas encore disponibles à l’époque de Noé. Notamment, l’arche, par sa structure en bois, aurait été beaucoup trop lourde.
    Sur les traces de l’Arche de Noé
  • L’épopée de Gilgamesh, si elle ne plaide en faveur d’une originalité biblique, plaide en revanche pour l’existence du déluge : il y aurait eu un déluge si important que différentes cultures en auraient été marquées. De fait, l’histoire de la Mésopotamie permet de retrouver des traces d’inondations. Malheureusement, ces inondations sont trop locales pour être compatible avec le récit biblique du déluge.
  • Différentes explications « cosmologiques » existent mais n’ont aucune garantie scientifique : pour certains, de l’eau avait été enfermée à l’intérieur de la terre pendant les premiers temps de sa formation et se serait mise à jaillir par suite d’une rupture de croute terrestre ; ou bien encore l’atmosphère était particulièrement chargée en vapeur d’eau et serait brutalement précipitée sous forme de déluge, etc. Mais ces hypothèses ressemblent trop à des explications ad hoc pour qu’il soit possible de leur faire crédit.
  • L’eau serait venue à la suite d’un impact de météorite. Cet impact laquelle aurait donné naissance à un immense tsunami et à de grandes tempêtes météorologiques. Cette hypothèse semble plausible : des traces géologiques permettraient de dater une telle catastrophe vers -2000 ans. Toutefois, si catastrophe il y eut, on ne trouve aucune trace d’une inondation mondiale.
  • Géologiquement, il y a bien eu une inondation mondiale mais datant de 500 millions d’années. C’est de cette catastrophe que datent les fossiles et les grands bouleversements météorologiques. Peut-être le mythe de Noé visait à donner une explication à l’existence de ces fossiles. Cette explication aurait été à l’époque, et compte tenu de ce que savaient alors les gens, la plus scientifique et la plus intelligente possible. Mais, dans la mesure où la science moderne ne montre aucune convergence entre la date de Noé et la date de cette catastrophe, l’histoire de Noé ne serait seulement une explication « scientifique » dépassée.

 Une explication troublante...

La difficulté de savoir si un déluge a eu lieu provient de l’amplitude que l’on entend donner à cet événement : s’il parait peu probable qu’un déluge mondial ait eu lieu, il parait en revanche certain que des déluges locaux de très forte amplitude aient eu lieu.

En 1966, des géologues découvrent dans la mer noire les traces d’une inondation massive. Des anciennes plages auraient été ainsi trouvées à 80 mètres de fond. La mer noire aurait été en fait un lac d’eau douce. En -5 600, une inondation provoquée par le réchauffement de la planète se produisit : le niveau de la Méditerranée augmentant, ses eaux finissent par franchir le canal du Bosphore à raison de 100 km/heures pendant 90 jours, créant à partir d’un lac d’eau douce la mer noire. Cet événement se produisit avec une violence inexprimable.

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Mer noire
Avant et après le « déluge »

On sait aussi que ce lac d’eau douce primitif aurait constitué à cette époque un lieu particulièrement favorable pour un peuplement humain (des protoceltes). La montée du rivage se faisait globalement à la vitesse d’un homme marchant : on imagine alors ces hommes obligés de reculer sans cesse, se retrouvant parfois pris au piège par les accidents du relief. Ils n’avaient pas les moyens d’interpréter cet événement, lequel aurait naturellement pris pour eux une dimension d’apocalypse mondiale. Nul doute non plus que cet événement ait donné naissance à des mythes.

L’allusion biblique au mont Ararat viendrait ainsi du souvenir collectif d’une population chassée des côtes escarpées du Caucase par la montée des eaux et réfugiée dans les montagnes (le mont Ararat, à 300 km au sud-est des rives de la mer Noire, est le point culminant de la région, visible de très loin) (wikipedia)

Pour plus de détails, voici ici.

Dark Secrets of the Black Sea
Documentary
UFOTVstudios

De là à y voir la naissance de l’épopée de Gilgamesh ou de Noé, il y a évidemment un pas que l’archéologie ne permet pas de franchir. Quelques 5000 ans séparent cet événement du récit biblique, mais il est tout à fait possible d’y voir un lointain écho de cette ancienne catastrophe. Bien sûr, encore, cette hypothèse est sujette à caution et a donné naissance à de nombreux débats géologiques. Il n’est pas ici question de les trancher : il appartient à la géologie et non à la théologie de se prononcer dessus.

 Conclusion

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Aperçu du débat géologique
Pour aller plus loin sur le déluge...
  • Au maximum, on pourra voir dans la catastrophe de la mer noire - avec tous les bémols que la recherche géologique apporte aujourd’hui - une confirmation du récit biblique.
  • Au minimum, doit-on admettre que cet ex-cursus géologique oblige à se reposer sérieusement une question à laquelle on croyait depuis longtemps avoir répondu : il est possible qu’un déluge local de forte amplitude ait eu lieu.

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