Ne souhaite-on que ce qui est parfait ?

samedi 12 septembre 2015, par theopedie

En bref : Denys affirme que « l’imperfection est en dehors de nos souhaits » et que « toutes choses aspirent à la perfection ».

La liberté est l’aspiration de la conscience. Or il n’y a d’aspiration que de la perfection : une aspiration n’est rien d’autre que l’aspiration d’un être vers quelque chose et on incline qu’à ce qui nous ressemble ou nous agréé. Donc, puisque toute réalité est une certaine perfection en tant qu’elle est une existence et qu’elle est quelque chose, il est nécessaire que toute inclination tende vers la perfection. D’où la parole d’Aristote : « la perfection est ce à quoi tout être aspire. »

Il est à remarquer toutefois que, si toute inclination procède d’une structure, l’aspiration physique procède d’une structure existant en acte, tandis que l’aspiration sensitive ou l’aspiration de la conscience, qu’on appelle liberté, sont consécutives à une structure perçue. Donc, tandis que la perfection à laquelle tend l’aspiration physique est une perfection existant en acte, celle à laquelle tend l’aspiration sensitive ou l’aspiration libre est une perfection perçue. Ainsi, il n’est pas requis qu’il s’agisse d’une perfection existant en acte pour que la liberté se porte cette chose, mais seulement que cette chose soit perçue comme étant une perfection. Voilà pourquoi Aristote nous dit que « l’idéal est une perfection, ou une perfection apparente ».

Objections et solutions :

1. Les opposés relèvent d’une même faculté ; ainsi le blanc et le noir relèvent tous deux de la vue. Or perfection et imperfection sont des opposés. La liberté n’a donc pas seulement pour objectif la perfection, mais aussi l’imperfection.

• Il est vrai de dire que les opposés relèvent de la même faculté, mais celle-ci ne se rapporte pas de la même manière aux deux. Ainsi la liberté est-elle relative et à la perfection et à l’imperfection, mais à l’imperfection en y aspirant, et à l’imperfection en la fuyant. C’est pourquoi l’aspiration en acte à la perfection est appelée liberté, au sens où ce mot désigne l’activité même de la liberté, et c’est ainsi que nous parlons maintenant de liberté. Au contraire, pour l’aversion envers l’imperfection, il faut l’appeler davantage dédain en sorte que le dédain a pour objectif l’imperfection, comme le souhait de la liberté a pour objectif la perfection.

2. C’est le propre des facultés de la conscience, selon Aristote, d’être relatives aux opposés. Or la liberté du fait qu’elle est « dans la conscience » est une faculté de la conscience. Donc elle est relative aux opposés : non seulement elle souhaite la perfection, mais aussi l’imperfection.

• Une faculté de la conscience ne se porte pas vers n’importe quels opposés, mais seulement vers ceux qui sont contenus dans son objectif ; car aucune faculté ne poursuit autre chose sinon son propre objectif. Or l’objectif de la liberté, c’est la perfection. La liberté ne pourra donc se porter que vers des opposés que pour autant qu’ils sont inclus dans une certaine perfection, comme se mouvoir et se reposer, parler ou se taire, etc. Car la liberté se porte vers l’un et l’autre en fonction de leur perfection.

3. La perfection et l’existence sont convertibles. Or notre souhait peut porter non seulement sur des êtres, mais aussi sur des non-êtres. Nous souhaitons parfois en effet ne pas marcher et ne pas parler ; nous souhaitons encore de temps en temps des choses futures, qui n’existent pas en acte. La liberté n’a donc pas seulement pour objectif la perfection.

• Ce qui n’existe pas dans la réalité est perçu comme existant dans la conscience, d’où vient que les négations et les privations sont appelées des êtres de raison. C’est encore de cette façon que les réalités futures sont des êtres en tant qu’elles sont appréhendées. Mais en tant qu’elles sont de tels êtres, elles sont appréhendées en fonction de leur perfection, et ainsi la liberté tend vers elles. C’est pourquoi Aristote a pu dire qu’« être exempt d’imperfection a raison de perfection ».

Répondre à cet article