Les théories contemporaines de la vérité : vue d’ensemble

mardi 6 janvier 2015, par Denis Cerba

Si l’on met de côté le courant « postmoderne » (dont nous avons vu la non-pertinence sur la question de la nature de la vérité), on peut synthétiser la réflexion philosophique contemporaine sur la nature de la vérité selon les trois chefs suivants :

  1. La philosophie moderne (17e —19e s.) hérite d’Aristote la conception selon laquelle la vérité consiste dans l’adéquation de la pensée à son objet.
  2. Cette conception étant ambiguë (Quel est l’objet de la pensée ? En quoi consiste cette adéquation ? etc.), les penseurs modernes élaborent différentes théories. Au début du 20e s., à l’aube de la pensée contemporaine, on peut dire que trois théories tiennent la corde :
    1. La théorie réaliste (ou : correspondantiste) : Une opinion est vraie si et seulement si elle correspond à la réalité.
    2. La théorie idéaliste (ou : cohérentiste) : Une opinion est vraie si elle est en cohérence avec les autres idées.
    3. La théorie pragmatiste (ou : théorie de l’utilité) : une opinion est vraie si elle est utile en pratique.
  3. À l’époque contemporaine (20e — 21e s.), la réflexion sur ces différentes options continue et s’approfondit. Aujourd’hui, en ce début de 21e s., le débat philosophique se focalise clairement autour de trois options majeures (issues de la réflexion sur les théories modernes) :
    1. Le réalisme : La vérité consiste dans une certaine relation entre un porteur-de-vérité et une certaine portion (ou aspect) de la réalité.
    2. L’anti-réalisme : Ce n’est pas dans la réalité, mais dans la signification (meaning), que la vérité a sa fondation la plus profonde.
    3. Le déflationnisme : Il n’existe aucune propriété spécialement intéressante que toutes les vérités auraient en commun.

Notre option est celle du réalisme contemporain (représenté et mis en acte, par exemple, par D. Armstrong ; cf. également Qu’est-ce qu’un vérifacteur ?). Il est important néanmoins d’approfondir cette conception par une confrontation avec les théories rivales.

Nous nous concentrerons sur le débat strictement contemporain : le débat réalisme-antiréalisme-déflationnisme.

Mais pour comprendre ce débat, il faut d’abord revenir à la théorie adéquationniste héritée d’Aristote, puis au débat réalisme-idéalisme-pragmatisme qu’elle a suscité au terme de la l’histoire de la philosophie moderne : on peut appeler ces trois théories les « théories traditionnelles » de la vérité (cf. Les théories traditionnelles de la vérité).

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