Les souhaits de notre liberté sont-ils nécessaires ?

mardi 22 septembre 2015, par theopedie

En bref : Les facultés de l’esprit, selon Aristote, portent sur des réalités opposées. Or la liberté, qui est « dans la conscience » est une faculté de l’esprit. Elle porte donc sur des réalités opposées. Donc elle ne peut souhaiter l’un ou l’autre de façon nécessaire.

La liberté est influencée de deux manières : quant au fait d’émettre des souhaits, et quant à la nature des souhaits qu’elle émet et qui sont caractérisés par leur objectif. Quant au fait même d’émettre des souhaits, la liberté n’est influencée de manière nécessaire par aucun objectif : on peut en effet ne penser à aucun objectif, et par conséquent, ne pas le souhaiter de fait.

Quant au deuxième type d’influence, et qui concerne la caractérisation de nos souhaits, la liberté est influencée par un certain objectif de manière nécessaire, et non pas par un autre. Car dans l’influence qu’une faculté psychologique reçoit de son objectif, il faut étudier pourquoi un objectif influence une faculté. Ainsi, c’est parce qu’elle est colorée qu’une réalité visible influence notre vision. Donc, si une couleur se trouve proposée à la vue, elle l’influence nécessairement, à moins qu’on ne détourne le regard, mais cela concerne le fait même de voir ou ne de pas voir. Au contraire, si l’on proposait à la vue un objectif dont la couleur ne serait qu’une dimension de cet objet, un tel objectif ne serait pas nécessairement vu : on pourrait en effet concentrer son attention sur la dimension non colorée de l’objet, et on ne ferait pas attention à sa couleur mais à autre chose. Or, de même que la couleur est l’objectif de la vue, de même la perfection est l’objectif de la liberté. Si on lui propose un objectif qui soit entièrement parfait, la liberté le souhaitera nécessairement - si elle est en train d’émettre des souhaits - car elle ne pourrait pas souhaiter le contraire de cette réalité. Si, au contraire, on lui propose un objectif qui ne soit pas entièrement parfait, elle ne le souhaitera pas nécessairement. Et parce que l’absence d’une perfection quelconque a raison d’imperfection, seule la perfection en plénitude et auquel rien ne manque sera nécessairement souhaitée par notre liberté. Et tel est le bonheur. Toutes les autres perfections particulières, parce qu’il leur manque une certaine perfection, peuvent être considérées comme n’étant pas parfaite, si l’on concentre l’attention de l’esprit sur leur imperfection, et de ce point de vue, elles pourront être souhaitées ou non par la liberté, qui peut souhaiter une même réalité en la considérant sous différents points de vues.

Objections et solutions :

1.L’objectif de la liberté exerce sur elle une certaine influence, comme le montre Aristote. Or un facteur influent, s’il est suffisamment puissant, influence de façon nécessaire. Donc la liberté peut être influencée de façon nécessaire par son objectif.

• Pour une faculté, le seul facteur suffisamment puissant est l’objectif qui possède dans toute sa plénitude ce qui fonde l’influence. S’il est en défaut sur un point, il n’aura pas d’influence nécessaire, comme on vient du dire.

2. De même que la liberté, l’intelligence est une faculté immatérielle, et ces deux facultés sont ordonnées à un objectif universel, on l’a vu. Or l’intelligence est influencée de façon nécessaire par son objectif. Donc la liberté l’est aussi par le sien.

• L’intelligence est influencée de façon nécessaire par un objectif, s’il est vrai de manière absolue et non pas de manière contingente ou historique, de la même manière qu’on vient de le dire au sujet de la perfection.

3. On ne peut souhaiter qu’un idéal ou un moyen. Mais on souhaite nécessairement l’idéal ; parce qu’il est comparable aux axiomes logiques, auxquels nous donnons nécessairement notre assentiment. Et l’idéal explique nos souhaits qui portent sur certains moyens ; ainsi on voit que nous souhaitons également les moyens de façon nécessaire. Donc c’est de manière nécessaire que la liberté est influencée par son objectif.

• L’idéal suprême influence de manière nécessaire la liberté, car il est la perfection dans sa plénitude ; il en va pareillement des perfections qui lui sont ordonnées et sans lesquels il ne pourrait être atteinte, comme exister, vivre, etc. Quant aux autres perfections dont on peut se passer pour atteindre l’idéal, celui qui souhaite l’idéal ne les souhaite pas de manière nécessaire ; de même que celui qui croit aux principes ne croit pas de manière nécessaire aux conclusions sans lesquelles les principes peuvent être vrais.

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