Les signes sacrementels sont-ils des rites matériels ?

lundi 19 mai 2014, par theopedie

En bref : Le baptême, comme l’écrit Saint Paul, est « un bain d’eau qu’une parole accompagne » (Ephé 5,26). D’où la phrase de S. Augustin : « La parole se joint à l’élément, et voilà le sacrement. » Or, il s’agit bien dans cette phrase d’un élément sensible : l’eau. Cette remarque est vraie de tous les sacrements. Donc des réalités concrètes sont requises aux sacrements.
La rubrique suivante est extraite de la somme théologie (IIIa q.60)

 Thèse

La sagesse divine pourvoit à chaque être selon son mode : « elle dispose tout harmonieusement » dit le livre de la Sagesse (8, 1). Et en S. Matthieu (25, 15) : « Il donne à chacun à la mesure de ses forces. » Or, il est dans la nature de l’homme de parvenir à la connaissance des réalités intelligibles au moyen des réalités matérielles. Et le signe est le moyen de parvenir à la connaissance d’autre chose. Aussi, puisque les réalités sacrées que les sacrements doivent signifier sont des biens spirituels et intelligibles par lesquels l’homme se sanctifie, c’est au moyen de réalités concrètes que la signification sacramentelle sera pleinement accomplie. C’est ainsi encore que la divine Écriture présente les réalités spirituelles au moyen de comparaisons tirées des réalités concrètes. Les sacrements requièrent donc des réalités concrètes, comme Denys le prouve de son côté.

 Objections et contre-objections

1. Il semble que ce ne soit pas toujours le cas. Car, selon Aristote,« tout effet est signe de sa cause ». Mais s’il y a des effets sensibles, il y a aussi des effets intelligibles, comme la science, effet de la démonstration. Il n’y a donc pas que des signes sensibles. Or, nous l’avons dit, il suffit, pour constituer la notion de sacrement, du signe d’une réalité sacrée, en tant que par elle l’homme est sanctifié. Il n’est donc pas nécessaire que le sacrement soit une chose sensible.

  • Tout être reçoit son nom et sa définition à titre premier de ce qui lui convient immédiatement et par soi, non de ce qui lui convient par autrui. Or, l’effet sensible est capable par lui-même de conduire à la connaissance d’autre chose, car c’est immédiatement et par soi que l’effet sensible se manifeste à l’homme, chez qui toute connaissance est d’origine sensible. Au contraire, les effets intelligibles ne sont capables de conduire à la connaissance d’autre chose que dans la mesure où ils sont déjà manifestés eux-mêmes par le moyen de choses sensibles. C’est pourquoi on appelle signe, immédiatement et à titre premier, les choses offertes aux sens. S. Augustin le dit : « Le signe est ce qui, au-delà de l’image qu’il apporte aux sens, fait connaître quelque chose d’autre. » Ainsi les effets intelligibles n’ont valeur de signe que dans la mesure où ils sont eux-mêmes connus par des signes proprement dits. C’est par ce biais que des choses d’elles-mêmes inaccessibles aux sens peuvent être appelées sacrements, comme nous le verrons.

2. Les sacrements concernent le culte et le règne de Dieu, auxquels les choses sensibles sont étrangères, car il est dit en S. Jean (4, 24) : « Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et en vérité. » Et S. Paul (Rm 14, 17) : « Le royaume de Dieu n’est pas affaire de nourriture et de boisson. »

  • Évidemment, si l’on regarde les réalités sensibles dans leur nature propre, elles ne se rapportent pas au culte ou au règne de Dieu. Elles n’y ont rapport que dans la mesure où elles sont signes de ces réalités spirituelles en quoi consiste le règne de Dieu.

3. S. Augustin prétend que « les réalités matérielles sont les moindres de tous les biens : l’homme peut s’en passer et vivre vertueusement ». Tandis que les sacrements, nous le verrons. sont nécessaires au salut.

  • De même S. Augustin parle ici des réalités matérielles prises dans leur nature propre, non en tant qu’elles servent à signifier les biens spirituels, qui sont les plus précieux.

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