Les sacrements sont-ils nécessaires après le Christ ?

samedi 17 mai 2014, par theopedie

En bref : « Les sacrements de l’ancienne loi ont été abolis parce qu’accomplis ; et d’autres ont été institués, d’une plus grande vertu, d’une meilleure utilité, d’une pratique plus facile, en nombre plus restreint. » (saint Augustin)

Nous reproduisons ci-dessous un article de la somme de théologie III,61,4. Notons que sa réponse présuppose l’article pourtant sur la nécessité des sacrements.

 Thèse

De même que les anciens Pères ont été sauvés par la foi dans le Christ à venir, ainsi sommes-nous sauvés par la foi au Christ qui, maintenant, est né et a souffert. Les sacrements sont des signes professant cette foi qui justifie. Or, il faut des signes différents pour signifier des réalités futures, des réalités passées ou des réalités présentes. « On énonce différemment la même chose selon qu’elle est à faire ou déjà faite, dit S. Augustin c’est ainsi que les mots même »qui souffrira« ou »qui a souffert« n’ont pas le même son. » C’est pourquoi il faut, dans la loi nouvelle, pour signifier les actions du Christ déjà accomplies, des sacrements différents de ceux de l’ancienne loi qui annonçaient des réalités à venir.

 Objections et contre-objections

  • Il semble que non, car lorsque la réalité apparent, la figure doit disparaître. Mais « la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ » (Jn 1, 17). Les sacrements étant signe ou figures de la réalité, il semble qu’après la passion du Christ, les sacrements n’auraient pas dû exister.
    • Selon Denys l’état de la loi nouvelle tient le milieu entre l’état de la loi ancienne dont les figures se réalisent dans la loi nouvelle ; et l’état de la gloire, dans lequel toute la vérité se manifestera à découvert et complètement. C’est pourquoi dans ce dernier état, il n’y aura plus aucun sacrement. Mais présentement, tant que nous connaissons « par miroir et obscurément », selon S. Paul (1 Co 13, 12), il nous faut passer par des signes sensibles pour arriver aux réalités spirituelles : ce qui concorde avec la définition des sacrements.
  • Les sacrements consistent en certains éléments, nous l’avons montré plus haut. Or, l’Apôtre affirme (Ga 4,3. 7) : « Lorsque nous étions enfants, nous servions sous les éléments du monde ». Mais maintenant « la plénitude des temps est arrivée » et nous ne sommes plus enfants. Il semble donc que nous ne devons plus servir Dieu sous les éléments de ce monde, en pratiquant des sacrements corporels.
    • Ce sont les sacrements de l’ancienne loi que l’Apôtre appelle « des éléments infirmes et indigents » parce qu’ils ne contenaient ni ne causaient la grâce. Aussi dit-il que les usagers de ces sacrements « servaient Dieu sous les éléments du monde » car ces éléments n’étaient que cela. Mais nos sacrements contiennent et causent la grâce.
  • « En Dieu, il n’y a ni changement ni ombre de vicissitude » (Jc 1, 17). Mais cela entraîne un changement dans la volonté divine, si elle offre maintenant, au temps de la grâce, des sacrements différents de ceux qu’elle proposait avant le Christ pour la sanctification des hommes. Il semble donc qu’après le Christ d’autres sacrements n’auraient pas dû être institués.
    • On n’accuse pas un maître de maison d’être capricieux parce qu’il donne à ses gens des ordres différents suivant les saisons. De même si, après la venue du Christ, Dieu institue des sacrements différents de ceux qui existaient sous la loi, cela ne met en lui aucun changement, car les uns convenaient à une grâce qu’il s’agissait de préfigurer, les autres conviennent à une grâce qu’il faut montrer comme présente.

Répondre à cet article