Les sacrements sont-ils magiques ?

samedi 27 octobre 2012, par theopedie

En bref : Les sacrements se différencient des rites magiques quant à leur institution, leur transparence symbolique et leur finalité.

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Messe en rite tridentin
Forme extraordinaire du rite

Pour beaucoup de personnes, les sacrements ont quelque chose de « magique ». Parfois, il est vrai, la manière dont les sacrements sont vécus peut provoquer un tel sentiment : le prêtre, perdu au fond des volutes d’encens, et revêtu d’un décorum (étole, chasuble, etc) que personne, sauf lui, ne parvient à comprendre.

Un autre aspect pourrait apparenter les sacrements à de la magie. Les catholiques disent parfois qu’il suffit que le rite soit respecté, que les sacrements soient administrés avec « la bonne formule », pour qu’ils soient valides. Ils utilisent une expression latine pour désigne cela : ex opere operato (« agissant par le seul fait d’avoir été posé »). Autrement dit, il suffit qu’un prêtre, peu importe qu’il croit ou non à ce qu’il dit, dise « Ceci est mon corps, ceci est mon sang » et satisfasse les autres conditions liturgiques requises, pour qu’une messe soit valide et que le Christ soit réellement présent.

Il y a néanmoins des différences clairs entre rites sacramentels et rites magiques :

  • les rites magiques semblent avoir perdu leur origine et valoir par eux-mêmes (formules ou rites immuables) tandis que l’origine des sacrements remonte historiquement à une personne précise, Jésus-Christ ;
  • personne ne sait d’où exactement les rites magiques puisent leur efficacité (si tant est qu’ils en aient une) tandis que les sacrements puisent leur efficacité dans les vertus et les mérites de Jésus (puissance d’excellence) ;
  • les rites magiques peuvent posséder une certaine opacité symbolique tandis que les sacrements - en tout cas le rite au coeur du sacrement - est symboliquement transparent. Ainsi, si le symbole de la chasuble et de l’étole n’est pas évident, le symbolisme du pain rompu et mangé, la signification des paroles consécratoires sont évidents ;
  • Dans les sacrements, à la différence de la magie, il ne s’agit pas d’obtenir des avantages matériels ou spirituels, des pouvoirs ou encore autre chose, mais de pouvoir progresser dans la vie morale en en demandant un surcroît de charité, d’espérance et de foi.

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« Ex opere operato »
Zone Patcher

Voici ce que disent, à ce propos, les manuels destinés à l’usage des prêtres...

Le sacrement réellement et validement administré produit toujours du sacré, mais il ne produit pas toujours la sainteté. Car il n’y a de sainteté que libre et volontaire, au moins chez un adulte conscient. [...] Le rite opère par lui-même sans doute, mais il ne va jusqu’au bout de sa raison d’être que si, préparé et accompagné de la parole d’où procède la foi, il est embrassé avec une foi vive, dans une adhésion intime. Entrer dans le jeu rituel d’un sacrement sans vouloir se donner au Christ, ce n’est pas seulement priver le sacrement de son efficacité dernière, c’est accomplir un sacrilège.

Initiation théologique IV,p.438

Autrement dit, la magie consiste en une formule et en une recette, lesquelles permettent d’obtenir des pouvoirs spirituels à coup sûr et en dehors de toute moralité. Dans les sacrements, il y a certes aussi une formule et une recette. Mais il n’y a pas que cela ! Et ce « quelque chose en plus » est ce qui permet de distinguer sacrements et magie. Dans les sacrements, à la différence de la magie, une place très importante est faite à la moralité et à la recherche de la sainteté. Il ne s’agit pas d’obtenir des avantages ou des pouvoirs mais des vertus de charité, d’espérance et de foi.

Les sacrements sont-ils magiques ?

Les sacrements inscrivent cette recherche dans un dialogue entre personnes libres : le fidèle demande librement à être uni à Dieu dans la foi et Dieu répond librement en octroyant sa grâce laquelle est une faveur donnée de façon gratuite. Il est vrai que, comme pour les rites magiques (en supposant la validité des rites magiques...), le rite a une certaine force en lui-même et agit ex opere operato, mais ce qui est obtenu et donné à coup sûr est la grâce et le pouvoir de devenir meilleur dans la charité. Et encore faut-il que la personne croît en cette grâce, que là se situe son bonheur et décide d’user de cette grâce et de ce pouvoir...

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