Les sacrements n’ont-ils qu’une portée symbolique ?

samedi 27 octobre 2012, par theopedie

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 La question

Les sacrements sont des rites religieux qui ont une portée symbolique évidente : il s’agit de revivre à travers les sacrements les grands épisodes de la vie de Jésus. Ce sont, nous l’avons dit, des icônes vivantes. Tout est donc fait pour « rendre réelle » la vie de Jésus : un prêtre représente Jésus, des tableaux sont utilisés pour frapper l’imagination, les textes rapportant les paroles de Jésus sont lus, etc. Mais, si cette réalité symbolique est faite pour frapper l’imagination, est-ce à dire que, dans ces icônes vivante, la vie de Jésus n’a de réalité que celle que veut bien lui accorder notre imagination ?

Prenons un autre exemple. Lorsqu’un couple se réunit, pour feuilleter l’album photo de son mariage, en tournant les pages de cet album, ce couple se remémore les épisodes qui avaient rythmé cette journée et, au fur et à mesure de ces épisodes, il se rappelle les émotions qui avaient accompagné ces épisodes. Toutefois, il ne fait que rappeler à son imagination quelque chose qui appartient pour toujours au passé, un souvenir et non une réalité présente.

Est-ce la même chose dans les sacrements ? En nous rappelant les épisodes de la vie de Jésus, les chrétiens ne font-ils que se rappeler quelque chose qui appartient pour toujours au passé ? Sur cette question, les avis sont différents :

Les images et les symboles religieux
Père Fabio de Melo
  • Pour les protestants, les sacrements sont que des « mémoriaux », c’est-à-dire des rites qui nous font nous souvenir de ce qu’a été Jésus. Autrement dit, les rites n’ont qu’une portée symbolique : ils ne font pas vraiment exister ce qu’ils représentent.
  • Pour les catholiques, au contraire, les sacrements sont plus que des symboles : tout n’est pas jeu de l’imagination et ils font vraiment exister ce qu’ils représentent (ils parlent parfois de « signe efficace »).

A première vue, la position protestante semble plus sobre et plus crédible. Mais pour comprendre la position catholique, il convient de faire les remarques suivantes :

  • Dire que les sacrements s’appuient sur l’imagination ne doit pas être compris en un sens restrictif. Ce qui est présent dans notre imagination ne doit pas être dévalorisé. Notre imagination fait aussi partie de la réalité et peut avoir une certaine efficacité.
  • Pour les chrétiens, Jésus est ressuscité, c’est-à-dire qu’il est vivant et au paradis. Les sacrements, à proprement parler, ne le font donc pas « revivre », mais servent seulement à rendre visible son action qui ne s’est jamais arrêtée et qui appartient maintenant à l’éternité de Dieu.
  • A travers la foi, les chrétiens vivent en communion avec Dieu par Jésus. On parle alors de grâce. Les sacrements ont le pouvoir de signifier et rendre visible cette grâce. Ainsi, ceux qui réalisent ces icônes vivantes que sont les sacrements n’ont d’autre but que de rendre cette communion spirituelle concrète et visible, à travers l’usage de certains signes matériels.
  • Jésus Christ lui-même a institué certains signes pour signifier plus explicitement sa grâce d’excellence. Cette institution, reconnue par Dieu son père, confère à certains signes une valeur plus objective, une grâce plus certaine. On parle d’efficacité ex opere operato.

 Conclusion

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Mariage catholique

Compte tenu de tout ce que nous avons dit dans les précédents articles, il faut dire que l’efficacité des sacrements n’est pas uniquement symbolique : le symbolisme confère certes une profondeur et une valeur pédagogique particulière aux sacrements, mais les sacrements n’agissent pas d’abord en fonction de notre imagination et de nos dispositions subjectives. L’acteur premier dans les sacrements n’est pas d’abord le fidèle, mais le Christ, qui nous a aimés le premier et s’est livré pour nous.

L’oeuvre du salut n’est pas un jeu de sentiments, mais une institution : c’est, en particulier, un agencement sacramentel solide, reconnaissable, historique, visibles, facilement reconnaissable, et dont l’origine ultime est le Christ. De même, l’Eglise n’est pas un corps nuageux, impalpable, constitué seulement de bonnes volontés : elle est un corps mystique, certes, mais solidement architecturé et visible, avec le Christ pour pierre angulaire, et il lui a laissé les sacrements comme héritage.

L’Eglise et la sacramentalité existent en dehors de nous : il suffit donc que les rites soient administrés selon les rites voulus par Jésus et l’Eglise son épouse pour qu’ils opèrent comme d’eux-même, ex opere operato, en vertu de l’oeuvre opérée, et non pas ex opere operantis, en vertus des mérites et des dispositions subjectives de celui qui opère, ministre ou sujet. Ou, si le sacrement opère ex opere operantis, c’est ex opere operantis Christi, en vertu de la volonté et de la sainteté du Christ qui opère infailliblement en eux.

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