Les sacrements contiennent-ils la grâce ?

mardi 5 août 2014, par theopedie

En bref : Oui, les sacrements contiennent la grâce, mais cette grâce est destinée à être répandue.
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Le miracle des noces de Cana
Une image des sacrements, vases de la grâce

Nous reproduisons ici un commentaire sur l’enseignement de saint Thomas à ce sujet (Revue des jeunes, IIIa, 62,3, commentaire 59).

L’autorité de Hugues de Saint-Victor en matière sacramentaire obligeait saint Thomas à agréer cette expression de « contenir » la grâce. Depuis, elle a été canonisée par le concile de Trente (session VII, can. 5) qui corrige d’ailleurs ce que ce verbe a de trop statique en lui adjoignant aussitôt le verbe de « conférer » la grâce :

Si quelqu’un dit que les sacrements de la Loi nouvelle ne contiennent pas la grâce qu’ils signifient ou qu’ils ne confèrent pas cette grâce elle-même à ceux qui n’y mettent pas d’obstacle, comme s’ils n’étaient que les signes extérieurs de la grâce et de la justice reçus par la foi, et des marques de profession chrétienne par lesquelles les fidèles sont distingués des infidèles parmi les hommes : qu’il soit anathème.

Cette expression de « contenir la grâce » a l’avantage de mettre en évidence l’efficacité des sacrements de la loi nouvelle en face de ceux de la loi ancienne qui ne faisaient que préfigurer la grâce.

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Confection du saint Chrème
Rite orthodoxe

Mais chez Hugues de Saint Victor, « contenir la grâce » avait un sens trop matériel : il se représentait en effet la grâce comme un remède, les sacrements comme des « vases » qui le renferment et cette expression qui, chez des théologiens postérieurs, ne sera plus qu’une comparaison, semble chez lui prise au pied de la lettre : le même remède, distribué dans des vases de forme et d’étiquette différente, s’adapte à des maladies différentes. C’est que, pour Hugues de Saint Victor, les sacrements en général, conçus uniquement sur le modèle de l’eucharistie, se définissent comme « un élément corporel ou matériel présenté extérieurement aux sens, représentant en vertu d’une similitude naturelle, signifiant en vertu de l’institution, et contenant en vertu d’une consécration une grâce spirituelle et invisible ».

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Vase pour saint Chème

Mais saint Thomas fera justement remarquer que les sacrements ne consistent pas dans un être matériel, mais dans l’usage qui en est fait. C’est le cas unique de l’eucharistie d’être constituée sacrement par la consécration avant l’usage qui en est fait : « le sacrement de l’eucharistie est pleinement réalisé dans la consécration même de la matière, tandis que les autres sacrements ne sont pleinement réalisés que dans l’application de la matière à l’homme qu’il s’agit de sanctifier » (III,73,1,3).

Tout en gardant l’expression traditionnelle et précieuse de « contenir » la grâce, saint Thomas va donc en assouplir le sens : c’est la contenance non pas d’une grâce pleinement constituée dans son état naturel, mais d’une grâce en transition, d’une vertu instrumentale, dynamique, incomplète dans son être (car c’est du mouvement qui n’est pas acte mais passage de la puissance à l’acte) aboutissant à produire la grâce dans le sujet qui reçoit le sacrement.

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