Les paroles de Jésus pendant la cène sont-elles symboliques ?

mercredi 5 novembre 2014, par theopedie

En bref : Il n’existe aucune raison de dire que les paroles de Jésus pendant la cène sont symboliques sinon la volonté de nier que Jésus ait donné à ses paroles un sens littéral. Mais il s’agit alors d’une pétition de principe.

Luther écrivait aux chrétiens de Strasbourg : « Je suis pris, je ne peux m’échapper : le texte est invincible » (De Wette 22,577). De fait, tous les arguments justifient l’interprétation littérale des paroles de Jésus disant « Ceci est mon Corps » et « Ceci est mon sang ».

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La cène
Léonard de Vinci, 1494-1498, Église Santa Maria delle Grazie de Milan,

 Raisons générales

1) En herméneutique, c’est l’interprétation symbolique qui doit être justifiée et, à moins d’une raison valable (genre littéraire, impossibilité manifeste, etc), le sens littéral qui doit être présupposé. Cette règle est vraie non seulement de la Bible mais de tout autre livre. Il s’agit simplement en lisant un texte de le prendre au sérieux.
2) Si les paroles de l’institution ont un sens figuratif, alors elles deviennent obscures et énigmatiques. En pareille occasion on s’étonne alors de ce qu’aucun évangéliste n’ait cru bon d’expliquer une métaphore si difficile à comprendre ou n’ait voulu prévenir tout malentendu malencontreux. Ils le font pourtant en des sujets moins graves.
3) Si Jésus n’a attaché à la dernière cène qu’une valeur pédagogique et symbolique, on comprend mal pourquoi ses disciples l’ont renouvelée, ni même comment ils ont pu être amenés à croire qu’il fallait interpréter de manière littérale le rite eucharistique.

 Exégèse des paroles de l’institution

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L’épiclèse sur le pain et le vin
Rite ordinaire précédant la consécration

Saint Paul empêche toute interprétation figurative (1 Corinthiens 11, 27). Cela n’empêcha pas certains contempteurs de la simplicité d’abandonner le sens littéral et, une fois l’évidence rejetée, de s’abandonner dans des vagabondages exégétiques sans fin pour expliquer l’obscure énigme que le Christ aurait laissée comme ultime parole. Simplex sigillum veritatis : les enfants de Dieu, dont l’innocence a été renouvelée dans le bain du baptême, suivront la voie de la simplicité lorsqu’elle se présente à eux de manière manifeste.

Le verbe « être »

Le verbe « être » ne peut être compris par « signifie », « figure » ou « réfère » : « Ceci est mon corps » ne veut pas dire : « Ceci signifie mon corps » mais « Ceci est objectivement mon corps ». Pour des raisons logiques, l’usage figuratif du verbe « être » ne peut être retenu. En effet, pour que la phrase soit entendue au sens logique de : « Ceci réfère à mon corps » (identité métaphorique et non pas réelle), il faudrait que l’un des cas suivants soit vérifié :

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La cène dans le Coran
Jésus fait descendre de la nourriture du ciel (Illustration musulmane d’un Coran)
  • que le corps soit reconnu comme un symbole (par exemple, une photo est reconnu « spontanément » comme étant un symbole).
  • que la tournure stylistique sous-entende une figure rhétorique par métonymie ou par synecdoque (par exemple : « Le verre est du vin »),
  • que la dimension symbolique ait été établie au préalable par une convention explicite, et non implicite (« Je pose ceci comme référant à mon corps »). Par exemple, 1 Corinthiens 10, 4 doit être pris au sens figuratif puisque l’apôtre parle explicitement d’une pierre « spirituelle ».
  • qu’un objet soit entièrement prédiqué d’un autre objet. Par exemple, « le Christ est la vigne véritable ». Une telle prédication étant, selon le principe de non-contradiction, impossible, l’identité cède le pas à la seule similitude. Or le Christ n’a pas dit : « Ce pain est mon corps » (coexistence de deux objets dont l’esprit doit alors établir la similitude) mais : « Ceci est mon corps ». Le déictique « Ceci » réfère ici à un sujet indéfini par mode de désignation matérielle et sensorielle. La coexistence de deux objets n’est pas sous-entendu. Il n’y a donc pas contradiction métaphysique.

Même à interpréter du point de vue de la logique moderne le verbe « être » comme élément du prédicat « Être mon corps » et non pas comme copule, l’interprétation symbolique est impossible. La phrase s’entendrait alors comme « ÊtreMonCorpsLivréPourVous(Ceci) ». Autrement dit, le pain aurait la vertu d’agir comme le corps du Christ livré pour nous, ce qui ne peut être vrai que si le sujet ultime de cet objet consacré n’est plus humain mais divin, puisque les actions du corps du Christ étaient prédiquées de Dieu.

On ne peut non plus arguer de la pauvreté du langage araméen, qui n’ayant pas de mot pour dire « signifier », aurait utilisé le verbe « être ». Une analyse linguistique sérieuse de l’araméen infirme cet argument.

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La substance du sacrement
Un rite et une formule

Le terme de « corps » et de « sang »

Le corps ne peut être pris dans un sens figuré, comme par exemple « la parole de Dieu descendue du ciel et nourrissant l’esprit humain ». Certes, la Bible utilise à de nombreuses reprises le pain dans un tel sens, mais dans le récit de l’institution eucharistique, les appositions rendent cette interprétation impossible. Le Christ a en effet dit : « Ceci est mon corps livré pour vous », autrement dit « Ceci est mon corps, celui-là même qui a été livré pour vous ». De même pour le vin.

Ainsi, les passages que l’on trouve en Genèse 17, 10 ou en Exode 12, 11 ne peuvent servir de comparaison : le pacte et la pâque sans être des symboles naturels sont des abstractions tandis que le corps est une réalité concrète. De plus, même dans ces passages, la copule « être » ne signifie pas « réfère » mais « accomplit ».

Enfin, on ne peut pas dire que, à travers le corps et le sang, il s’agisse d’abord de l’Église. Il est vrai que le corps mystique du Christ est l’Église, mais l’association à la fois symbolique et réelle du corps et du sang rend ce sens figuratif second. De plus, jamais l’Église n’est donnée à être mangée dans le Nouveau Testament.

On ne peut dire aussi que le vin n’est que du vin à cause des paroles de Jésus en Matthieu 26, 29. Saint Luc, chronologiquement plus fidèle, place ces paroles avant la consécration.

Documents joints

  • La denière cène (Youtube)

    Extrait de Jésus de Nazareth de Zeffirelli
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