Les œuvres vertueuses sont-elles frappées de mort par le péché qui les a suivies ?

mercredi 1er juillet 2015, par theopedie

En bref : On lit dans Ézéchiel (18,24) : « Si le juste se détourne de sa justice, on ne se souviendra plus de la justice qu’il aura pratiquée. »

 Explication :

Une réalité vivante perd, par la mort, son activité vitale. C’est par comparaison avec ce phénomène qu’on dit que certaines choses sont « mortifiées » quand elles sont empêchées d’aboutir à leur propre effet ou activité. Or l’effet des œuvres vertueuses faites en état de charité est de nous conduire à la vie éternelle. Cet effet est empêché par le péché mortel qui, commis après les œuvres, nous enlève la grâce. C’est de cette façon que les œuvres vertueuses faites en état de charité sont dites « mortifiées » par le péché mortel qui les suit.

 Objections et réponses :

1. Ce qui n’existe plus ne peut pas être changé. Mais cette mortification des œuvres est un changement, passage de l’état de vie à l’état de mort. Or, puisque les œuvres vertueuses n’existent plus une fois faites, il semble bien qu’elles ne puissent pas être frappées de mort.

  • De même que les œuvres de péché passent quant à leur action et demeurent quant à leur culpabilité, ainsi les œuvres faites dans la charité, une fois leur acte passé, demeurent-elles quant à leur mérite dans l’acceptation de Dieu. Elles sont mortifiées en tant que l’homme est empêché d’en recevoir la récompense.

2. Par les œuvres vertueuses faites en état de charité, l’homme mérite la vie éternelle. Mais enlever à quelqu’un sa récompense est une injustice qui ne peut se trouver chez Dieu. Il n’est donc pas possible que les œuvres vertueuses faites en état de charité soient frappées de mort par un péché commis ensuite.

  • La récompense peut être enlevée sans injustice à celui qui la méritait, quand il s’en est rendu indigne par une faute postérieure ; car c’est quelquefois justice que l’homme perde, à cause d’une faute, ce qu’il a déjà reçu.

3. Ce qui est plus fort n’est pas détruit par ce qui est plus faible. Or les œuvres de charité sont plus fortes que n’importe quel péché, selon les Proverbes (10, 12) : « La charité couvre tous les péchés. » Il semble donc que les œuvres faites en état de charité ne puissent pas être frappées de mort par le péché commis ensuite.

  • Ce n’est pas à cause de la puissance des œuvres de péché que les œuvres faites précédemment dans la charité sont mortifiées, mais c’est à cause de la liberté de la volonté, qui peut s’abaisser du bien au mal.

P.-S.

(Article tiré de Thomas d’Aquin, III, 89, 4)

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