Les œuvres frappées de mort par le péché revivent-elles par la pénitence ?

mercredi 1er juillet 2015, par theopedie

En bref : Sur ce texte de Joël (2, 25) : « je vous rendrai les années que les sauterelles ont dévorées » la Glose interlinéaire nous dit : « je ne laisserai point périr l’abondance que le trouble de votre esprit vous a fait perdre ». Cette abondance est le mérite des bonnes œuvres qui a été perdu par le péché. La pénitence revivifie donc les œuvres méritoires antérieures au péché.

 Explication :

Certains ont dit que les œuvres méritoires mortifiées par un péché postérieur n’étaient pas revivifiées par la pénitence qui suivait ce péché. Ils pensaient que ces œuvres, n’existant plus, ne pouvaient pas être revivifiées.
Mais cela ne peut empêcher leur reviviscence. Ce n’est pas seulement en tant que ces œuvres existent actuellement, qu’elles ont la vie, c’est-à-dire la puissance de nous conduire à la vie éternelle, mais même après qu’elles ont cessé d’exister en acte, en tant qu’elle subsistent dans l’acceptation de Dieu. Ainsi elles y demeurent, autant qu’il dépend d’elles, même après qu’elles ont été mortifiées par le péché, parce que Dieu tiendra toujours ces œuvres pour agréables en tant qu’elles ont été faites, et les saints s’en réjouiront selon l’Apocalypse (3, 11) : « Retiens ce que tu as, de peur qu’un autre ne reçoive ta couronne. » Si elles n’ont plus l’efficacité de conduire à la vie éternelle celui qui les a faites, cela provient de l’obstacle posé par le péché qui est survenu et qui a rendu cet homme indigne de la vie éternelle. Or cet empêchement est enlevé par la pénitence en tant qu’elle remet les péchés. Il reste donc que les œuvres d’abord mortifiées recouvrent, par la pénitence, l’efficacité de conduire leur auteur à la vie éternelle ; c’est ainsi qu’elles revivent. Il est donc évident que les œuvres mortifiées revivent par la pénitence.

 Objections et réponses :

1. Les œuvres qui avaient été accomplies dans la charité sont mortifiées par le péché postérieur, et de même les péchés sont remis par la pénitence qui les suit. Or les péchés remis par la pénitence ne reviennent pas, on l’a dit. Il semble donc que les œuvres mortifiées, elles non plus, ne revivent point par la charité.

  • Les œuvres de péché sont détruites en elles-mêmes par la pénitence, en sorte que grâce à l’indulgence divine, il n’en vient plus jamais ni souillure ni culpabilité. Mais les œuvres faites dans la charité ne sont pas détruites par Dieu, et elles subsistent dans son acceptation. C’est l’activité de l’homme qui met un empêchement à leur efficacité. Dieu fait pour sa part ce que ces œuvres méritaient.

2. On dit que les œuvres sont mortifiées par comparaison avec les animaux qui meurent. Mais l’animal mort ne peut être rendu à la vie. Donc les œuvres mortifiées ne peuvent pas non plus revivre par la pénitence.

  • Les œuvres accomplies dans la charité ne sont pas mortifiées en elles-mêmes, nous l’avons dit, mais leur efficacité est seulement empêchée par l’obstacle qui survient du côté de l’homme.

3. Les œuvres accomplies dans la charité méritent un degré de gloire éternelle proportionné à leur degré de grâce et de charité. Or quelquefois l’homme se relève par la pénitence à un degré inférieur de grâce et de charité. La gloire qu’il obtient n’est donc plus proportionnée au mérite de ses premières œuvres, et il semble ainsi que les œuvres mortifiées par le péché ne soient pas revivifiées.

  • Celui qui se relève par la pénitence dans un degré de charité inférieur au précédent, recevra la récompense essentielle selon la mesure de charité où il se trouvera à sa mort. Mais il aura plus de joie des œuvres faites dans son premier état de charité, que de celles du second, ce qui relève de la récompense accidentelle.

P.-S.

(Article tiré de Thomas d’Aquin, III, 89, 5)

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