Les limbes ont-elles été « fermées » par le pape Benoît XVI ?

samedi 11 octobre 2014, par theopedie

En bref : La théorie des limbes n’a pas été interdite par le Vatican. Seule une vision trop pessimiste des limbes a été écartée, à savoir une vision des limbes comme antichambre de l’enfer.

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Le paradis ou la vision de Dieu
Gravure de Gustave Doré

Le document L’espérance du salut pour les enfants qui meurent sans baptême émanant d’une commission théologique internationale mandatée par le Vatican est souvent cité comme un document ayant condamné la doctrine des limbes. Le prologue de ce document met pourtant en garde contre cette interprétation abusive :

Il est clair que l’enseignement traditionnel sur ce point s’est concentré sur la théorie des limbes, compris comme un état où se trouvent les âmes des enfants qui meurent sujets au péché originel et sans baptême, et qui donc ni ne méritent la vision béatifique, ni non plus ne sont soumis à une punition, parce qu’ils ne sont coupables d’aucun péché personnel. Cette théorie, élaborée par les théologiens à partir du moyen âge, n’a jamais pris rang parmi les définitions dogmatiques du magistère, même si, jusqu’au second concile du Vatican, ce même magistère a parfois mentionné cette théorie dans son enseignement. Elle demeure donc une hypothèse théologique possible (nous accentuons).

En réalité, ce qui est interdit, c’est une compréhension des limbes qui serait sous-tendue par une vision rigoriste du salut et un certain pessimisme qui interdirait d’espérer dans la miséricorde de Dieu.

D’un point de vue théologique, le développement d’une théologie de l’espérance et d’une ecclésiologie de communion, en même temps que la reconnaissance de la grandeur de la divine miséricorde, remettent en cause une vision indûment restrictive du salut. En fait, la volonté salvifique universelle de Dieu et la médiation corrélativement universelle du Christ signifient que toutes les notions théologiques qui, en définitive, remettent en question la toute-puissance de Dieu, et en particulier sa miséricorde, sont inadéquates. (2)

Mais si l’on ne saurait voir dans les limbes l’antichambre de l’enfer, il n’est toutefois pas interdit de les admettre comme l’antichambre du ciel :

La doctrine théologique [qui voit dans les limbes le lieu] d’une béatitude naturelle (et l’absence de toute souffrance) peut être comprise comme une tentative pour rendre compte de la justice de Dieu et de sa miséricorde envers les enfants qui n’ont commis aucune faute actuelle, accordant ainsi plus de poids à la miséricorde de Dieu que la conception d’Augustin ne le faisait. Les théologiens qui soutiennent cette thèse de la béatitude naturelle pour les enfants morts sans baptême font preuve d’un sens très vif de la gratuité du salut, et du mystère de la volonté divine que la pensée humaine ne peut saisir entièrement (n°24).

Ce que ce document dit en final c’est que cette dernière théorie des limbes doit être comprise comme un minimum doctrinal : si l’on peut être sûr d’une béatitude naturelle pour les enfants, il n’est pas non plus interdit de prier pour qu’ils obtiennent la béatitude surnaturelle.

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