Le récit du déluge est-il copié sur l’épopée de Giglamesh ?

lundi 21 octobre 2013, par Paul Adrien d’Hardemare

Le récit du déluge est-il copié sur l’épopée de Giglamesh ? La réponse est oui. Toutefois, cela n’enlève rien à l’originalité de l’entreprise biblique.

 Une indéniable parenté

L’épopée de Gilgamesh
Documentaire
Babel Serail

L’épopée de Gilgamesh raconte - entre autres choses - comment Gilgamesh, à la recherche de l’immortalité, rencontre Outanapishtim, le survivant d’un lointain déluge. L’ensemble de l’épopée est disponible ici. Nous nous contentons ci-dessous à mettre en parallèle certains éléments des deux récits (le parallèle provient de ce site).

Paralléle
Éléments du récitGenèseÉpopée de Gilgamesh
Le motif Le Seigneur (YHWH) décide de détruire les humains au moyen du déluge, parce que tous se sont pervertis (Gn 6.13). Les dieux décident de détruire les humains au moyen du déluge — selon l’épopée d’Atrahasis, ils ne supportent plus le bruit que font les humains (c.-à-d. leurs doléances, leur révolte ?).
L’avertissement Le Seigneur avertit de sa décision Noé, le seul homme qui agisse selon sa volonté. Il lui ordonne de construire une arche (un coffre) pour sa survie ainsi que celle de sa famille et des animaux (plusieurs représentants de chaque espèce ; Gn 6.9,11-21). Ea, le dieu des eaux douces (un des créateurs de l’humanité), avertit Outanapishtim de la décision des dieux. Il lui ordonne de construire un bateau pour sa survie et celle de toutes les espèces vivantes. Il lui dit quoi répondre si on l’interroge sur ce qu’il est en train de faire.
La construction de l’arche et l’entrée dans l’arche Noé obéit au Seigneur. Il construit l’arche selon les mesures que Dieu lui a indiquées.Avec sa femme, ses fils, ses belles-filles et les animaux, il entre dans l’arche (Gn 6.22–7.9). Outanapishtim obéit à Ea ; il construit le bateau selon les mesures qu’on lui a indiquées. Avec sa famille et ses biens, les artisans qui l’ont aidé et les animaux, il monte dans le bateau.
Le déluge Le Seigneur ferme la porte de l’arche. Le déluge commence et dure quarante jours, après quoi Dieu fait cesser la pluie. Les eaux recouvrent la terre pendant près d’un an, et l’arche échoue sur les monts d’Ararat (Gn 7.10–8.5). Outanapishtim ferme la porte du bateau. Le déluge commence et dure sept jours. Il est si terrible que les dieux eux-mêmes prennent peur et vont se réfugier au plus haut des cieux. La grande déesse Ishtar, prise de pitié, regrette sa décision. Les eaux recouvrent la terre pendant un peu plus d’un mois. Le bateau échoue sur le mont Nitsir.
Les oiseaux Noé envoie un corbeau, puis une colombe, pour voir si les eaux ont baissé (8.6-14). Outanapishtim envoie une colombe, une hirondelle et un corbeau, pour voir si les eaux ont baissé.
La sortie de l’arche Noé, sa famille et les animaux sortent de l’arche sur l’ordre du Seigneur (Gn 8.15-19). Outanapishtim voit l’état de la terre. Il ouvre les portes du bateau et tous sortent, sauf lui. Il est découragé, parce qu’il a vu les cadavres dispersés sur toute la terre retourner à la poussière. Malgré tout, il finit par sortir.
Le sacrifice et ses effets Noé érige un autel et offre des sacrifices au Seigneur. Les sacrifices plaisent au Seigneur, qui promet de ne plus jamais maudire la terre
à cause des humains, et de ne plus jamais détruire tous les êtres vivants (Gn 8.20-22).
Outanapishtim offre un sacrifice d’action de grâces aux divinités, qui accourent et s’agglutinent comme des mouches autour du sacrifice. Ishtar invite tous les dieux à prendre part au sacrifice, sauf Enlil qui a provoqué une destruction dépassant tout ce que les autres dieux avaient imaginé. Enlil est en colère parce que des humains ont survécu. Après avoir parlé avec Ea, il se calme.
La bénédiction divine Le Seigneur bénit Noé et les siens. Il leur ordonne de remplir la terre et leur donne pou­­voir sur les animaux. Ils pourront utiliser tous les animaux et tous les végétaux pour se nourrir, mais il leur est interdit de manger la viande avec le sang. Dieu demandera des comptes pour la vie de tout être humain (Gn 9.1-7). Enlil bénit Outanapishtim et lui permet de devenir immortel et semblable aux dieux.
La promesse divine Le Seigneur conclut une alliance avec Noé
et ses descendants (c.-à-d. avec toute l’huma­nité) : il ne détruira plus jamais les humains et les animaux par un déluge (Gn 9.8-17).
Ishtar annonce qu’elle n’oubliera jamais ce qui s’est passé.
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L’épopée de Gilgamesh
Écriture cunéiforme

Les nombreux éléments de correspondance établissent de manière indiscutable un lien entre les deux textes. Étant donné l’ancienneté de l’épopée de Gilgamesh, la préséance est donnée à celle-ci.

 Quelques remarques

  • Le fait que le texte de la Bible provienne d’une autre tradition n’a de soi rien de surprenant. La tradition mésopotamienne était très renommée et les auteurs bibliques eurent l’intelligence de s’inspirer de ses chefs d’œuvre pour écrire le sien.
  • Notamment, pour les auteurs bibliques, il était probablement évident qu’un déluge ait eu lieu. Quoi de plus normal dès lors de s’inspirer des récits déjà existant de ce déluge ?
  • Le récit biblique contient ses propres originalités : il est beaucoup plus sobre et plus crédible que l’épopée de Gilgamesh. Il n’est pas question de scorpionides, d’hommes immortels, etc.
  • La théologie biblique est plus fine dans le récit biblique. Elle réinterprète l’événement pour lui donner une signification morale, ce que n’admet pas l’épopée de Gilgamesh. En effet, il n’existe aucune raison ni au déclenchement du déluge, ni à sa fin dans l’épopée de Gilgamesh, sinon des raisons qui laissent profondément perplexes.
L’épopée de Gilgamesh
Pièce de théatre
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