Le presbytérat est-il d’origine biblique ?

dimanche 17 mai 2015, par theopedie

En bref : Le Nouveau Testament ne parle pas de prêtre au sens de “sacrificateur” (sacerdotes), mais il parle de prêtre au sens d’ “ancien” (presbyteros). Le terme de prêtre vient d’ailleurs de ce dernier terme grec.

 Dans l’Évangile

Le terme de prêtre vient du terme grec presbyteros qui signifie “ancien”. Or, Dieu avait communiqué à soixante-douze anciens (2+70) l’esprit de Moïse pour leur faire partager le gouvernement du peuple d’Israël (Exode 24, 1 ; Nombres 3, 1 ; Nombres 11, 24 ). Cette ancienne institution des soixante-douze semble avoir être reprise par Jésus quand il envoya soixante-douze disciples en mission (Luc 10, 1). La tradition y a vu en tout cas une continuité suffisante pour affirmer que ces prêtres juifs de second rang, sacerdotes secundi ordinis (2 Rois 23, 4), étaient le type des prêtres chrétiens de second rang.

C’est ainsi que tu as communiqué à soixante-dix hommes pleins de sagesse l’esprit que tu avais donné à Moïse et tu as fait participer les fils d’Aaron à la consécration que leur père avait reçue. De même, lorsque ton Fils Jésus, l’Apôtre et le Grand Prêtre que notre foi confesse, envoya en mission ses Apôtres, tu leur a donné des compagnons dans l’enseignement de la foi pour que l’Évangile soit annoncé dans le monde entier (Prière d’ordination).

 Anciens et presbytres

Dans les écrits du Nouveau Testament, le mot presbyteros sert rarement à désigner l’âge ou la vieillesse, ce que suggère pourtant son étymologie. Mais il sert le plus souvent à désigner, comme le terme de prêtre qui en dérive, des chefs ecclésiastiques, des hommes revêtus de la dignité sacerdotale (1 Timothée 5, 1) : nomen dignitatis, non aetatis (Pierre Lombard). La Bible considère en effet que le grand-âge doit briller principalement par l’expérience accumulée, la sagesse et la prudence acquises au cours des longues années (Sagesse 4, 8-9 ; Job 29, 8). En désignant les chefs ecclésiastiques par ce terme, le Nouveau Testament indique que ces derniers doivent se distinguer par leur calme et leur maturité, par une vie grave et digne.

 Quelle charge ?

S’il ressort de manière claire du texte biblique que le terme presbyteros désigne une dignité ecclésiatique, les contours de cette dignité apparaissent en revanche relativement flous. La distinction entre presbytres (prêtres) et épiscopes (évêques) n’est pas clairement marquée dans le Nouveau Testament. Voire même, commentant Tite 1, 5-7, Acte des Apôtres 20, 17-28 et 1 Timothée 5, 17, Lecuyer remarque que le terme presbyteros ne s’applique peut être pas uniquement à des ministres ordonnés :

Il semble que les deux mots de presbytres et d’épiscopes aient été synonymes et s’appliquent aux mêmes personnages ; mais il n’en découle aucunement que tous ceux qui sont ainsi désignés aient été, soit évêques au sens actuel du mot, soit simples prêtres. Ces mots peuvent simplement désigner d’une manière générique toutes les autorités en charge dans une église, sans spécifier leurs fonctions propres.

Ceci est en revanche attesté : parmi ces presbytres, certains ont été consacrés par un rite liturgique d’imposition des mains, c’est-à-dire par une ordination, à un ministère officiel (Cf. article consacré). Ce n’est qu’après les temps apostoliques que l’usage du terme de presbytre se restreignit pour n’en venir plus qu’à désigner les prêtres de second rang. Toutefois, l’antiquité d’un tel usage, que l’on retrouve déjà chez saint Ignace, deuxième successeur de Pierre à la tête de l’Église d’Antioche, laisse entendre que cette distinction canonique doit être comprise comme l’explicitation d’une tradition apostolique déjà existante. Autrement dit, la distinction entre différents ordres sacerdotaux devait déjà exister en germe du temps des apôtres.

 Les sacerdotes

Après les temps apostoliques, les prêtres reçurent encore le nom de sacerdotes et de iereus (sacrificateur). Au début, en effet, on ne voulut point leur appliquer ces noms, ceci afin d’écarter toute ambigüité : le sacerdoce chrétien ne prétend pas continuer pas l’ancien sacerdoce juif dont les sacrifices n’ont plus aucune valeur ; mais il prétend représenter le sacerdoce éternel de Jésus Christ, lui que les anciens grands-prêtres juifs avaient sacrifié.

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