Le premier homme était-il un homme du Neandertal ?

lundi 13 janvier 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

L’homme du Neandertal (« Neandertal » signifie « La vallée de l’homme nouveau », du nom de l’endroit où le premier squelette de cet hominidé a été découvert) est apparu vers - 200 000 ans et a disparu vers -32 000 ans.

Le Neandertal en nous
Documentaire Arte
pluzzfrance, ov4TldGaPhA

 Un statut ambigu

L’homme du Neandertal a connu depuis sa découverte une fortune diverse en paléoanthropologie : on a d’abord considéré qu’il faisait partie de la famille des homo sapiens et on distinguait alors homo sapiens neanderthalensis et homo sapiens sapiens, puis la majorité des spécialistes l’a « rétrogradé » de la famille des homo sapiens et il est désormais connu sous le simple nom d’homo neanderthalensis. Cette évolution taxinomique est relativement significative : après un engouement pour le genre néandertalien, la paléoanthropologie semble être revenu à un avis plus nuancé sur cet hominidé, même si le débat est loin d’être clos et la complexité des arguments difficile à décrypter (notamment concernant la question du séquençage génétique).

En réalité, toutes les caractéristiques de l’homo sapiens se retrouvent vers l’homme de Neandertal, mais de façon confuses et comme « inchoatives » :

  • Les Néandertaliens utilisaient quotidiennement le feu, mais il n’est pas évident de savoir s’il savait allumer le feu (Cf. les travaux de Sandgathe).
  • On trouve des sépultures néandertaliennes fréquentes, mais il n’est pas évident de savoir si elles étaient associées à un rituel funéraire. Les abondantes traces de pollen peuvent être dues à une accumulation naturelle (Cf. les travaux de Pettitt).
    L’homme de Néanderthal
    Pour une autre vision du Neandertalien
    Andrea Cirla, b2l0znHJUKA
  • Les néandertaliens utilisaient probablement des pigments, mais les traces d’activités proprement artistiques sont ambiguës : les flûtes que l’on a retrouvées ont peut-être été perforées par des ours, les zigzags retrouvés sur des outils sont peut-être des œuvres d’art naturel, les séries de traits parallèles sont difficiles à interpréter (Cf. les travaux de Marie Soressi et Francesco D’Errico).
  • Les outils des Néandertaliens sont complexes, mais ont été retrouvés sur des sites mélangeant plusieurs couches préhistoriques, notamment le site châtelperronien.

Pour ajouter à la confusion, l’homo neanderthalensis et l’homo sapiens ont cohabité un certain temps avec que l’homo neanderthalensis ne disparaissent. Quelles furent la part des emprunts technologiques entre ces deux races ? Commentant les récentes réexaminations du site châtelperronien, Paul Mellars propose de relativiser les compétences cognitives des Néandertaliens :

Ao, le dernier Néandertal
Film anglais
Adrian V.

However, the central and inescapable implication of the new dating results from the Grotte du Renne is that the single most impressive and hitherto widely cited pillar of evidence for the presence of complex “symbolic” behavior among the late Neanderthal populations in Europe has now effectively collapsed. Whether any further evidence of advanced, explicitly symbolic behavior of this kind can be reliably claimed from any other Neanderthal sites in Europe is still a matter of debate. One crucial question that must inevitably be posed in this context is why, if the use of explicitly symbolic behavior was an integral part of the cultural and behavioral repertoire of the European Neanderthals, there is so little actual (or even claimed) evidence for this across the 250,000-y time span of the Neanderthal occupation in Europe, extending across a wide range of sharply contrasting environments, and over a geographical span of more than 2,000 miles. This in turn raises questions as to not only the actual cultural repertoire of the European Neanderthals, but also (inevitably) their innate cultural and cognitive capacities for advanced symbolic thinking, including, perhaps, the capacities for fully developed language.

Le débat paléontologique est complexe et loin d’être clos. La seule évidence qui ressort de tous ces travaux est le statut cognitif ambigu de l’homme de Neandertal.

 Un homme ou un préhumain ?

Le critère pour qualifier un hominidé d’humain était, avions-dit, le critère de la conscience. Les Néandertaliens avaient-ils une conscience morale ? Les vestiges archéologiques que nous avons de ces hominidés sont trop ambigus pour répondre affirmativement à cette question. Est-ce à dire qu’ils n’avaient pas de conscience morale ? À ne considérer que les fouilles liées aux Néandertaliens, il est impossible de répondre à cette question. Le risque de « faux positif » est grand...

Le feu à l’époque préhistorique
L’homme du Neandertal en aurait-il été capable ?
jflacou

Il est toutefois possible de faire intervenir un argument qui, s’il n’a pas force de nécessité, a force de convenance. C’est le critère de la discontinuité. La conscience morale entraînant une rupture psychologique forte entre animaux et humains, cette rupture doit se traduire dans un comportement en rupture par rapport aux espèces précédente. Or, tandis que le Néandertalien se situe dans une relative continuité par rapport à ses prédécesseurs (différence quantitative plus que qualitative) et semble à son tour se contenter d’une certaine stagnation technologique (absence de véritable rupture)

Neanderthal tools from 100,000 and 40,000 years ago look essentially the same. In
short, Neanderthal tools had no variation in time or space to suggest that most human of characteristics, innovation. (The Great Leap Forward, Jared Diamond)

l’homo sapiens se caractérise par une discontinuité évidente en termes d’innovations et d’activité symbolique. À cause de cette absence de « décrochage », nous proposons de qualifier le Néandertalien comme préhumain et non comme humain. Le premier homme n’était pas un homme du Neandertal.

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