Le péché véniel peut-il être remis sans infusion de grâce ?

mercredi 1er juillet 2015, par theopedie

En bref : Le péché véniel qui survient ne chasse pas la grâce et même ne la diminue pas, on l’a vu dans la deuxième Partie. Il s’ensuit que, pour la même raison, la rémission du péché véniel n’exige pas l’infusion d’une grâce nouvelle.

 Explication :

C’est par son contraire qu’une réalité, quelle qu’elle soit, est supprimée. Or le péché véniel n’est pas contraire à la grâce habituelle ou à la vertu de charité ; il ne fait que ralentir l’activité de cette charité, en tant que l’homme s’attache trop au bien créé, mais sans se mettre en opposition avec Dieu, on l’a vu dans la deuxième Partie. En conséquence, pour que le péché véniel soit enlevé, il n’est pas nécessaire qu’il y ait infusion d’une grâce habituelle, mais un mouvement actuel de grâce ou de charité suffit à sa rémission.

Cependant, comme chez ceux qui ont l’usage du libre arbitre, les seuls capables de péchés véniels, il n’y a pas infusion de grâce sans un mouvement actuel de libre élan vers Dieu et de libre détestation du péché, il s’ensuit qu’il y a une rémission de péchés véniels à chaque nouvelle infusion de grâce.

 Objections et réponses :

1. L’effet n’est jamais produit sans sa cause propre. Or la cause propre de la rémission des péchés, c’est la grâce. Ce n’est point par nos propres mérites que nos péchés nous sont remis, d’où ces paroles (Ep 2, 4) : « Dieu qui est riche en miséricorde à cause de l’excès de charité dont il nous aime, quand nous étions dans la mort de nos péchés nous a revivifiés dans le Christ, dont la grâce vous a sauvés. » Les péchés véniels ne sont donc pas remis sans infusion de grâce.

  • La rémission des péchés véniels est toujours un effet de la grâce, mais par l’acte que la grâce produit de nouveau et non point par une nouvelle infusion dans l’âme d’une disposition habituelle.

2. Les péchés véniels ne sont pas remis sans la pénitence. Mais dans la pénitence, il y a infusion de grâce comme dans les autres sacrements de la loi nouvelle. Les péchés véniels ne sont donc pas remis sans infusion de grâce.

  • Le péché véniel n’est jamais remis sans un acte implicite ou explicite de la pénitence vertu, comme on l’a dit dans l’article précédent. Mais le péché véniel peut être remis sans la pénitence sacrement, dont l’absolution du prêtre achève l’efficacité, on l’a dit plus haut, Il ne s’ensuit donc pas que la rémission du péché exige une infusion de grâce. Cette infusion de grâce se retrouve à la vérité dans tout sacrement, mais non pas dans tout acte de vertu.

3. Le péché véniel apporte dans l’âme une souillure. Mais la souillure n’est enlevée que par la grâce, qui est la beauté de l’âme spirituelle. Il semble donc bien que les péchés véniels ne soient pas remis sans infusion de grâce.

  • Le corps peut recevoir une tache de deux façons, ou bien par la privation de ce qu’exige sa beauté : de la couleur qui lui convient, de la proportion que doivent avoir ses différentes parties, - ou bien par l’adhérence d’un corps étranger, par exemple, de la poussière et de la boue qui empêchent le rayonnement de sa beauté. Il en va de même de l’âme. Elle peut être souillée de la première façon par la privation de la beauté de la grâce qu’enlève le péché mortel, ou de la seconde façon par une inclination d’affection désordonnée pour quelque bien temporel. C’est ce que fait le péché véniel. Il s’ensuit que pour enlever la souillure du péché mortel, il faut l’infusion de la grâce. Mais pour enlever la tache du péché véniel, il suffit d’un acte procédant de la grâce, qui supprime l’attache désordonnée au bien temporel.

P.-S.

(Article tiré de Saint Thomas III,88,2)

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