Le péché originel empêche-t-il de connaître Dieu ?

vendredi 30 août 2013, par theopedie

La doctrine du péché originel enseigne que, consécutivement à la chute d’Adam, la condition humaine a été abîmée. Le catéchisme de l’Église catholique résume ainsi les conséquences de ce péché :

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Le péché originel
Enluminure de Bible.

Le péché originel, avec lequel naissent tous les hommes, est l’état de privation de sainteté et de justice originelles [...] Par la suite du péché originel, la nature humaine, sans être entièrement corrompue, est blessée dans ses forces naturelles, soumise à l’ignorance, à la souffrance, au pouvoir de la mort ; elle est inclinée au péché. Cette inclination s’appelle concupiscence. (CEC 77)

Mais quelles en sont exactement les conséquences ? Ou, pour reprendre la question qui nous intéresse, sommes-nous abîmés au point de ne plus pouvoir connaître naturellement l’existence de Dieu ?

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Saint Augustin
Augustin est le grand théoricien du péché originel. Il a aussi élaboré une démonstration de l’existence de Dieu...

Ce qui est important ici c’est de voir que le péché a principalement son origine dans la volonté : « c’est par la volonté que l’on pêche et que l’on agit vertueusement » (saint Augustin, retrac. 1,9). Quelqu’un qui agirait mal en effet par ignorance ou par contrainte serait pour une part excusable, et le péché ne lui serait pas imputé. Le péché est une offense en tant qu’il est choix délibéré de ce qui est mauvais. C’est donc un vice d’abord de la volonté.

Ainsi, le péché d’Adam et d’Ève a beau être un péché qui porte sur la connaissance morale du bien et du mal, c’est d’abord dans leur volonté que réside leur péché : c’est parce qu’ils voulaient abuser de ce fruit qu’ils chutèrent. En conséquence, les dégâts liés à ce péché sont présents d’abord dans la volonté (perte de liberté intérieure, de la grâce et de cette justice qui est la rectitude de la volonté) et ensuite seulement dans l’esprit (torpeur intellectuelle). Ce n’est donc pas la connaissance naturelle qui a subit les principales conséquences du péché originel, mais la volonté naturelle de faire le bien. Certes, la connaissance naturelle souffre depuis la chute d’une relative cécité mais elle n’a pas été détruite :

Saint Augustin écrit : « Je n’approuve pas ce que j’ai dit dans cette prière : ô Dieu, qui as voulu qu’il n’y ait que les purs à connaître la vérité... » On peut objecter en effet que beaucoup ne sont pas purs qui connaissent nombre de choses vraies (saint Thomas Ia IIae 109,1).

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Cécité intellectuelle
Le péché originel brouille la vue de notre esprit, dans l’exacte mesure où notre volonté projette dorénavant ses désirs dans la réalité (fantasme). Mais pas au point de ne plus rien discerner.

Avec la justice et la privation de la grâce, les connaissances révélées ont donc disparu et « Nul ne peut de faire dire : Jésus est seigneur, que sous l’action de l’Esprit Saint ». Mais l’existence de Dieu ne fait pas partie du domaine de la foi. Cette connaissance constitue le « seuil » de la foi (« preambulia fidei »). Le péché originel n’empêche donc pas de démontrer l’existence de Dieu mais de faire le pas décisif pour franchir le seuil .

Pour la connaissance de n’importe quelle vérité, l’homme besoin du secours divin, en ce sens que son intelligence doit être mue à son acte par Dieu. Mais il n’a pas besoin dans tous les cas, pour connaître la vérité, d’une nouvelle illumination surajoutée à l’illumination naturelle [laquelle n’a pas été abolie]. C’est seulement dans les cas qui dépassent la connaissance naturelle que ce besoin existe (saint Thomas Ia IIae 109,1).

Rappel

Le « péché originel » est une expression que l’on pourrait traduire par « défaut originel ». Ce n’est donc pas un péché présent en acte dans l’âme de chacun, mais c’est un terme qui sert à désigner l’influence que le péché des autres à sur nous-mêmes. Parce que nos proches ont péché, ils ont abîmés leur condition d’homme et ces dégâts se sont propagés à leur entourage soit par le biais de relations sociales dorénavant déséquilibrées, soit par le biais d’une éducation imparfaite (relation éducateur/élèves) soit par le biais d’héritage biologique défectueux légué à leur enfants (une plus grande difficulté à maîtriser ses pulsions). Le péché originel veut donc simplement dire qu’un homme ne naît pas dans le meilleur des mondes, mais dans un monde marqué par le péché. À la naissance, nous sommes déjà pour une part abîmés.

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