Le péché d’Eve fut-il plus grave que le péché d’Adam ?

mercredi 4 décembre 2013, par Paul Adrien d’Hardemare

Selon le récit de la Genèse, c’est Ève qui, sous l’influence du serpent (le démon) fut la première à manger du fruit défendu, et c’est encore elle qui entraîna Adam dans sa chute :

La femme vit que les fruits de l’arbre étaient agréables à regarder, qu’ils devaient être bons et qu’ils donnaient envie d’en manger pour acquérir un savoir plus étendu. Elle en prit un et en mangea. Puis elle en donna à son mari, qui était avec elle, et il en mangea, lui aussi. Gn 3, 6

Cette accusation est reprise dans l’Ancien Testament (Ecclésiaste 25,19-24), comme dans le Nouveau Testament par saint Paul [1] :

En effet, Adam a été créé le premier, et Ève ensuite. Et ce n’est pas Adam qui s’est laissé tromper, mais c’est la femme qui, cédant à la tromperie, a désobéi à l’ordre de Dieu. 1 Tm 2, 13-14
GIF - 46.6 ko
Les Simpsons dans le Jardin d’Éden
Pour une autre vision des rapports hommes/femmes...
Épisode 221

Il s’agit non pas d’accuser mais de savoir qui est à l’initiative du péché. Nul doute que c’est bien Ève qui soit à l’origine du péché. Mais est-elle pour autant davantage responsable qu’Adam ?

Dans la Bible, en même temps qu’une même dignité est accordée à l’homme et à la femme, des rôles différents leur sont donnés - la femme doit servir l’homme en le soutenant et l’homme doit servir la femme en assumant la responsabilité conjugale. À cause de cela, dans la tradition chrétienne, on soutient généralement que c’est Adam et non Ève qui est ultimement le principal responsable du péché. De nombreux autres passages de saint Paul parlent du péché d’Adam et non de celui d’Ève (notamment dans la lettre aux Romains). Ce que saint Thomas d’Aquin résume ainsi :

Le péché d’Ève a été plus grave que celui d’Adam, quoique Adam ait péché plus gravement d’après la condition de la personne (IIaIIae, 163,4)

Une lecture sexiste à éviter

A cause de ce passage, une sorte de « malédiction » à relent de misogynie a longtemps plané sur les femmes. A l’époque de Jésus, les hommes juifs en se levant remerciaient Dieu chaque matin de n’être pas une femme... ! Et force est de constater que cette malédiction a parfois été reprise, jusque chez certains pères de l’Église. Toutefois, il nous semble qu’il s’agit d’une interprétation abusive de l’histoire d’Adam et Ève, et les points suivants permettront de dissiper tout malentendu :

O Gloriosa Domina
Chant grégorien
Mingis Shim
  • Chez les chrétiens, la distinction homme/femme est appelée à devenir secondaire : tous, hommes et femmes, ont part, dans le Christ, à une même dignité. C’est en tout cas ce que le même saint Paul affirment très clairement (Galates 3,28).
  • Toutes les fois que saint Paul rappelle une certaine soumission de la femme par rapport à l’homme - notamment 1 Tm 2, 13-14 -, c’est à l’occasion d’occasions très précises et cette soumission ne doit pas être comprise comme une infériorité.
  • Alors même qu’aucune malédiction ne pesait sur les femmes, beaucoup de personnes croyaient à l’époque de Jésus que tel était le cas. Pédagogiquement, il convenait de montrer à nouveau la dignité de la femme. Telle est précisément la figure de Marie. Si c’est par une femme que le péché est entré dans le monde, c’est par une femme aussi que la grâce a pu naître dans le monde.
O gloriosa Domina
O gloriosa Domina
excelsa supra sydera
qui te creavit provide
lactasti sacro ubere.
O glorieuse Dame,
plus élevée que les astres,
celui qui t’a créée et prédestinée,
tu l’as nourri de ton sein sacré.
Quod Eva tristis abstulit,
tu reddis almo germine,
Intrent ut astra flebiles,
sternis benigna semitam.
Ce que la funeste Ève nous a ravi,
tu nous le rends par ton fruit bienfaisant ;
pour introduire au ciel ceux qui pleurent,
dans ta bonté tu aplanis le sentier.
Tu Regis Alti ianua
et aula lucis fulgida,
Vitam datam per Virginem,
gentes redemptae plaudite.
Tu es la porte du roi très haut,
le seuil étincelant de la lumière ;
peuples rachetés,
acclamez la vie donnée par la Vierge.
Patri sit et Paraclito
tuoque Nato gloria,
qui veste te mirabili
circumdederunt gratiae.
Gloire au Père, au Consolateur,
et à ton Fils,
qui t’ont enveloppée du vêtement
admirable de la grâce.

Notes

[1On cite parfois encore 2 Co 11, 3. Nuançons toutefois ce dernier passage. Rien n’indique pas que saint Paul y soit en train de comparer la responsabilité d’Adam et celle d’Ève.

Répondre à cet article