Le péché d’Adam fut-il le plus grave de tous les péchés commis ?

mardi 10 décembre 2013, par Paul Adrien d’Hardemare

Avant de laisser la parole à saint Thomas d’Aquin, rappelons que le péché d’Adam ne consista point à manger une pomme, mais à abuser de sa connaissance morale : lui qui avait découvert le bien et le mal voulut aussi, par orgueil et sous l’inspiration du démon, s’arroger le privilège divin d’être l’arbitre du bien et du mal.

Voici ce que dit maintenant saint Thomas d’Aquin en réponse à la question : Le péché d’Adam fut-il le plus grave de tous les péchés commis ? Nous reproduisons sa réponse, laquelle nous semble être la plus juste et la plus claire.

 Thèse principale

Origène dit (Periarck. lib. 1, cap. 3) :

Je ne pense pas que celui qui est placé au degré le plus élevé de perfection, tombe tout à coup au plus profond de l’abîme ; mais ii faut qu’il décline peu à peu, et qu’il y arrive ainsi successivement.

Or, nos premiers parents occupaient le degré de perfection le plus élevé. Leur première faute n’a donc pas été le plus grand de tous les crimes.

Aussi, disons-nous que le péché de nos premiers parents fut le plus grave de tous les péchés, non pas de manière absolue, mais d’un certain point de vue seulement, à savoir du point de vue des conséquences : parce que c’est lui surtout qui leur a ravi leur innocence et leur pureté

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Les 7 péchés capitaux

Nous l’expliquons ainsi dans un péché on peut considérer deux sortes de gravité :

  1. L’une vient de l’espèce du péché que l’on considère, c’est ainsi que nous disons que l’adultère est un péché plus grave que la seule concupiscence ;
  2. L’autre est celle qui se considère d’après les circonstances de lieu, de personne ou de temps.

Considérons donc le péché d’Adam de ces deux manières :

  1. La première gravité se rapporte essentiellement au péché et elle est la plus importante. C’est donc d’après celle-ci plutôt que d’après l’autre, qu’on dit qu’un péché est plus grave. Par conséquent on doit dire que le péché d’Adam ne fut pas plus grave que les autres si on se place du point de vue de l’espèce de péché commis. Car quoique l’orgueil l’emporte, selon son genre, sur tous les autres péchés ; il y a cependant plusieurs espèces d’orgueil : l’orgueil qui fait que l’on nie Dieu ou qu’on le blasphème est plus grave que celui fait que l’on recherche de manière indue à ressembler à Dieu, tel que fit l’orgueil de nos premiers parents, comme nous l’avons dit.
  2. Mais si on considère la condition des personnes qui l’ont commis, ce péché a eu le plus grave de tous les péchés à cause de la perfection de leur état : Adam et Eve avant le premier péché avait un instinct moral spontané et naturel et leur péché en fut d’autant plus grave.

C’est pourquoi on doit dire que ce péché fut à la vérité le plus grave, non pas de manière absolue, mais selon un certain point de vue seulement.

 Objections et réponses :

1. Il semble que le péché de nos premiers parents ait été plus grave que les autres. Car saint Augustin dit (De civ. lib. xiv, cap. i 5) : Nous sommes bien coupables en péchant, lorsqu’il nous est très-facile de ne pas pécher. Or, nos premiers parents ont eu la plus grande facilité de ne pas pécher, parce qu’il n’y avait rien en eux qui les portât au mal. Leur péché a donc été plus grave que les autres.

Mais on peut répondre à ce premier argument, que ce raisonnement s’appuie sur la gravité du péché considérée d’après la circonstance de la personne qui le commet.

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Adam et Ève chassés du paradis
La perte de l’innoncence
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2. La peine est proportionnée à la faute. Or, le péché de nos premiers parents a été le plus grièvement puni, parce que c’est par lui que la mort est entrée en ce monde, comme le dit l’Apôtre (Rm 5,12). Ce péché a donc été plus grave que tous les autres.

Mais on peut répondre à ce second argument, que la grandeur de la peine qui a été la suite du premier péché, ne lui correspond pas en raison de la gravité de son espèce, mais en tant qu’il fut la première faute, parce qu’à ce titre il détruisit l’innocence de l’état primitif, et cette innocence détruite, la nature humaine tout entière fut troublée.

3. Ce qu’il y a de premier dans un genre paraît être ce qu’il y a de plus grand, comme le dit Aristote (Met. lib. n, text. 4). Or, le péché de nos premiers parents fut le premier de tous les autres péchés des hommes. Il fut donc le plus grand.

Mais on peut répondre à ce troisième argument, que dans les choses qui sont ordonnées par elles-mêmes, il faut que ce qui est le premier soit le plus grand. Mais cet ordre n’existe pas dans les péchés ; l’un vient par accident à la suite d’un autre. Par conséquent il ne s’ensuit pas que le premier péché soit le plus grand.

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