Le moraliste doit-il évaluer les circonstances des activités humaines ?

mercredi 9 septembre 2015, par theopedie

En bref : Pour st. Jean Damascène et st. Grégoire de Nysse, si l’on a pas été conscient des circonstances, cela entraîne une non-liberté. Mais la non-liberté excuse la faute, dont l’étude appartient au moraliste. Donc le discernement des circonstances relève de son expertise.

Les circonstances doivent être discernées par le moraliste pour trois raisons.

1° Il considère les activités humaines en tant qu’elles orientent l’homme vers son bonheur. Mais tout ce qui est orienté à un idéal doit lui être proportionné. Or les activités humaines sont proportionnées à leur idéal, notamment en fonction de justes circonstances. L’étude des circonstances regarde donc bien le moraliste.

2° Le moraliste considère les activités humaines en tant qu’on y trouve du bien et du mal, du meilleur et du pire ; or nous verrons que ces degrés moraux dépendent des circonstances.

3° Le moraliste considère les activités humaines selon le mérite qui leur convient, et le mérite suppose une liberté. Mais, comme on l’a dit, une activité humaine est jugée libre ou non libre du fait de la connaissance ou de l’ignorance des circonstances. Pour toutes ces raisons, le discernement des circonstances incombe au moraliste.

Objections et solutions :

1. Le moraliste étudie les activités humaines en fonction de leur qualification morale, c’est-à-dire en tant qu’elles sont bonnes ou mauvaises. Or les circonstances ne semblent pas qualifier les activités humaines, car rien ne peut être structurellement qualifié par ce qui lui est extrinsèque, mais seulement par ce qui lui est intrinsèque. Les circonstances des activités, en conséquence, n’ont pas à être étudiées par le moraliste.

• Une perfection orientée à la réalisation d’un idéal est dite utile, et l’utilité implique une certaine relation ; c’est pourquoi Aristote affirme que « dans le genre relation, la perfection est l’utile ». Mais les relations sont décrites à la fois en fonction de ce qu’elles sont intrinsèquement et de leurs termes extrinsèques. C’est pourquoi, si les activités sont parfaites en tant qu’elles sont utiles à un idéal, rien n’empêche de les décrire comme bonnes ou mauvaises selon les rapports qu’elles entretiennent à ce qui rapportent à elles de manière extrinsèque. .

2. Les circonstances sont les états des activités. Mais les états, dans un sujet, peuvent être en nombre infini. C’est pourquoi, remarque Aristote « aucun art ou science ne prend comme domaine d’étude les états en tant que tel, à l’exception de la sophistique ». Le moraliste n’a donc pas à tenir compte des circonstances des activités.

• Les états entièrement accidentels sont, en raison de leur incertitude et de leur infinité, laissés de côté par les sciences. Mais les circonstances ne sont pas des états de ce genre, car, si elles sont extrinsèques à l’activité en tant que telle, elles en approchent cependant, étant ordonnées à elle. Et les états propres sont du domaine de l’art.

3. L’examen des circonstances revient à celui qui plaide. Or la plaidoirie ne fait pas partie de la morale. Le moraliste n’a donc pas à s’occuper des circonstances.

• L’examen des circonstances revient aussi bien au moraliste qu’au politicien et à celui qui plaide. Au moraliste, pour autant qu’en raison des circonstances on atteint ou non le juste équilibre de la valeur dans les activités humaines et les émotions. Au politique et à celui qui plaide selon que par les circonstances les activités deviennent louables ou blâmables, excusables ou condamnables, mais de façon diverse, car là où à celui qui plaide persuade, le politique décide. Enfin au théologien, lequel juge de toutes choses, l’examen des circonstances revient de toutes ces façons. Car il rejoint le moraliste pour considérer les activités comme vertueuses ou vicieuses ; et il considère les activités selon qu’ils méritent châtiment ou récompense, en accord avec celui qui plaide et le politique.

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