Le monde a-t-il été créé par hasard ?

vendredi 27 septembre 2013, par theopedie

En bref : Dans certaines cosmologies, l’univers est le résultat d’un hasard créateur expliquant les différentes ruptures de symétrie qui parcourent l’histoire du monde. Il y a toutefois un problème avec cette conception de l’origine du monde : c’est une chose de dire que certaines choses apparaissent de manière imprévisible, c’est-à-dire de manière aléatoire ; mais c’est une autre chose de dire que le hasard existe. Le hasard, par définition, ne possède aucune logique interne, aucune unité et aucune cohérence. Il ne peut donc pas exister.

Plus précisément, il convient de distinguer trois notions de hasard :

  • Coïncidence : deux choses arrivent par hasard si elles sont le fruit de deux chaînes causales indépendantes.
  • Aléatoire : une chose arrive à cause de quelque chose, mais sa cause est (au moins partiellement) indéterminée. Cette indétermination ne signifie pas qu’il n’y a pas de cause, mais que sa cause n’est pas observable ou est d’un ordre supérieur, donc non calculable et non prévisible sinon statistiquement. Le fait qu’il y a ait une cause, quoique aléatoire, se retrouve d’ailleurs dans le fait qu’il y ait certaines régularités statistiques. Ainsi en physique quantique ou en sociologie.
  • Hasard : une chose qui aurait pu ne pas arriver arrive pourtant, mais sans cause et sans fondement.

Certaines métaphysique postulent ainsi que c’est ce dernier type de hasard, le hasard à l’état pur, qui explique l’univers, le Big Bang...

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Tyché
Déesse de la fortune et de la chance

Et si le hasard était la matrice élémentaire oeuvrant à la mise en relation des matériaux, des corps, des particules dont la création ne serait que le double humanisé dans l’ordre du langage ? Et si le hasard était ontologiquement premier et par conséquent constitutif de ce qu’on appelle l’être, ne le serait-il pas aussi pour toute création ? Suivant ces questions, la conjonction « et » qui relie le hasard à la création ne marquerait plus une séparation entre deux domaines distincts et vraisemblablement immiscibles mais un seul et même domaine ou pour le dire autrement, une seule et même chose. (Philo aléthia)

Mais comment le hasard, c’est-à-dire quelque chose qui n’a aucune structure interne et ne répond à aucune logique ni interne ni externe, pourrait-il exister de manière éternelle ? et même exister simplement ? Exister, c’est exister en acte, mais comment ce qui n’a par définition aucune identité, aucune propriété pourrait exister ? Qu’est-ce que serait l’existence d’une chose sans identité ?

Le texte ci-dessous distingue [hasard et aléas. Il est tiré d’un extrait de l’article de Koons Un nouveau regard sur l’argument cosmologique. Merci de le citer en faisant référence ains : Un nouveau regard sur l’argument cosmologique, Robert C. Koons, 1996, trad. Theopedie

Le deux mythes créateurs

Deux grands mythes de la création luttent pour la suprématie. Selon le premier, au commencement était le Hasard. Le Hasard était responsable de l’origine du cosmos et de sa constitution causale. Ainsi, tous les événements subséquents, y compris l’origine de la vie et celle de la conscience sur la terre, sont finalement imputables à l’action du seul Hasard. Et si nous avons l’impression que quelque chose de plus a été impliqué dans cette évolution, c’est parce que nous sommes les victimes d’une illusion générée par l’usage de la sélection naturelle sur une longue période de temps et (peut-être) par le biais statistique induit par le fait que des observateurs conscients ne peuvent exister que dans des genres très spéciaux d’univers.

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Hasard et création

Selon le mythe concurrent, la cause de l’univers est une réalité positive qui, avec bonheur, n’est pas désignée par le terme de « Hasard ». Au lieu de cela, cette Cause Première présente une certaine analogie avec ce que nous appelons intelligence et finalité. Nous pouvons même glaner quelque chose de ses quasi-finalités : l’émergence d’une vie, d’une conscience et d’une action ordonnée et complexe. Dans ce deuxième mythe, le hasard devient lui-même une réalité positive, ayant un fondement réel : il devient « Providence », un attribut de la cause première.

Les défenseurs du premier mythe, celui du « le Hasard créateur », ont eu recours ces dernières années à l’autorité de Charles Darwin [1] [2] [3]. En cela, ils ont été aidés par les égarements de certains de leurs adversaires, notamment les créationnistes crasses, lesquels ont lesté leur mythe d’un bagage pseudo-scientifique et pseudo-biblique, datant le cosmos de 10 000 années et rejetant dogmatiquement l’évolution humaine. Mais Darwin lui-même croyait, du moins dans ses déclarations publiques, au mythe de la création théiste. Il croyait que Dieu était l’explication nécessaire de l’ordonnancement du cosmos que nous observons (voir [4], pp 395-6). Il était opposé, non pas à la création en tant que telle, mais seulement à la théorie de la création spéciale de chaque espèce terrestre.

Computational theory of randomness
Prof. Avi Wigderson
Pour les courageux...
ethzurich

Hasard et aléas

Les métaphysiciens hyper-darwinistes (comme Monod, Dawkins et Dennett) profitent dans leur récupération du darwinisme d’une confusion entre hasard et aléas. La théorie néo-darwinienne moderne postule que les variations génétiques sont le résultat de l’introduction aléatoire de mutations. La notion d’ « aléas » ici en jeu est définie avec une précision mathématique : il signifie que la séquence de mutations est non calculable, et possède de ce fait certaines propriétés statistiques et algoritmiques.

Toutefois le caractère aléatoire d’une séquence n’implique pas de tout membre de l’espèce qu’il soit une apparition involontaire. De nombreux événements étudiés en sciences sociales forment des séquences aléatoires, même si chaque événement est voulu par une personne ou par une autre. En outre, le caractère aléatoire d’une séquence est compatible avec le fait que toute la séquence ait été prévue par un agent, pour autant que l’agent ait la capacité de générer des intentions non-calculables. Savoir si oui ou non les êtres humains ont de telles capacités est encore sujet à controverse, mais il n’y a aucune raison de refuser une telle capacité à Dieu. Les plans d’un esprit infini peuvent constituer une séquence d’événements aléatoires, dans toute la rigueur du terme.

Le hasard n’existe pas
Toi aussi, chante-le !
(Colonel Reyel)
Madmoizel Margot

Pour démontrer que le cosmos peut s’expliquer entièrement par le hasard, par conséquent, il ne suffit pas de montrer que la vie est le produit d’une séquence aléatoire de mutations filtrées par un processus de sélection naturelle. Au lieu de cela, il faut démontrer que l’univers réel (y compris son histoire) appartient à un espace d’univers possibles et que, quand une certaine mesure de probabilité est définie sur cet espace, la mesure de la région d’univers semblable au nôtre est relativement élevée. Or, des données récentes concernant le principe anthropique ont réfuté de façon décisive cette conjecture. En outre, les travaux de mathématiciens concernant la probabilité pour que l’apparition de la vie et le développement de formes de vie hautement complexes soient liés au hasard aboutissent à la même conclusion (voir, par exemple, le symposium des biologistes et des mathématiciens organisé par l’Institut Wistar [5], et le récent livre de Hubert Yockey [6].

Les progrès à venir de la science et sa défense efficace contre ses adversaires post-modernistes et relativistes exigent que soit cassée cette soi-disante connexion entre science et Hasard créateur. L’hostilité inhérente du mythe du Hasard envers la rationalité de la science devient évidente quand l’on voit la forme finale et définitive de ce mythe : l’hypothèse du junky cosmos et des multivers. Cette hypothèse constitue une violation flagrante du canon fondamental de la rationalité scientifique — la préférence pour les explications économiques — et il sape ce canon dans toutes ses applications.

P.-S.

Les ressources du vivant : hasard ou providence ?
conférence des Bernadins
KTOTV

Documents joints

Notes

[1Monod, Jacques. 1972. Chance and Necessity : an essay on the natural philosophy of modern biology. Vintage Books, New York.

[2Dawkins, Richard. 1987. The Blind Watchmaker. W. W. Norton & Co., New York.

[3Dennett, Daniel. 1995. Darwin"s Dangerous Idea. Simon & Schuster, New York.

[4Darwin, Charles. 1871. The Descent of Man and Selection According to Sex. John Murray, London.

[5Moorhead, Paul S. and Kaplan, Martin M. (eds.) 1967. Mathematical Challenges to the Neo-Darwinian Interpretation of Evolution. Wistar Institute Press, Philadelphia.

[6Yockey, Hubert P. 1992. Information Theory and Molecular Biology. Cambridge University Press, London.

7 Messages

  • Le monde a-t-il été créé par hasard ? Le 22 mai à 16:57, par FH

    Lorsque le Créateur Crée sa Création, il le fait par Hasard puisque Aucune cause ne peut expliquer l’acte de Création,ou encore , il ne serait pas le Créateur si on pouvait déterminer son action. En résumé le Créateur agit par Hasard pur et absolu. Nier l’existence du Hasard ,c’est nier l’action du Père le Créateur.

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    • Le monde a-t-il été créé par hasard ? Le 22 mai à 18:44, par theopedie

      Selon le prologue de saint Jean, c’est par la Raison divine (« logos ») que tout a été créé. La tradition, pour rendre compte de la création, utilise encore le proverbe suivant : bonum diffusivum sui. « La perfection irradie », comme une abondance d’être qui cherche à s’épancher. Cette maxime philosophique permet de rendre compte de l’acte créateur, sans pour autant le réduire à une cause. On est dans l’ordre de la générosité, laquelle n’a pas d’autre explication que sa propre générosité.

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  • Le monde a-t-il été créé par hasard ? Le 30 juillet à 00:53, par Hugo DELORMES

    Bonjour,

    Une petite expérience de pensée qui me vient à l’esprit à la lecture de votre article.

    Si on observe une machine tirant aléatoirement des lettres, si on la regarde lorsque la séquence « bonjour » s’affiche, alors on peut en effet supposer qu’elle utilise un programme qui indique « affiche ’bonjour’ de temps en temps ». Le fait qu’il soit possible qu’elle affiche « bonjour » est une des sous-possibilité du fait qu’elle affiche des lettres au hasard.*

    L’argument cosmologique démontre bel et bien qu’il existe quelque chose dans l’univers qui est « sans cause », et que cette chose est bien « créatrice » de l’univers (ou, dans un sens atemporel, qu’il existe bien une « chose » qui soit « ontologiquement première » à l’existence de l’univers).

    Ce que je ne comprends pas, c’est comment, à l’image de ma machine à lettre, on doit lui imputer l’intelligence, par exemple : il est tout à fait possible qu’elle réalise quelque chose dont un « sous ensemble » apparaît comme intelligent, mais cela n’implique pas qu’elle soit « intelligente ».

    C’est une hypothèse que je n’arrive pas à écarter (qui me semble découler naturellement de ce que Hume a découvert comme étant « problème de l’induction »).

    J’ai l’impression que vous arrivez à résoudre le problème de façon intéressante, mais je bloque sur le passage de « l’univers nous apparaît comme ordonné » à « ce qui régit l’univers est ordonné ». Je me doute que le principe de raison suffisante aide beaucoup, mais... je n’arrive pas à concevoir ce principe comme nécessaire ; et, si je le conçois comme nécessaire, je n’arrive pas à le voir comme informatif.

    Je m’explique un peu plus : dans la rubrique où vous indiquez « n’existe-t-il que des vérités contingentes ? », je crois qu’il est possible de dire « oui », sans invoquer le principe de nécessité ; ou du moins, sans invoquer un principe de nécessité à valeur universelle. Je m’explique un peu plus : hormis une position obéissant aux lois de la logique, il n’y a « rien de nécessaire » au principe de nécessité. Et à moins de poser les lois de la logique comme nécessaires...

    En d’autres termes, je vois une hypothèse « à la Meillassoux », où un « hyperchaos » me paraît « plus probable » que Dieu. Pourquoi ? Je pense que j’ai tendance à voir la logique comme un « a posteriori » du monde, et non un « a priori » normatif. L’hyperchaos peut faire ou ne pas faire, mais il fait « sans raison ». Je suis conscient que cette position n’est pas forcément rationnelle ; mais je ne vois pas pourquoi le réel devrait se limiter au rationel.

    Je vous avoue que je pars d’un a priori sceptique. Ce n’est pas pour vous manquer de respect que je publie ce long commentaire... votre site est excellent. Mais je n’arrive pas à voir comment vous arrivez à une telle connaissance de Dieu.

    Pour moi, la seule connaissance certaine que je puisse avoir, c’est « il existe quelque chose ». Je trouve que Descartes s’est arrêté à une phase trop tôt de son « doute méthodique », lorsqu’il affirme « je pense » : en effet, il est plus au sens à mon avis de dire « la seule certitude, c’est ’il existe quelque chose émettant les sons ’je pense’ ».

    Peut-être ai-je mal lu votre site, ou mal compris vos explications ? Peut-être dois-je relire vos articles dans un ordre différent ?

    Merci par avance pour votre réponse : bien que devenu sceptique, je rêverai de revenir à la foi catholique, et votre site a le mérite de faire réfléchir. :)

    Hugo

    * Je reconnais que j’utilise ici la notion de hasard, et donc que je suis potentiellement dans l’erreur : si le hasard tel que je le conçois n’existe pas, mon argument est caduc.

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  • Le monde a-t-il été créé par hasard ? Le 30 juillet à 01:01, par Hugo DELORMES

    J’ai mis le doigt sur ce qui me gêne : « Mais comment le hasard, c’est-à-dire quelque chose qui n’a aucune structure interne et ne répond à aucune logique ni interne ni externe, pourrait-il exister de manière éternelle ? et même exister simplement ? Exister, c’est exister en acte, mais comment ce qui n’a par définition aucune identité, aucune propriété pourrait exister ? Qu’est-ce que serait l’existence d’une chose sans identité ? »

    N’est-ce pas Kant qui indiquait que « l’existence n’est pas une propriété » ? En effet, si je vois deux choses, cela ne veut pas forcément dire qu’il y en a pas qu’une (nihilisme méréologique ?).

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  • Le monde a-t-il été créé par hasard ? Le 30 juillet à 11:49, par Hugo DELORMES

    Je n’ai pas été assez clair, je crois, à relire mon dernier message (l’avant-dernier est clair ÀMHA).
    Ce qui me gêne, c’est plutôt le « comment ce qui n’a par définition aucune identité, aucune propriété pourrait exister ». Pourquoi est-il nécessaire qu’une chose ait une identité ? Ne commet-on pas l’erreur de penser que la réalité doit se conformer à une logique particulière ?
    Merci pour vos réponses. :)

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    • Le monde a-t-il été créé par hasard ? Le 31 juillet à 17:49, par theopedie

      Je vous réponds rapidement, étant en vacances...

      • « ce qui n’a pas d’identité ne peut exister », car exister veut dire exister d’une certaine manière. C’est dire quelque chose comme « cette chose est comme ceci et pas comme cela » et que cela implique une certaine détermination existentielle, même minimale.
      • De même pour dire que l’existence excède le champ du rationnel : c’est dire que quelque chose de non déterminé (sans identité) peut exister.
      • existence et propriété : la discussion philosophique est trop loin pour moi maintenant et j’aurai peur de dire des bêtises... Je vous renvoie à cet article.
      • après réflexion, je pense que l’argument cosmologique à lui seul suffit à dire qu’une existence absolue existe, mais ne suffit pas pour dire que cette existence absolue est vivante, ou personnelle (il faut qu’elle ait une volonté). C’est à l’argument du design de prendre le relais : à lui seul, il ne suffit pas pour dire qu’une existence absolue existe, mais adossé à l’argument cosmologique, il permet de dire que l’apparition de la vie répond probablement à une volonté. Je me dis qu’il faudrait que j’écrive la suite de l’argument, mais un souci informatique a tout mis à la poubelle...
      • c’est difficile de faire de la logique un posteriori qui arrive par hasard. Cela reviendrait à dire que la logique relève de l’arbitraire et cela « infecterait » pour ainsi dire la logique. Cela me rappelle les débats médiévaux sur les attributs divins : pour les franciscains, la volonté divine précède son intelligence, pour les dominicains, c’est l’inverse. Dire que la la logique (ou l’intelligence) est une conséquence entraînait plus de problèmes métaphysiques insolubles, de type « Dieu est-il soumis à la causalité ou pas », etc. Ou pour rebondir sur votre question, si la logique est a posteriori, peut on imaginer un monde qui ne serait pas soumis à la causalité, à l’irréversibilité du temps, au principe de non contradiction, etc ? Ceci serait absurde.

      Il y avait d’autres questions dans vos messages qui demanderait davantage, si je peux j’y répondrai, mais probablement plus tard... En attendant, bon soleil !

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      • Le monde a-t-il été créé par hasard ? Le 31 juillet à 23:57, par Hugo DELORMES

        Bonsoir monsieur (mon Père ? mon Frère), et merci de votre réponse rapide.

        Je surcharge un peu votre boîte à commentaires ; mais je souhaiterais vraiment pouvoir vous donner le dernier mot. :) Je suis très novice en philosophie, et j’approfondis un peu plus.

        Concernant les trois premiers points, je pense que nous sommes d’accord si « exister » veut dire « exister d’une certaine manière ». De même pour le dernier point sur la logique ; ce qui est à mon sens un des points que brandissent rapidement les « nouveaux athées » : en effet, si la logique est un posteriori (comme l’indiquerait une certaine théorie de l’évolution suivant le principe de « l’organe crée la fonction » et non « la fonction crée l’organe »), le darwinisme échappe à toute critique rationnelle en la réduisant à une tautologie.... ce qui existe ou qu’il est possible qu’il existe (avec tous les guillemets nécessaires si ma phrase peut avoir encore du sens) est forcément rationnel. En gros, il ne serait pas surprenant ou illogique que le néant agisse ou que le hasard produise des choses logiques et rationnelles, vu que la logique ne serait « que » le produit de ce qu’il se passe. Que les choses se passent ainsi ou autrement, il n’y a pas de raison : le principe de raison suffisante tombe. Une vision absurdiste Sartrienne, en quelque sorte, qui n’a même pas besoin de rejeter aucun principe de logique, vu qu’elle les fonde. Toute autre vision aboutit nécessairement au théisme (ou du moins, au déisme rationnel), à mon avis.
        C’est pour cela que je suis en train d’essayer de réfléchir à l’hypothèse inverse (comme tout sceptique) ; qui touche à un certain nihilisme ou absurdisme profond : certes, si on peut imaginer un monde qui n’est pas soumis à la causalité, c’est absurde... mais en l’absence de logique innée aux choses, cette objection « se dégonfle » : le mot « logique » n’ayant qu’un sens local (et encore), il devient impossible de raisonner ou d’agir. Une chose est sûre, dans ce cas, si l’athéisme est « vrai », alors il est complètement irrationnel.

        Je suis de fait tout à fait d’accord avec vous : si la logique est un posteriori qui arrive par hasard, alors la logique relève de l’arbitraire. Cela aboutit certes à une absurdité. Mais si mon commentaire est « vrai », alors ce n’est pas un « argument » « recevable ».

        Un peu comme Hume avec sa critique de la causalité : nous faisons l’hypothèse de la causalité, et cette hypothèse est « circulaire ». Il est tout à fait possible que la causalité soit simplement éternelle et non nécessaire pour lui.

        Il faudrait que j’arrive à boucler la boucle pour adhérer à votre raisonnement, mais je coince sur ce que vous indiquez. Pour voir l’absurde comme une réfutation d’un propos, il faut arriver à considérer l’absurde comme décrivant l’inexistant, et que cette description est un sens. Pour cela, il faudrait considérer la logique comme un a priori. J’ai essayé de construire un argument à l’image de celui que vous proposez sur les mondes possibles et la causalité, mais quelque chose bloque. En effet, si je pose que la logique n’est pas nécessaire, cela veut dire qu’il est possible qu’un des mondes ne la contienne pas... ce qui est identique à ce que je dis, et donc n’est pas « contradictoire ». De même pour la causalité dans ce cas de figure.

        Pour faire simple : auriez-vous un moyen de montrer que la logique est un a priori ? Ou cette question se range-t-elle dans la catégorie des « problèmes insolubles », à l’image du problème de l’induction et du solipsisme ?

        Je vous remercie grandement pour votre réponse, et vous souhaite bonne continuation pour vos vacances et la rédaction de votre site, qui est absolument impeccable.

        Bien à vous,
        HD

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