Le langage est-il la première découverte de l’humanité ?

mardi 7 janvier 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

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La famille des hominidés
Où se situe la découverte qui a fondé l’humanité ?

Le langage humain et la communication humaine au sens large possèdent des caractéristiques fortement distinctes du langage animal :

  • Souplesse du matériau signifiant (la voix, les gestes, les expressions faciales, la peinture, etc).
  • Possibilité de composition des expressions signifiantes en plusieurs niveaux sémantiques (groupes de mots, propositions, discours, etc).
  • Possibilité de décomposition en sous-unités de bases non signifiantes (les sons, les lettres, etc).
  • Vocabulaire ouvert et extensible par création de mots.
  • Organisation en système de langage pouvant évoluer et se différencier (langues).

S’il est difficile de pouvoir dater archéologiquement l’apparition du langage humain (un son ne laisse pas de trace), nul ne doute qu’elle ne soit faite au moment même de l’avènement de l’humanité. Le langage est propre à l’homme : il y a une communication animale, mais infiniment moins complexe et comme figée pour l’éternité. « L’homme est un animal doué de parole » disait Aristote.

Mais le langage est-il la première découverte faite par l’homme ?

La plasticité du langage humain et la diversité de ses formes plaident en réalité pour une certaine priorité de la pensée humaine vis-à-vis de la langue. Bien sûr, c’est à travers le langage que l’homme pense. Mais il est vrai aussi que c’est la pensée humaine qui oblige le langage à évoluer. À lire les études de différents linguistes (Saussure, Chomski), on a parfois l’impression que, pour eux, la langue préexiste à la pensée. Comme si la pensée émergeait du langage...

En réalité, la diversité même des langues montre que le langage n’est qu’un outil : la pensée humaine le « module » et le « creuse » de l’intérieur pour pouvoir s’exprimer adéquatement grâce à lui. Si un homme ne parvient pas à trouver la bonne expression pour manifester sa pensée, cet homme trouvera un nouveau mode d’expression : par analogie ou par extension métaphorique du signifié. La richesse infinie du vocabulaire correspond ainsi à l’extension universelle de la pensée humaine, capable d’embrasser toute chose et repoussant sans cesse les bornes du langage humain.

Ces considérations amènent deux remarques :

  • S’il est vrai que le langage n’est qu’un outil, vouloir dater l’apparition du langage humain risque fort de se heurter aux mêmes difficultés que celles déjà énoncées à propos des outils en pierre ou de la maîtrise du feu. Il n’y a qu’à voir les débats paléoanthropologiques pour savoir si les zigzags tracés par les Néandertaliens sur des pierres sont une forme d’activité symbolique.
  • S’il y a une transcendance de la pensée par rapport au langage, c’est davantage dans la pensée qu’il conviendrait de rechercher la découverte qui a marqué l’apparition de l’esprit humain.

Autrement dit : quelle est la première idée universelle qui fut découverte par l’homme.

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