Le jardin d’Éden est-il un lieu géographique ?

mardi 22 octobre 2013, par Paul Adrien d’Hardemare

Le jardin d’Éden, dans lequel vivait Adam, est présenté sous les formes d’un jardin délicieux. Dans la version grecque de la Bible, « jardin » a d’ailleurs été traduit par « paradis » (terme persan désignant une sorte de parc botanique) et « Éden » par « délice ».

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Le jardin d’Eden
Trop beau pour être vrai ?

Ensuite le Seigneur Dieu planta un jardin au pays d’Éden, là-bas vers l’est, pour y mettre l’être humain qu’il avait façonné. Il fit pousser du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect agréable et aux fruits délicieux. Il mit au centre du jardin l’arbre de la vie, et l’arbre qui donne la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. Gn 2, 8-9

Mais comment interpréter ce lieu ? S’agit-il d’un lieu précis ? d’une simple image ? d’une réalité spirituelle ? Voici ce que dit saint Augustin à ce sujet :

Il y a sur le paradis trois avis généraux. Le premier est celui des interprètes qui le regardent uniquement comme un lieu matériel ; le second appartient à ceux qui veulent que ce soit un lieu purement spirituel, et enfin le troisième, que je partage volontiers, est celui qui attache au paradis les deux sens. (De civ. Dei, lib. xiii, cap. 21)

Autrement dit, nous aurions trois possibilités :

  1. Soit le jardin d’Éden est uniquement spirituel : il est à l’image du « Nirvana » des bouddhistes, c’est-à-dire une réalité à la fois transcendante et immanente, présente à la fois nulle part et partout.
  2. Soit le jardin d’Éden est uniquement matériel : on dira qu’il s’agit soit d’un lieu géographique désormais inaccessible et comportant les espèces d’arbres sus-mentionnées ainsi que toutes les autres caractéristiques mentionnées dans texte biblique (minéraux, fleuves, etc).
  3. Soit le jardin d’Éden est à la fois géographique et spirituel, à l’image du « Royaume de Dieu » dont Jean le baptiste, sur les berges du Jourdain, proclamait l’imminence historique.

Examinons brièvement ces trois options. Peut-on dire que le jardin soit une réalité seulement spirituelle ? Commentant saint Augustin, voici ce que dit un autre théologien saint Thomas d’Aquin.

Dans le jardin d’Éden
Desireless (More Love & Good Vibrations)
Jean-Christophe Magnin

Il faut répondre avec saint Augustin que ceux qui entendent le paradis [uniquement] dans un sens spirituel, en peuvent penser tout ce que leur imagination leur fournira de beau, pourvu qu’ils respectent ce que nous en apprend le fidèle exposé des faits. Car ce que l’Écriture nous dit du paradis, elle nous le raconte sous la forme d’un récit historique. Or, à l’égard de tout ce que l’Écriture expose de la sorte, il faut avant tout prendre pour base la vérité historique, sauf à y ajouter ensuite les sens spirituels qu’on peut s’ingénier à découvrir.(Ia 98,1)

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Le jardin d’Eden
Les riches heures du duc de Berry

Autrement dit, pour Thomas d’Aquin, par souci de fidélité au texte biblique, on ne saurait chercher à réduire le jardin d’Éden une réalité uniquement spirituelle : la multitude d’indications géographiques (minéraux, fleuves) oblige à affirmer que, pour l’auteur biblique, le jardin d’Éden a bien été une réalité géographique.

Mais peut-on dire pour autant que le paradis soit un endroit géographique ? Il nous semblerait curieux de nous tourner vers la botanique et à la géographie moderne pour chercher le lieu où poussent l’arbre de la vie et celui du bien et du mal... Et quelqu’ait pu être l’interprétation de ce texte au cours des âges, il nous semble tout aussi curieux de supposer que les auteurs bibliques aient vraiment cru qu’il existât de tels arbres. À moins de supposer qu’un poème (car les premiers chapitres de la Genèse sont de la poésie) peut être ce point réussi qu’il finisse par tromper son auteur lui-même.

Alors que dire ? Probablement ceci : le jardin d’Éden doit être entendu à la fois dans un sens à la fois spirituel et géographique, mais

  • d’abord dans un sens spirituel
  • et ensuite, et comme une conséquence, dans un sens matériel et géographique.

La Bible ne cesse de dire que le bien-être matériel est une conséquence du bien-être spirituel. Dire qu’Adam vivait au pays d’Éden, c’est en effet tout simplement dire que l’endroit où il vivait était un véritable paradis sur terre. Et si cet endroit était paradisiaque, c’était probablement moins à cause d’une raison matérielle (un endroit où les richesses naturelles abondent) qu’à cause d’une raison spirituelle et morale (un endroit où le bien et le mal sont respecté).

Ou, pour le dire autrement, que représente le jardin d’Éden, sinon l’endroit où l’homme et la nature vivait en parfaite harmonie. Et quelle est la source de cette harmonie sinon l’harmonie morale ? Le texte biblique le dit à sa façon : au centre du paradis se trouver l’arbre de vie et l’arbre du bien et du mal. Or, cette harmonie était, avant la chute du premier homme, une réalité historique et terrestre.

Concluons en disant que le jardin d’Éden est une réalité dont le fondement est spirituel (l’harmonie morale) mais dont l’expression est matérielle, historique et géographique (cette harmonie morale s’exprime par une harmonie entre la nature et l’homme).

Portfolio

Le jardin d'Eden Carte avec le jardin d'Eden en son centre

Documents joints

  • The Garden of Eden (Youtube – 3.4 ko)

    The Bible’s Buried Secrets (Interprétation
    restrictive à prendre avec du recul)

2 Messages

  • Le jardin d’Éden est-il un lieu géographique ? Le 8 juin 2015 à 02:47, par pierre

    La bible entière risque de devenir littéraire. L’auteur n’est pas poète mais prophète. Et la prophétie ne peut être l’objet d’interprétation particulière. La création de la terre n’est pas poétique mais réelle et géographique, pourquoi un jardin ou un parc organisé par le premier cultivateur ferait l’objet d’un doute. Le jardin en éden est une matérialisation terrestre d’une réalité spirituelle comme l’est la terre par rapport au trône de dieu, Adam par rapport au christ, Ève par rapport a l’église, arche de l’Alliance par rapport au christ, temple de Salomon par rapport au christ et beaucoup d’autres. Acceptons les réalités terrestres comme telles vraies pour comprendre les réalités spirituelles et éternelles.

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