Le discours sur le pain de vie (Jn 6) est-il un discours symbolique ?

mercredi 19 novembre 2014, par theopedie

En bref : Les paroles de Jésus dans le discours sur le pain de vie peuvent admettre en partie une interprétation figurative, mais elles doivent être en grande partie interprétées dans un sens littéral, notamment en ce qui concerne l’affirmation du caractère sacramentel du corps du Christ, véritable « pain de vie. »

 Remarque préliminaire

En herméneutique, c’est l’interprétation symbolique qui doit être justifiée et, à moins d’une raison valable (genre littéraire, impossibilité manifeste, etc), le sens littéral qui doit être présupposé. Cette règle est vraie non seulement de la Bible mais de tout autre livre. Il s’agit simplement, en lisant un texte, de le prendre au sérieux.

La multiplication des pains
Évangile selon Jean (extrait)
theopedie

 Exégèse du passage

Dans le chapitre 6 de l’évangile selon saint Jean, chapitre qui expose la conception de Jésus sur le pain eucharisitié, le sens figuré est obligatoirement exclu. Certes, le discours se divise en deux parties, mais si la première partie peut être interprétée figurativement (le pain de vie est le Christ lui-même reçu comme nourriture spirituelle par la bouche de la foi), la deuxième partie du discours (Jean 6, 52-72), laquelle parle explicitement de la « chair du Christ », ne saurait en revanche être prise figurativement.

  • Le sens figuré est en effet péjoratif : « manger la chair de quelqu’un », dans la pensée orientale, désigne la nourriture des fauves carnassiers (Job 19, 22 ; Psaumes 26, 2) et ne peut être pris en un sens favorable comme « croire en quelqu’un ». Il en va de même pour l’expression « boire le sang de quelqu’un ».
  • Devant la réaction indignée de certains disciples, Jésus ne retranche rien à son discours : au contraire, pour confirmer la vérité de ses paroles, il en appelle à sa divinité et à sa glorification future (Jean 6, 61-63). Il y a peut être impossibilité manifeste du sens littéral, mais, pour Jésus, cette impossibilité n’est manifeste que pour ceux dont la foi est défaillante.
  • Même l’intelligence de la première partie suggère un sens littéral possible :

    For Christ mentions a threefold food in His address, the manna of the past (Jean 6, 52-31), the heavenly bread of the present (Jean 6, 32) and the Bread of life for the future (Jean 6, 27). Corresponding to the three kinds of food and the three periods, there are as many dispenser – Moses dispensing the manna, the Father nourishing man’s faith in the Son of God made flesh, finally Christ giving His own Flesh and Blood [...] If, however, the third kind of food, which Christ himself promises to gives only at a future time, is a new refection, differing from the last-named food of faith, it can be none other than his true body. (New advent).

 Contre-argument et réponse

Le verset Jean 6, 63 « l’esprit vivifie, la chair ne sert de rien » est parfois utilisé dans l’apologie protestante pour infirmer le fait que Jésus ait promis de donner sa chair à manger.

  • Mais si le terme de « chair » réfère ici à la chair du Christ, étant donné son discours précédent, il ne pourrait s’agir que d’une rétractation de la part de Jésus. Or, ce verset ne saurait être pris comme une rétractation puisque les disciples choqués sont déjà partis. Seuls sont restés les douze disciples qui avaient déjà accepté ce mystère avec foi. Il s’agit plutôt ici d’une expression idiomatique : la chair signifiant, comme chez saint Paul, l’esprit charnel par opposition à l’esprit vivifié par la foi. Autrement dit, le Christ affirme simplement que ce qu’il dit – à savoir la promesse de l’eucharistie - ne peut être reçue que dans la foi et ne peut être comprise par les hommes en proie à leur péché.

    En distinguant la chair à l’esprit, Jn ne distingue pas deux parties de l’homme ; il décrit deux manières de vivre. La chair, c’est l’homme livré à lui-même et aux limites de ses possibilités : il ne peut de lui-même percevoir le sens profond des paroles et des signes de Jésus, ni croire. L’esprit, c’est la puissance de vie qui éclaire l’homme, lui ouvre les yeux, lui permet de discerner la Parole qui s’exprime en Jésus. (note de la TOB sur Jean 6, 63).

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