Le désir supprime-t-il la liberté ?

dimanche 6 septembre 2015, par theopedie

En bref : St. Jean Damascène nous dit : « Ce qui s’accomplit en dehors de toute liberté est digne d’indulgence ou de miséricorde, et s’accomplit avec tristesse. » Mais ces qualificatifs ne s’appliquent pas au désir. Le désir ne cause donc pas la non-liberté.

Bien loin de causer de la non-liberté, le désir contribue plutôt à rendre l’activité libre. On qualifie en effet une chose de libre pour autant que la liberté s’y porte. Or, sous l’influence du désir, la liberté tend à souhaiter ce qu’elle désire. C’est pourquoi le désir rend l’activité libre, bien plutôt que non libre.

Objections et solutions :

1. De même que la crainte ; le désir est une certaine émotion. Mais la crainte engendre une certaine non-liberté. Donc le désir aussi.

• La crainte est stimulée à l’occasion d’un mal, tandis que le désir est stimulé à l’occasion d’une perfection. Or le mal, considéré en soi, s’oppose à la liberté, alors que la perfection s’y accorde. Et c’est pour cette raison que la crainte est plus apte à causer la non-liberté que le désir.

2. De même que le timide agit par crainte contre ce qu’il se proposait, ainsi l’intempérant en raison de son désir. Or la crainte engendre une certaine non-liberté. Donc le désir aussi.

• Chez celui qui agit par crainte, la liberté demeure dans une certaine répugnance à l’égard ce qui s’accomplit, si on considère ce qui s’accomplit abstraction faite de tout contexte. Au contraire, chez celui qui agit par désir, tel l’intempérant, la liberté antérieure, par laquelle il répudiait ce qu’il convoite, change et souhaite maintenant ce que d’abord elle répudiait. Ainsi ce qui est fait par crainte est non libre de quelque façon, mais ce qui est fait de par le désir ne l’est aucunement. Car l’intempérant qui s’abandonne à son désir agit contre ce qu’il souhaitait antérieurement, et non pas contre ce qu’il souhaite maintenant ; tandis que le craintif, lui, agit en s’opposant à cela même qu’il souhaite maintenant de façon absolue.

3. La liberté requiert la connaissance ; or celle-ci se trouve corrompue par le désir ; Aristote dit que « le plaisir, ou le désir du plaisir, corrompt le jugement du discernement ». Donc le désir cause de la non-liberté.

• Si le désir venait à abolir toute cognition rationnelle, comme cela se produit chez ceux qu’il rend fous, la liberté se trouverait supprimée. En ce cas, d’ailleurs, il n’y aurait pas non plus à proprement parler de non-liberté, parce que chez ceux qui n’ont pas l’usage de la raison, il n’y a ni liberté ni non-liberté. Mais parfois chez ceux qui agissent par désir, la connaissance n’est pas totalement abolie, parce que ce n’est pas leur faculté cognitive qui se trouve supprimée, mais seulement leur capacité d’attention envers telle ou telle action particulière. De tels actes cependant sont libres, pour autant que l’on dénomme ainsi ce qui est au pouvoir de la liberté, comme « ne pas agir » et « ne pas souhaiter », et semblablement « ne pas discerner ». Car la liberté peut résister à l’émotion, comme on le dira plus loin.

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