Le choix est-il le fait de la liberté (un souhait) ou de la conscience (une pensée) ?

dimanche 4 octobre 2015, par theopedie

En bref : Pour Aristote « le choix est un désir des choses qui sont en notre pouvoir ». Mais le désir est le fait de la liberté. Donc le choix aussi.

Le mot « choix » implique quelque chose relevant de la conscience ou de l’intelligence, et quelque chose relevant de la liberté. Car Aristote affirme que « le choix est l’intelligence qui désire, ou un désir intelligent ». Or, quand deux choses concourent pour constituer une seule réalité, l’une d’elle structure le rôle de l’autre. D’où cette affirmation de st. Grégoire de Nysse : « Le choix n’est en lui-même ni un désir, ni une simple réflexion, mais un mixte des deux, de même que nous disons que l’animal est composé d’un corps et d’un psychisme, alors qu’il n’est ni un corps seul ni un psychisme seul, mais un mixte des deux ; et ainsi en est-il du choix. »

Or, dans les faits psychiques, il faut remarquer que le fait qui relève quant à sa nature d’une faculté ou d’une prédisposition, est structuré et caractérisé par la faculté ou par la prédisposition supérieure, (puisque qu’une réalité subalterne est ordonnée par la réalité qui lui est supérieure). Si quelqu’un par exemple accomplit un fait exemplifiant la valeur de courage pour l’amour de Dieu, ce sera matériellement un fait courageux, mais structurellement ce sera un fait d’adoration. Or, on peut montrer que, d’une certaine manière, la conscience précède la liberté et oriente ses faits, en ce sens que la liberté aspire à un objectif en fonction de ce que nous pensons, puisque c’est à notre conscience qu’il appartient de présenter un objectif à notre aspiration. Ainsi donc, le fait par lequel la liberté aspire à quelque chose parce que cela lui est présentée comme étant une certaine perfection, ce fait relève matériellement de la liberté, mais relève structurellement de la conscience, puisque c’est notre conscience qui oriente notre liberté vers un idéal.

Ainsi, dans le cas du choix, l’acte de choisir est semblable à une matière structurée par une faculté supérieure. Et c’est la raison pour laquelle le choix, quant à sa réalité même, n’est pas le fait de la conscience, mais de la liberté : il trouve en effet son achèvement dans l’activité psychique qui nous fait atteindre la perfection choisie. C’est donc de façon évidente un fait de la liberté (un souhait).

Objections et solutions :

1. Le choix suppose une sorte de comparaison qui fait préférer une réalité à une autre ; mais c’est la conscience qui compare. Donc le choix appartient à la conscience.

• Sans doute n’y a-t-il pas de choix sans une comparaison préalable, mais le choix en acte n’est pas cette comparaison.

2. C’est la même faculté qui construit un raisonnement et qui le conclut. Or, construire un raisonnement pratique est le fait de la conscience. Donc, puisque, selon Aristote, le choix est une sorte de conclusion pratique, il semble être lui aussi affaire de conscience.

• La conclusion d’un raisonnement pratique relève de la conscience et on l’appelle « décision » ou « jugement », et le choix en est une suite ; c’est pourquoi la conclusion elle-même semble relever du choix comme étant sa conséquence.

3. L’ignorance n’est pas le fait de la liberté mais de la faculté cognitive. Or, selon Aristote, il existe une « ignorance du choix ». Il semble donc bien que le choix ne relève pas de la liberté mais de la conscience.

• Si l’on parle d’une ignorance de choix, ce n’est pas parce que le choix serait lui-même une science, mais parce qu’on ignore ce qu’il faut choisir.

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