Le caractère sacramentel est-il indélébile ?

dimanche 17 août 2014, par theopedie

En bref : S. Augustin écrit : « Les sacrements chrétiens ne son pas moins profondément imprimés, que la marque corporelle du service militaire. » Or ce caractère militaire n’est pas renouvelé, mais il est « reconnu et approuvé » en celui qui, après une faute, mérite le pardon de son chef. Donc le caractère sacramentel non plus ne peut être effacé.

L’article ci-dessous est tiré de la Somme de Théologie (IIIa, q63) de saint Thomas d’Aquin.

 Thèse

Dans un caractère sacramentel, les fidèles du Christ ont part à son sacerdoce : de même que Christ a la puissance d’un sacerdoce spirituel, ainsi ses fidèles sont assimilés à lui par le partage d’un certain pouvoir spirituel à l’égard des sacrements et des choses qui concernent le culte divin. Pour cette raison, il est indigne que le Christ ait un caractère : mais son sacerdoce est comparé à un caractère, à la manière dont ce qui est complet et parfait est comparé à une participation de lui-même. Maintenant, le sacerdoce du Christ est éternel, selon le Psaume 109 : 4 : « Tu es sacrificateur pour toujours, selon l’ordre de Melchisédech. » Par conséquent, chaque sanctification forgée par son sacerdoce est perpétuelle, durable tant que ce qui a été consacré perdure. Ceci est déjà clair dans les choses inanimées : la consécration d’une église ou d’un autel dure à jamais à moins qu’ils ne soient détruits. Puisque, par conséquent, l’objet d’un caractère est l’âme dans sa partie intellective, où la foi réside, comme indiqué ci-dessus (4, ad 3) ; il est clair que, l’intelligence étant perpétuelle et incorruptible, un caractère ne peut pas être effacé de l’âme.

 Objections et réponses

1. Il ne semble pas. Un accident est en effet d’autant mieux fixé en son sujet qu’il est plus parfait. Or, la grâce est plus parfaite que le caractère qui s’ordonne à elle comme à une fin ultérieure. Or la grâce est détruite par le péché. Donc à plus forte raison le caractère.

  • La grâce et caractère sont dans l’âme, mais de différentes manières. Car la grâce est dans l’âme, comme une forme ayant existence complète y : alors que le caractère est dans l’âme, comme une puissance instrumentale, comme indiqué ci-dessus (article 2). Maintenant, une structure complète se trouve dans son sujet selon l’état ​​du sujet. Et puisque l’âme tant qu’elle est un voyageur est variable en ce qui concerne le libre-arbitre, il en résulte que la grâce est dans l’âme d’une manière variable. Mais une puissance instrumentale suit plutôt l’état de l’agent principal, et par conséquent un caractère existe dans l’âme d’une manière indélébile, pas de toute la perfection de son propre, mais de la perfection de sacerdoce du Christ, dont le caractère coule comme une puissance instrumentale.

2. Par le caractère, on est député au culte divin, on vient de le dire ; mais certains passent du culte divin à un culte contraire par l’apostasie de la foi. Ces gens-là semblent donc bien perdre le caractère sacramentel.

  • Comme le dit saint Augustin (Contra Parmen ii.), « Même les apostats ne sont pas privés de leur baptême, car quand ils se repentent et retournent au bercail, ils ne le reçoivent pas encore, d’où nous concluons qu’il ne peut pas être perdu. » La raison de ceci est que le caractère est une puissance instrumentale, comme indiqué ci-dessus (ad 1), et la nature de l’instrument en tant que tel est d’être mu par un autre, mais non pas de se mouvoir ; cela appartient à la volonté. Par conséquent, quand bien même le volonté est mue dans le sens contraire, le caractère n’est pas supprimé, en raison de l’immobilité du principal moteur.

3. Lorsque la fin disparaît, ce qui est ordonné à la fin doit aussi disparaître sous peine de subsister pour rien. Ainsi, après la résurrection, il n’y aura plus de mariage, car la génération, fin du mariage, aura disparu. Or le culte extérieur, fin du caractère, ne subsistera pas dans la patrie où l’on ne fera rien par figure, mais selon une vérité sans ombre. Donc le caractère sacramentel ne subsiste pas perpétuellement en l’âme, et ainsi n’y est pas imprimé de façon indélébile.

  • Bien que le culte extérieur ne dure pas après cette vie, mais sa fin reste. Par conséquent, après cette vie le caractère reste, à la fois dans l’homme bon pour accroître leur gloire, et dans les méchants pour augmenter leur honte : tout comme le caractère du service militaire reste dans les soldats, après la victoire, comme l’orgueil des conquérants , et la honte des vaincus.

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