Le bonheur réside-t-il dans une perfection créée ?

jeudi 6 août 2015, par theopedie

En bref : Non, car st. Augustin écrit : « De même que le psychisme est la vie de la chair, de même, Dieu est la vie et le bonheur de l’homme », et le Psaume (144, 15) dit : « Heureuse la nation dont le Roi est Dieu. »

Il est impossible que le bonheur de l’homme consiste en une perfection créée. En effet, le bonheur est la perfection dans sa plénitude, et comble entièrement nos aspirations (sinon elle ne serait pas notre idéal suprême). Or le stimulus de notre liberté, c’est-à-dire de notre désir humain, est la perfection universelle, de même que le stimulus de l’esprit est la vérité universelle. D’où il suit que rien ne peut combler la liberté humaine, sinon la perfection universelle. Or, celle-ci se trouve réalisée en aucune créature, mais seulement en Dieu ; car toute créature ne possède qu’une perfection dérivée, (et individualisée de sa participation). Ainsi Dieu seul peut combler la liberté humaine, selon ces paroles du Psaume (103, 5) : « C’est lui qui rassasie tes désirs en te comblant de biens. » C’est donc en Dieu seul que consiste le bonheur de l’homme.

Objections et solutions :

1. D’après Denys (VII cap. de Div. Nom.) la sagesse divine a fait de l’échelle des êtres une échelle continue, d’où l’on peut tirer que la limite supérieure d’une nature inférieure est de toucher à la limite inférieure de la nature supérieure. Or la perfection suprême de l’humanité est le bonheur. Donc, puisque l’ange est au-dessus de l’homme dans l’ordre de la nature, ainsi qu’on l’a vu dans la première Partie, il semble que le bonheur de l’homme consiste en ce que, d’une certaine façon, il atteigne la condition angélique.

• Le plus haut état de l’homme touche au plus bas degré de la nature angélique par une certaine ressemblance ; mais l’homme ne s’arrête pas là comme si cette ressemblance était son idéal suprême ; il remonte jusqu’à la source de toute perfection, laquelle stimule le bonheur de tous les bienheureux, au titre de perfection absolue.

2. L’idéal de tout être est dans ce qui est sa plénitude, d’où il suit qu’un élément existe en vue d’un ensemble en qui se trouve son idéal. Mais l’univers est par rapport à l’homme, comme la plénitude par rapport à ce qui est incomplet. Donc le bonheur de l’homme se trouve dans l’univers.

• Si une totalité n’est pas l’idéal suprême, mais est elle-même subordonnée à un autre idéal, l’idéal de l’un de ses éléments ne peut pas être cette totalité, mais cette autre chose. Or 1’univers, auquel l’homme se rapporte comme un élément du tout, n’est pas l’idéal suprême, mais il est subordonné à Dieu en qui réside son idéal suprême. Donc la perfection de l’univers n’est pas l’ultime idéal de l’homme, celui-ci est Dieu lui-même.

3. Ce qui rend l’humanité heureuse, c’est ce qui équilibre le désir de sa condition. Mais le désir de l’humanité ne s’étend pas à une perfection plus grande que celle qu’elle peut embrasser. Donc, puisque l’humanité n’a pas une capacité à l’égard de la perfection qui excède les limites de toute créature, il semble qu’elle ne puisse trouver son bonheur que dans un bien créé.

• Il faut reprendre la distinction opérée entre source du bonheur et déploiement du bonheur. Le déploiement du bonheur se fait dans un homme à la mesure de ses capacités psychiques, et de ce point de vue, c’est une perfection créée. Mais, dans sa source, le bonheur est une perfection transcendante (même si s’orienter vers cette source, à nouveau, ne dépasse pas les capacités humaines).

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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