Le bonheur est une une réalité transcendante ?

vendredi 7 août 2015, par theopedie

En bref : Non, car aucun événement n’est une réalité transcendante. Or le bonheur de l’homme est un événement, comme on le voit dans ces paroles de st. Augustin : « Il faut jouir des événements dans lesquels se trouve notre bonheur. » Donc le bonheur n’est pas une réalité transcendante.

Comme on l’a dit plus haut, le mot « idéal » se prend en deux sens. On peut entendre par là la réalité qui est la source qui stimule cet idéal et la manière dont cet idéal se déploie (et par déploiement, il faut entendre au sens large la possession, l’utilisation ou la jouissance de l’objet désiré). Ainsi, l’argent est ce qui est à la source de l’idéal de l’avare, mais la possession de l’argent est le déploiement de cet idéal. De même aussi, on dit que la jouissance de la chair est le déploiement de l’idéal du jouisseur.

Or, considéré dans sa source, l’idéal suprême de l’homme est une perfection transcendante, puisque c’est Dieu, qui seul, par sa bonté absolue, peut combler parfaitement la liberté humaine. Considéré comme déploiement, le bonheur de l’homme est un événement psychique et une réalité créée dans l’homme, à savoir la réalisation ou la jouissance de cet idéal suprême. Or, c’est le déploiement du bonheur qui exprime la nature propre du bonheur. Donc, si le bonheur de l’homme est considéré dans sa source est une réalité transcendante ; au contraire on l’envisage la nature même de son bonheur, il est un événement et une réalité créée.

Objections et solutions :

1. Boèce a écrit : « Il faut nécessairement reconnaître que Dieu est le bonheur même. »

• Dieu est, par nature, le bonheur même ; et en effet il n’est pas heureux par acquisition ou par participation à autre chose que lui-même. Mais les hommes, comme Boèce le dit dans le même passage, sont heureux de manière dérivée, de la même manière qu’ils sont dits des dieux de manière dérivée. Or, cette participation même à ce bonheur, participation en fonction de laquelle l’homme est dit bienheureux, est bien un événement et une réalité créée.

2. Le bonheur est la perfection suprême. Or être la perfection suprême est un idéal divin, et puisqu’il ne peut y avoir plusieurs perfections suprêmes, il semble que le bonheur soit identique à Dieu.

• Le bonheur est appelé perfection suprême de l’homme parce qu’il consiste en l’acquisition et en la jouissance de la perfection suprême.

3. Le bonheur est l’idéal suprême auquel la liberté humaine aspire spontanément. Mais la liberté humaine ne doit aspirer qu’à Dieu, de qui seul nous devons jouir, dit st. Augustin. Donc le bonheur est identique à Dieu.

• Ce n’est pas tant l’idéal suprême qui est le bonheur que la jouissance de cet idéal.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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