Le bonheur est-il une sensation ou une activité de notre esprit ?

dimanche 9 août 2015, par theopedie

En bref : Le bonheur ne saurait consister dans une sensation, car sinon, bêtes et hommes auraient en partage le même bonheur.

Une chose peut se rapporter au bonheur de trois manières - comme ce qui constitue son essence, à titre d’antécédent, et à titre de conséquent.

• La sensation n’appartient pas par essence au bonheur ; car le bonheur de l’homme, dans sa nature, consiste dans son union avec la perfection absolue, laquelle est son idéal suprême, comme nous l’avons montré, et l’homme n’est pas uni avec ce qui est la perfection absolue par une sensation. De plus, nous avons dit que le bonheur humain ne consiste pas dans une perfection matérielle, qui est pourtant la seule perfection que nous puissions atteindre par nos sens.

• Cependant, les sensations peuvent avec un rapport avec le bonheur, soit comme ce qui le précède, soit comme ce qui le suit. Sur terre, le bonheur que l’on peut atteindre est partiel et l’activité de l’esprit exige celle de nos sens. Ainsi, les sensations précédent-elle le bonheur. Au ciel, le bonheur sera entier, parce que, après la résurrection, ainsi que l’explique st. Augustin, le bonheur du psychisme étendra son emprise pour ainsi dire sur la chair et sur les sens corporels pour épanouir en plénitude leurs activités. C’est ce qu’on verra plus clairement quand nous traiterons de la résurrection. Mais même alors, l’activité par laquelle l’esprit de l’homme sera uni à Dieu ne dépendra pas des sens.

Objections et solutions :

1. Aucune activité de l’homme n’est plus noble que celle des sens, sauf l’activité intellectuelle. Mais celle-ci dépend de nos sensations, puisque nous ne pouvons penser sans représentation, selon Aristote. Donc le bonheur consiste aussi en une activité sensible.

• Cette objection prouve que l’activité des sens est nécessaire, à titre d’antécédent, pour le bonheur partiel que l’on peut atteindre en ce monde.

2. Le bonheur est défini par Boèce comme « un état de plénitude qui intègre toutes les perfections ». Or il y a des perfections sensibles que nous atteignons par l’activité des sens. Il semble donc que celle-ci soit requise pour le bonheur.

• Le bonheur en plénitude, celui que les anges possèdent, réalise la plénitude de tous les perfections par l’union à ce qui est leur source, sans qu’il leur soit besoin de perfections particulières. Mais dans le bonheur partiel que nous pouvons atteindre en ce monde, nous avons besoin d’un ensemble de perfections qui suffisent à emplir notre activité.

3. Le bonheur est la perfection en plénitude, comme le prouve Aristote. Or elle ne serait pas pleine et entière pas si l’homme n’atteignait pas par elle la plénitude de toutes les dimensions de sa vie. Or les sensations sont requises pour la plénitude de certaines dimensions de notre psychisme. Donc les sensations sont requises pour le bonheur.

• Le bonheur en plénitude doit être plénitude de tout l’homme ; mais ce sera grâce à un épanchement de ce qui, en nous, est plus élevé sur ce qui est moins élevé. Dans le bonheur partiel de la vie présente, c’est l’inverse qui a lieu : la plénitude de ce qui est moins élevé contribue à la plénitude de ce qui est plus élevé.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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