Le bonheur est-il une activité de l’intelligence spéculative ou pratique ?

mardi 11 août 2015, par theopedie

En bref : Le bonheur est une activité de l’intelligence spéculative, car st. Augustin écrit : « Une contemplation nous est promise, qui est le idéal de toutes les actions et l’éternelle plénitude des joies. »

La bonheur consiste dans l’activité de l’intelligence spéculative davantage que de l’intelligence pratique, et cela se voit de trois façons.

1° Si le bonheur de l’homme est une activité, il faut qu’elle soit en lui ce qu’il y a de plus sublime. Or l’activité la plus sublime est celle de la faculté psychologique la plus noble appliquée à son plus noble stimulus. Mais la faculté la plus sublime de l’humanité est son intelligence, et son plus noble stimulus, c’est la perfection divine. Cependant, il s’agit là d’un stimulus de l’intelligence spéculative et non pratique. C’est donc dans une activité spéculative, à savoir la contemplation de la divinité, que réside par excellence le bonheur. Et comme, selon Aristote (in IX et X Ethic.), « chaque être paraît s’identifier à ce qu’il y a en lui de meilleur », cette activité semble plus humaine et la plus savoureuse.

2° La contemplation est recherchée avant tout pour elle-même. Or l’activité de l’intelligence pratique n’est pas recherché pour elle-même, mais en vue d’une action, et les actions à leur tour sont ordonnées à un idéal. Il est donc manifeste que l’idéal suprême ne peut pas consister dans la vie active, qui relève de l’intelligence pratique.

3° Par la vie contemplative, l’homme entre en société avec ce qui le dépasse, avec Dieu et les anges, auxquels il est assimilé par le bonheur. Mais ce qui regarde la vie active, les autres animaux l’ont en commun avec l’homme, bien qu’partiellement.

Voilà pourquoi le bonheur suprême dans la plénitude qui nous est promise dans la vie future réside tout entier dans la contemplation, en qui il trouve son origine. Quant au bonheur partiel, celui que l’on peut connaître sur terre, il réside principalement dans la contemplation, mais aussi, secondairement, dans l’activité de l’intelligence pratique gouvernant les actions et les émotions humaines, comme dit Aristote.

Objections et solutions :

1. L’idéal suprême de toute créature consiste à se rapprocher de Dieu. Or l’homme ressemble davantage à Dieu par son intelligence pratique, qui est principe de réalités intellectuelles, que par son intelligence spéculative, puisque sa science vient des réalités extérieures.

• Certes, l’intelligence pratique nous rapproche de Dieu créateur, mais ce rapprochement n’est qu’analogique : il signifie que l’intelligence pratique est avec son œuvre dans le même rapport que Dieu avec la sienne. Au contraire, l’intelligence spéculative nous rapproche de Dieu parce qu’elle est unie et informée par Dieu lui-même, et c’est là un rapprochement beaucoup plus étroit. En outre, on fera remarquer que, ce que Dieu connaît en premier lieu, à savoir lui-même dans son essence, il le connait de manière spéculative et non pas pratique.

2. Le bonheur est la perfection intégrale de l’humanité, et l’intelligence pratique est davantage ordonnée à ce qui est perfection que l’intelligence spéculative, qui est ordonné à la vérité. Aussi est-ce pour la plénitude de notre intelligence pratique que nous sommes appelés « bons », et non pour la plénitude de notre intelligence spéculative, qui nous fait appeler « savants ».

• L’intelligence pratique est orientée à une perfection, mais à une perfection qui lui est extérieure tandis que l’intelligence spéculative trouve sa perfection en elle-même, par la contemplation de la vérité. Et s’il s’agit de la perfection dans plénitude, par elle l’homme atteint sa plénitude et sa plus haute perfection, ce qu’on ne peut pas dire de l’intelligence pratique, qui ne fait qu’ordonner à cet idéal.

3. Le bonheur est une perfection de la personne lui-même ; or l’intelligence spéculative est tournée vers ce qui est extérieur à l’homme, tandis que l’intelligence pratique est tournée au bien de la personne elle-même, comme ses actions et ses émotions. Donc le bonheur de l’homme consiste davantage en l’activité de l’intelligence pratique qu’en celle de l’intelligence spéculative.

• Cet argument serait valable si l’homme lui-même était son propre idéal ; car alors la considération et la mise en ordre de ses actions et de ses émotions serait son bonheur. Mais puisque l’idéal humain est une perfection différente de l’homme lui-même et qui lui est extrinsèque, à savoir Dieu même, et puisque nous l’atteignons par l’activité de l’intelligence spéculative, il en résulte que le bonheur de l’homme consiste davantage dans l’activité de son intelligence spéculative que dans celle de l’intelligence pratique.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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