Le bonheur consiste-t-il dans la vision de la nature divine ?

vendredi 14 août 2015, par theopedie

En bref : On lit dans st. Jean (1 Jn 3, 2) : « Lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui et nous le verrons tel qu’il est. »

Le bonheur dans sa plénitude ne peut être que dans la vision de la nature divine. Pour le prouver, deux choses sont à considérer. La première est que l’homme ne saurait être parfaitement heureux tant qu’il lui reste quelque chose à désirer et à chercher. La seconde est que la plénitude d’une faculté psychologique doit être appréciée d’après la nature de son stimulus.

Or « le stimulus de l’intelligence est l’essence d’une chose », dit Aristote. D’où il résulte que la plénitude de l’esprit se mesure à sa connaissance des essences. Donc, si un esprit connaît dans son essence un certain effet, mais de telle sorte que par cet effet il ne puisse parvenir à la connaissance de la cause, non dans son essence même, mais seulement à connaître cette cause en tant que cause, alors l’homme éprouve spontanément le désir de connaître cette cause en elle-même, c’est-à-dire dans son essence. C’est ainsi que l’admiration ou l’étonnement que provoque une réalité connue comme effet provoque la recherche de sa cause et provoque l’étude de son essence, comme dit Aristote au début de sa Métaphysique. Par exemple quelqu’un, voyant une éclipse de soleil, comprend qu’elle doit avoir une cause, et parce qu’il ignore ce qu’elle est, s’étonne, et son étonnement le pousse à chercher. Et son investigation n’aura pas de repos avant qu’il ne soit parvenu à connaître l’essence de cette cause.

Donc, l’esprit humain, connaissant la réalité comme effet créé, connaît certes Dieu, mais comme de l’extérieur, et en sachant seulement qu’un principe de la réalité existe. Sa connaissance n’est pas encore suffisante pour que l’on puisse dire qu’elle atteigne véritablement le principe originel de cette réalité, et l’homme éprouve alors spontanément le désir de découvrir ce principe. Dans ce cas, il n’est pas encore parfaitement heureux : car pour atteindre le bonheur dans sa plénitude, il faut encore que son esprit parvienne à connaître l’essence même de ce principe originel. Et ainsi il possèdera sa plénitude en s’unissant à Dieu comme à ce qui stimule le désir de son esprit, Dieu en qui seul consiste le bonheur, comme nous l’avons dit récemment.

Objections et solutions :

1. Selon Denys, le suprême effort de l’intelligence consiste à s’unir à Dieu comme à un être totalement inconnu. Or ce qui est vu dans son essence n’est pas totalement inconnu. Donc, la plénitude suprême de l’intelligence, ou bonheur, ne consiste pas à voir la nature divine.

• Ce texte de Denys concerne la connaissance de Dieu chez ceux qui sont sur le chemin de cette vie et tendent au bonheur.

2. Ensuite, la plénitude d’une nature supérieure est elle-même supérieure. Or c’est la plénitude propre de l’esprit divin de voir sa propre essence. Donc la plénitude suprême de l’esprit humain n’y atteint pas ; elle demeure au-dessous.

• 2. Nous l’avons déjà dit, le mot « idéal » se prend en deux sens. Il signifie premièrement ce qui est à la source d’un idéal, et en ce cas l’idéal est la même pour la nature supérieure et pour la nature inférieure, voire pour tous les êtres, comme on l’a établi précédemment. Mais l’idéal se prend aussi en deuxième sens, à savoir comme la manière dont cet idéal se déploie, et alors l’idéal est différent chez la nature supérieure et chez la nature inférieure, à cause du rapport différent qu’elles entretiennent avec cette réalité. C’est ainsi que Dieu, du fait qu’il saisit pleinement sa propre essence par son esprit, a un bonheur plus haut que l’homme ou l’ange, qui voit cette essence, mais ne la saisit pas pleinement.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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