Le bonheur réside-t-il dans la renommée ou la gloire ?

samedi 1er août 2015, par theopedie

En bref : Le bonheur est pour l’homme la perfection authentique ; or il arrive que la renommée ou la gloire soit fausse. « Certaines hommes, dit encore Boèce, attachent souvent aux fausses opinions du peuple la gloire d’un grand nom. Et que peut-on concevoir de plus honteux ? Car ceux qui sont ainsi faussement célébrés ne se sentent-ils pas forcés de rougir eux-mêmes des louanges ? » Le bonheur ne peut donc consister dans la renommée et la gloire de l’homme.

Il est impossible que le bonheur consiste en la renommée ou la gloire. Car si la gloire se définit, comme le veut st. Ambroise, « une notoriété éclatante accompagnée de louange », il convient d’observer qu’une chose connue entretient un rapport épistémique différent dans la manière dont elle est connue par les hommes et la manière dont elle est connue par les hommes. En effet, tandis que la connaissance des hommes est causée par à la réalité extérieure d’où provient cette connaissance, la connaissance de Dieu est cause des réalités extérieures qu’il connaît. Il s’ensuit que la plénitude de la perfection humaine - le bonheur - ne peut être causée par la connaissance humaine. Au contraire, c’est bien plutôt la connaissance qu’un homme à du bonheur dérive de ce bonheur. Ce n’est donc pas dans la renommée ou dans la gloire qu’on peut faire consister le bonheur.

Inversement, la perfection de l’homme dépend, comme de sa cause, de la connaissance que Dieu a de lui. C’est pourquoi, de la gloire que l’homme possède en Dieu, son bonheur dépendra comme de sa cause, selon le Psaume (91, 15) : « je le délivrerai et le glorifierai ; je le rassasierai de longs jours et je lui ferai voir mon salut. »

Il faut en outre observer que la connaissance humaine se trompe souvent, surtout quant aux événements singuliers et contingents, ce que sont les actes humains. Aussi la gloire humaine est-elle souvent trompeuse. Comme Dieu, au contraire, ne peut se tromper, la gloire qu’il confère est toujours authentique, ce qui fait dire à l’Apôtre (2 Co 10, 18) : « Celui-là est un homme éprouvé, que le Seigneur recommande. »

Objections et solutions :

1. Le bonheur paraît consister dans la récompense que les saints reçoivent pour les épreuves qu’ils souffrent en ce monde. Et telle est leur gloire, selon l’Apôtre (Rm 8, 18) : « Les souffrances d’ici-bas ne sont pas comparables à la gloire future qui se révèlera en nous. » Donc le bonheur consiste dans la gloire.

• L’Apôtre ne parle pas là de la gloire que confèrent les hommes, mais de celle que Dieu accorde en présence de ses anges. C’est ce qui est dit aussi dans st. Marc (8, 38) : « Le Fils de l’homme lui rendra témoignage quand il viendra dans la gloire de son Père en présence de ses anges. »

2. D’après Denys, la perfection irradie. Or c’est principalement par la gloire, que la perfection humaine se répand dans la connaissance des autres ; car la gloire, dit st. Ambroise, n’est rien d’autre qu’une « notoriété éclatante accompagnée de louange ». Donc le bonheur consiste dans la gloire.

• Il est vrai que, par la renommée et la gloire, la perfection de tel homme irradie dans la connaissance de beaucoup d’autres ; mais même si cette connaissance est vraie, elle n’en dérive pas moins de la perfection qui existe d’abord dans cet homme lui-même, et ainsi elle présuppose, loin de la constituer, le bonheur, que celui soit dans sa plénitude ou simplement partiel. Si cette connaissance est fausse, elle ne concorde pas avec la réalité, et il n’y a donc pas de perfection dans celui que l’on célèbre de la sorte. Ainsi, d’aucune façon la renommée ne peut rendre l’homme heureux.

3. Le bonheur étant la plus stable des perfections, il est apparentée de ce fait à la renommée et à la gloire, qui confèrent aux hommes une sorte d’éternité. « Vous semblez, écrit Boèce, agrandir votre immortalité, quand vous songez à votre renommée dans le siècle futur. »

• Ceci est faux car, chacun sait que la renommé n’a aucune stabilité, elle qu’une fausse rumeur suffit à la détruire. Et si parfois elle demeure stable, c’est par accident. Mais le bonheur est stable par lui-même et toujours.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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