Le bonheur réside-t-il dans la perfection de notre psychisme ?

mercredi 5 août 2015, par theopedie

En bref : Non car st. Augustin dit : « Ce qui réalise la vie bienheureuse doit être aimé à cause de lui-même. » (de Doctr. Christ.) Or l’homme ne doit pas être aimé à cause de lui-même, mais tout ce qui est dans l’homme doit être aimé à cause de Dieu. Donc le bonheur ne consiste pas dans la perfection de son psychisme.

Comme on l’a dit plus haut, le mot optimum comporte deux acceptions. On peut appeler ainsi ce qui est à la source d’un optimum et ce qui le stimule, et le déploiement de cet optimum à travers son utilisation et sa réalisation. Donc, si nous parlons de l’idéal suprême de l’homme quant à ce qui est sa source, source à laquelle nous aspirons en tant qu’idéal suprême, il est impossible que l’idéal humain soit le psychisme humain lui-même ou quelque chose qui en relève. En effet, le psychisme, considéré en lui même, existe à l’état de potentialité puisqu’il passe sans cesse d’un savoir potentiel à un savoir en acte, d’une valeur morale potentielle à une valeur morale en acte. Et comme la potentialité existe en vue de l’acte comme en vue de son achèvement, il est impossible que ce qui n’existe de soi que potentiellement représente un idéal à atteindre. Il est donc impossible que le psychisme lui-même soit son propre idéal.

Et il en va de même pour toute perfection psychique : que ce soit une capacité psychologique, une propension ou une activité. D’une part, la perfection qui a valeur d’idéal suprême est la perfection dans sa plénitude et c’est elle qui comble toutes nos aspirations. D’autre part, l’aspiration de l’homme - la liberté - a pour stimulus la perfection universelle. Or, toute perfection qui inhère à notre psychisme est une perfection individuelle. Il est donc impossible que l’idéal humain soit une perfection du psychisme humain, (car notre psychisme aspire à l’universalité et que la perfection psychique est individualisée).

Mais, si nous entendons maintenant par idéal humain le déploiement de ce qui est désiré comme idéal, alors il est vrai de dire que l’idéal suprême est la perfection du psychisme humain car c’est bien par son psychisme que le bonheur se déploie dans l’homme. Et puisque c’est le déploiement du bonheur qui exprime la nature propre du bonheur, ainsi l’on peut dire que le bonheur est une perfection du psychisme humain, même si ce qui en est la source est extrinsèque à l’homme.

Objections et solutions :

1. Le bonheur est une perfection humaine. Or les perfections humaines se divisent en trois : les perfections extérieures, les perfections corporelles et les perfections psychiques. Puisqu’il a été démontré que le bonheur ne consiste ni dans les perfections extérieures, ni dans les perfections corporelles, il ne reste que les perfections psychiques.

• Si, sous cette division, on entend ranger tous les perfections qui se présentent à l’homme comme désirables, on doit appeler perfections psychiques non seulement la capacité, la propension ou l’acte, mais encore leurs stimuli, qui sont extra-psychiques. Et en ce sens, rien n’empêche de dire que ce qui réalise le bonheur est quelque chose de psychique.

2. Celui à qui nous souhaitons une perfection est davantage aimé que la perfection que nous lui souhaitons. Ainsi aimons-nous davantage l’ami à qui nous souhaitons la richesse plus que cette richesse que nous lui souhaitons. Mais chacun se souhaite à soi-même toutes les perfections du monde ; donc il se préfère à toute perfection. Or le bonheur est aimé par-dessus tout, puisque c’est à cause de lui que tout le reste est aimé et désiré. Donc le bonheur consiste en quelque perfection de l’homme lui-même, et puisque ce n’est pas dans les perfections de la chair, il faut que ce soit dans les perfections de son psychisme.

• Le bonheur est aimé par-dessus tout, comme une perfection souhaitée. Un ami au contraire est aimé comme une personne à qui l’on souhaite une perfection, et c’est encore une manière qu’a l’homme de s’aimer lui-même. Mais, on le voit, dans les deux cas, l’amour n’a pas la même nature. Quant à savoir si, par adoration, l’homme adore quelque chose plus que lui-même, c’est ce qu’il y aura lieu de nous demander quand nous traiterons de l’adoration.

3. La plénitude est une réalité qui appartient à un être dans sa plénitude. Or le bonheur est la plénitude de l’homme. Elle appartient donc à l’homme. N’étant pas corporel, il est nécessairement psychique. Et ainsi le bonheur consiste dans les perfections psychiques.

• Le bonheur, étant la plénitude psychique, est une perfection inhérente au psychisme. Mais la source de ce bonheur, c’est-à-dire ce qui rend heureux, cela est hors du psychisme.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

Répondre à cet article