Le bonheur consiste-t-il dans la connaissance des esprits purs, c’est-à-dire des anges ?

jeudi 13 août 2015, par theopedie

En bref : Jérémie dit (9, 29) : « Celui qui veut se glorifier, qu’il mette sa gloire en ceci : avoir de l’intelligence et me connaître. » Donc la gloire suprême, le bonheur de l’homme ne consiste que dans la connaissance de Dieu.

Une réalité ne peut perfectionner une capacité psychologique que dans la mesure où elle relève de ce qui stimule cette capacité. Or, le stimulus de l’esprit est la vérité. Ainsi, un stimulus qui ne fait que participer à la vérité ne peut, quand on le contemple, donner à l’esprit sa plénitude suprême. Et puisque, selon Aristote, les réalités se rapportent à l’être de la même manière qu’elles se rapportent à la vérité, et ainsi, tout ce qui existe par participation n’est vrai que par participation. Or les anges ont une existence qui dérive et participe de Dieu, en qui seul il y a identité entre existence et essence, comme nous l’avons montré dans la première partie. Il reste donc que Dieu seul est la vérité par essence et que seule sa contemplation peut combler notre bonheur. Rien n’empêche toutefois de trouver un bonheur partiel dans la contemplation des anges (et d’ailleurs ce bonheur est plus élevé que celui que procure l’étude des sciences).

Objections et solutions :

1. St. Grégoire a dit dans une homélie : « Il ne sert à rien d’assister aux fêtes des hommes, si l’on ne peut se mêler à celles des anges », par quoi il désigne le bonheur idéal. Mais nous ne pouvons participer aux fêtes des anges qu’en contemplant ceux-ci. Il semble donc que le bonheur suprême de l’homme consiste dans la contemplation des anges.

• Nous participerons aux fêtes angéliques non seulement en contemplant les anges, mais en contemplant Dieu avec eux.

2. Chaque être trouve sa suprême plénitude dans l’union avec ce qui est son origine. Or l’origine de la connaissance humaine vient des anges, s’il est vrai, comme l’assure Denys, qu’ils nous illuminent. La plénitude de l’esprit humain est donc dans la contemplation des anges.

• Dans l’opinion de ceux qui attribuent aux anges la création des âmes humaines, il est assez logique de dire que le bonheur de l’homme consiste en la contemplation des anges, puisqu’ainsi l’homme serait uni à son principe. Mais cette théorie est erronée, comme nous l’avons fait voir dans la première Partie. Il s’ensuit que la plénitude de l’esprit humain n’est obtenue que par l’union à Dieu, origine fondamentale à la fois de la création du psychisme et de son illumination. L’ange illumine seulement comme ministre, nous l’avons reconnu dans la première Partie, et ainsi, par son ministère, il aide l’homme à conquérir son bonheur, mais il n’en est pas l’objet.

3. Chaque nature atteint sa plénitude quand elle rejoint, pour s’y unir, la nature qui lui est supérieure ; ainsi la plénitude suprême de la nature corporelle est de s’unir à la nature spirituelle. Mais au-dessus de l’esprit humain se trouvent placés les anges, selon l’ordre de la nature. Donc la plénitude de l’esprit humain est d’être uni aux anges par la contemplation.

• Le fait, pour une nature inférieure, de toucher à la nature supérieure peut se réaliser de deux façons : quant au mode de participation et quant à ce qui est participé. Quant au mode de participer, la nature humaine parvient à la nature angélique lorsqu’elle parvient à contempler Dieu à la manière dont les anges le contemplent ; quant à ce qui est participé, et de cette manière la plénitude suprême de n’importe quelle capacité psychologique consiste à atteindre ce qui réalise pleinement la raison de son objet.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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