Le bonheur consiste-t-il dans l’étude des sciences ?

mercredi 12 août 2015, par theopedie

En bref : Non, car on lit dans Jérémie (9, 22) « Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse », et le prophète parle de la sagesse des sciences. Ce n’est donc pas dans l’étude des sciences que consiste le bonheur suprême de l’homme.

Comme nous l’avons dit récemment, on distingue deux sortes de bonheur, l’un dans sa plénitude et l’autre partiel. Il faut entendre par bonheur dans sa plénitude celui qui réalise la plénitude du bonheur, tandis que le bonheur partiel ne l’atteint pas, mais entretient avec lui une certaine ressemblance et une certaine participation. C’est ainsi que le pragmatisme réside dans sa plénitude en l’homme qui possède la claire intelligence de ses actions, tandis qu’il n’y a qu’un pragmatisme partiel dans les animaux qui n’ont de leurs actions qu’une connaissance instinctive et qui fait que leurs actes sont pragmatiques, mais seulement en quelque sorte.

Or, le bonheur, dans sa plénitude, ne saurait résider dans l’étude des science. Pour le voir, remarquons que l’étude d’une science se cantonne à l’intérieur d’un cadre théorique délimité par certains principes bien précis. Car une science est contenue de manière implicite dans ses principes fondateurs. Or, les principes fondamentaux des sciences sont des principes empiriques, comme le démontre Aristote. Il s’ensuit que les sciences ne peuvent s’étendre au delà de ce qui est observable (même les mathématiques). Or, le bonheur humain ne réside pas dans la connaissance des choses matérielles, car là n’est pas son idéal. En effet, on ne reçoit pas sa plénitude de ce qui nous est inférieur, à moins que ces réalités inférieurs ne dérivent d’une réalité qui leur soit supérieure. Or, il est bien évident que la structure d’un minerai par exemple, ou de toute autre réalité empirique est inférieure à l’homme. Il s’ensuit donc que ce n’est pas la structure d’une pierre qui donne à l’intelligence humaine sa plénitude, à moins de voir dans cette structure le reflet d’une structure qui la transcende. (Mais tout ce qui se produit en vertu d’autre chose se ramène à ce qui existe par soi.)

Il faut donc que la plénitude suprême de l’homme soit procurée par la connaissance d’une réalité supérieure à l’intelligence humaine. Or, on vient de montrer que par les réalités empiriques, on ne peut s’élever à la connaissances ses réalités spirituelles, qui sont pourtant ces réalités supérieures à l’intelligence humaine. Il reste donc que le bonheur suprême de l’homme ne saurait consister dans l’étude des sciences empiriques. Toutefois, puisque même dans les structures empiriques se retrouve, par participation, une certaine ressemblance avec les êtres spirituels, ainsi l’étude des sciences offre une certaine participation au vrai bonheur et à sa plénitude.

Objections et solutions :

1. D’après Aristote « la béatitude est une activité émanant de la valeur plénière ». Puis, lorsqu’il distingue les valeurs, il en reconnaît trois spéculatives : la science, la sagesse et l’intelligence, qui toutes trois ont rapport à l’étude des sciences. Donc le bonheur suprême de l’homme consiste dans l’étude des sciences spéculatives.

• Aristote parle là du bonheur partiel, tel qu’il peut se réaliser en cette vie, ainsi que nous venons du dire.

2. Le bonheur suprême de l’homme doit être quelque chose que tous désirent spontanément pour lui-même. Or telle semble bien est l’étude des sciences, car, selon Aristote, « tous les hommes désirent spontanément comprendre », et il ajoute que les sciences sont recherchées pour elles-mêmes. Donc le bonheur consiste dans l’exercice de ces sciences.

• Tout le monde désire savoir ; mais il ne s’ensuit pas que le savoir soit le bonheur dans sa plénitude, car le désir ne vise pas uniquement le bonheur dans sa plénitude ; on désire naturellement aussi une similitude ou une participation quelconque de ce bonheur.

3. La bonheur est la plénitude suprême de l’homme, et chaque être n’acquiert sa plénitude que pour autant qu’il passe de la potentialité à l’acte. Or l’esprit humain passe de la potentialité à l’acte par l’étude des sciences. C’est donc dans cette étude que consiste le bonheur suprême de l’homme.

• Par l’étude des sciences spéculatives notre esprit est amené d’une certaine manière à son acte, mais non pas à son acte suprême et plein et entier.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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